Le désir/Dissertation/Est-il absurde de désirer l'impossible ?

Est-il absurde de désirer l'impossible ?
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Dissertation no2
Leçon : Le désir

Dissertation de niveau 13.

Diss préc. :Le désir nous détache-t-il du monde ?
Diss suiv. :Sommaire
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IntroductionModifier

Première partie : Désirer l'impossible est absurde logiquement, mais pas humainementModifier

Il est logiquement absurde de désirer l'impossibleModifier

En logique on appelle "absurde" le fait que la proposition A et sa négation non A soient vraies en même temps. Ainsi toute attitude qui supposerait l’existence d'une chose et de son contraire pourrait être qualifiée de logiquement absurde. Du point de vue strictement logique, absurde et impossible se confondent. Il est donc absurde de désirer l'impossible dans la mesure où l'impossible semble être l'absurde lui-même. Analysons d'un peu plus près le concept d'impossible de manière à voir ce qui le distingue du concept d'absurde.

Qu'est-ce que l'impossible ?Modifier

Qu’est-ce que l’impossible dans l'absolu ?Modifier

L'impossible est le contraire du possible. On appelle possible un événement qui peut avoir lieu. Cela ne signifie pas qu’il ait lieu, mais simplement qu'un monde où cet événement a lieu est pensable, que ce monde pourrait exister.

Ainsi quand Leibniz prétend que notre monde est "le meilleur des mondes possibles", il ne prétend pas que toute chose y soit parfaite, mais qu'en imaginant une chose localement plus parfaite, les conséquences de cette chose rendrait la globalité moins bonne.

Au contraire, un monde comprenant une chose impossible est impensable car c’est l’existence même de ce monde qui serait menacée. Ainsi une chose est impossible non pas parce qu'elle ne peut pas être imaginée individuellement mais parce qu'un monde contenant cette chose est impensable.

Qu'est-ce que l'impossible pour le sujet ?Modifier

Le sujet humain, n'étant pas omniscient, ne peut pas se représenter un monde dans son ensemble, mais peut seulement se le représenter localement, selon les capacités de ses sens et de son entendement. Il est donc certain que ce que le sujet considère comme possible, dans certains cas, ne le soit pas. L'impossible est donc susceptible d'une appréciation subjective, et c’est cette appréciation qui compte dans le désir, qui est lui-même un phénomène subjectif.

Du point de vue du sujet humain, il n’est pas absurde de désirer l'impossibleModifier

Tout désir est désir de quelque choseModifier

Le désir s'accompagne de la représentation d'un objet extérieur au sujet. Cet objet peut être matériel ou non.

Le désir n'existe qu'en fonction de la possibilité subjective de son objetModifier

Ainsi, pour qu’il y ait désir, il faut une représentation d'un objet du désir. Ce qui signifie que cet objet soit pensé, et que l’existence de l’objet soit tenu par le sujet pour possible.

Mais quand on désire une chose, on se la représente individuellement, sans chercher à concevoir un monde qui la contienne. Seule la possibilité subjective est nécessaire.

Conclusion : Il n’est pas vraiment absurde de désirer l'impossibleModifier

Ainsi il n’est pas absurde de désirer l'impossible, d'ailleurs cela nous arrive tous les jours sans que cela nous paraisse absurde. L'absurdité de notre désir n'apparaît donc pas de prime abord. Mais si l’on imagine toutes les conséquences de notre désir, si l’on prend le point de vue d'un être omniscient, alors l'absurdité apparaît.

TransitionModifier

Nous avons fait reposer notre argumentation sur la subjectivité du désir, qui peut ignorer l'impossibilité de l'objet. On peut cependant se demander ce que deviendrait un désir qui aurait le réel pour objet. Serait-il encore désir ?

Deuxième partie : Il est inévitable de désirer l'impossibleModifier

Retour sur le désirModifier

Jusqu'à présent, nous n'avons considéré le désir que comme cette tension vers un objet considéré, sinon comme réel, du moins comme possible.

Le désir comme manqueModifier

Il parait évident que pour désirer, il ne faut pas être satisfait. L'objet du désir doit rester extérieur à nous si nous voulons le désirer. La possession tue le désir, l'éteint comme un incendie qui n'aurait plus de combustible. Le désir est donc un signe du manque. Pourtant quand nous avons faim, parlons-nous de désir ? Le désir est-il similaire au besoin ? Le besoin est une nécessité biologique : c’est une question de survie du corps. Le besoin (ou l'envie) concerne un objet précis, et disparaît avec l'obtention de l'objet. Dans Le Banquet, Platon parle d'Eros (le désir amoureux) comme le fils de Poros (l'expédient) et de Pénia (la pauvreté). Cela signifie que le désir est manque, mais aussi conscience du manque et recherche perpétuellement déçue de ce qui pourrait combler ce manque. Un expédient est en effet un ersatz, quelque chose qui momentanément semble être l’objet du désir, mais qui s'avère inadéquat ou insuffisant.

L'objet du désirModifier

Il semble donc que ce qui distingue vraiment le désir du besoin ou de l'envie, c’est qu’il rate toujours son objet.

