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Recherche:Dictionnaire : subjectivité et sagesse des foules

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Travail de recherche : Dictionnaire : subjectivité et sagesse des foules

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Diapos présentées le 2 avril sur ce thème
Les différents aspects qui composent la lexicographie sont détaillés dans cette autre présentation.

Cette page a pour but de rédiger collaborativement une réflexion autour de l’activité d’élaboration de dictionnaire et plus spécifiquement sur la place de la subjectivité dans la lexicographie, à partir de l’expérience du Wiktionnaire. Il s’agira de développer des idées déjà discutées collectivement lors d’un atelier animé par Noé et Lyokoï en 2016 puis lors d’une conférence participative proposée par Noé en 2017. Le but de cette réflexion est de participer à la formation des personnes contribuant au Wiktionnaire mais également de vulgariser le travail lexicographique à destination de toutes personnes curieuses. Il est envisagé de le diffuser ultérieurement sous une forme publiée, comme une brochure diffusée à prix libre, photocopiable et réimprimable à volonté, afin de promouvoir la licence CC BY-SA par la diffusion de mains en mains.


Sommaire

Écrire un dictionnaireModifier

Les dictionnaires sont des outils qui aident à la compréhension de la langue par la définition du sens des mots.

  • Ils sont écrits par des lexicographes, des êtres humains qui ont leurs propres subjectivités et qui peuvent avoir des méthodes de travail très différentes.
  • Ce sont des objets écrits, qui forcent à un choix dans la manière d’écrire la langue.
  • Ce sont des inventaires et il faut donc procéder à un choix dans les entrées à intégrer.

Subjectivité des lexicographesModifier

Les faiseurs de dictionnaire sont historiquement plutôt des hommes lettrés et cultivés, qui