L'amoureux soupire, même dans les bras de l'être aimé. Son désir est perpétuellement insatisfait. Ce qu'on appelle l'amour est un désir insatisfait. C'est en tout cas l'avis de Platon qui voit dans tout désir un désir de transcendance, qui dépasse tout objet réel. En ce sens tout désir est désir d'impossible. Notre existence se fonde sur un manque constant. Le dialogue platonicien est un exemple en acte de ce désir de connaissance qui cherche à épuiser la réalité sans jamais y parvenir, et met ainsi en évidence le désir comme désir de transcendance.

Le point de vue sociologiqueModifier

Jean Baudrillard, dans "La société de consommation", montre que la consommation dans les sociétés développées consiste précisément à nier la réalité de la transcendance du désir. La pornographie nous fait prendre le sexe pour de l'amour, la télé-réalité veut nous faire croire que l’on peut accéder à la "vraie vie" des gens en plaçant des caméras dans leur intimité, l'automobile d'une affiche publicitaire se fait passer pour la fin ultime de tout ce qu'on pourrait espérer ou désirer, et est en fait remplacée par une autre après quelques mois. D'après Baudrillard, la société de consommation vit sur cette imposture : "on peut posséder l’objet de son désir, il suffit de l'acheter". Pourtant, la théorie psychanalytique montre que c’est impossible.

Le point de vue psychanalytiqueModifier

Freud, pour qui tout désir nait de l'amour impossible pour le parent du sexe opposé, considère comme évident que le désir est frustration, castration originelle et irrémédiable. D'emblée, explique Jacques Lacan, le sujet parlant est divisé, scindé par l'accès au langage : ce qu’il dit ne correspond jamais exactement à ce qu’il veut dire, le signifiant ne correspond jamais exactement au signifié. De même, l’objet du désir est à jamais inaccessible, indicible et ceci structurellement : le sujet désire car il est divisé. Le sujet n'est sujet que parce qu’il est divisé. Sans cela, il ne serait pas sujet et n'aurait que des besoins.


Le point de vue dialectiqueModifier

C’est aussi la vision GF Hegel : pour Hegel, le désir est certes désir d’un objet, mais il est par essence négation de cet objet. Dans le langage de Hegel, cela signifie c’est que la volonté d’incorporer l’objet à soit , de le faire sien, est négatrice de l’être de l’objet même. Ainsi, le désir comme désir d’annihilation, de destruction, est désir d’impossible, car il est impossible de faire sien un objet tout en le maintenant hors de soi, comme quelque chose d’opposé à soi. Il y a une contradiction logique, une dialectique, entre ces deux attitudes, et ce que l’on appelle le désir repose sur cette dialectique. Pour Hegel, le désir est donc, sinon, absurde, du moins problématique, il débouche sur une contradiction qu’il va falloir à l’esprit dépasser, par exemple dans le désir pour un autre désir.

Transition : Le désir est donc absurde par essenceModifier

Le désir est toujours désir de l'impossible, le désir est toujours insatisfait. Il est absurde de reprocher au désir l'impossibilité de son objet, puisqu’il l'est toujours, par essence. Mais le sujet désirant est-il alors un être imparfait alors que le sujet satisfait, stable logiquement, serait parfait ?

Troisième partie : Le désir (absurde) est constitutif du sujetModifier

Modèle:Pas Fini

Le désir à la source de l'actionModifier

Le désir détermine en partie, avec la raison et en concurrence avec elle la volonté du sujet. Dans l'Anti-Œdipe, Gilles Deleuze s'oppose au point de vue psychanalytique en montrant que le désir, loin de n'être qu'une chimère ou une source de névrose, est indispensable au sujet. Là encore, Hegel est d'accord : rien ne se fait sans passion, et donc sans désir. Le désir est donc indispensable à l'action. Un sujet est par essence agissant, c'est-à-dire et avant tout désirant.

La logique particulière du désirModifier

Le désir, s'il est du point de vue d'une logique formelle, absurde, est au contraire parfaitement logique du point de vue de la logique hégélienne du devenir. Hegel (et Héraclite avant lui) considère que la dialectique, c'est-à-dire l’opposition de principes contradictoires, est à la source du devenir. Ainsi, c’est justement parce que le désir est absurde qu’il peut tenir le rôle de moteur dialectique pour le sujet.

Le désir comme caractéristique du sujetModifier

On pourrait définir un "sujet" comme "un être qui ne se contente pas d'assouvir ses besoins". Il n'y a donc pas de sujet sans désir, donc sans une certaine dose d'absurdité logique.

Le désir stoïcienModifier

Le désir épicurienModifier

ConclusionModifier

"Désirer l'impossible" est à la fois un pléonasme et un oxymore. C'est dire si la question traitée est d'importance : elle est à la source de la condition humaine, elle est une clef qu'utilisent les spécialistes de la psyché pour comprendre les phénomènes liés à l'inconscient, elle est à la source de la conscience de soi pour Hegel. "Désirer l'impossible" est inhérent à l'humaine condition. Ce qui nous inquiète et nous fait vibrer tout à la fois. Ce qui nous fait philosopher aussi. Car vouloir comprendre, n'est-ce pas désirer l'impossible ?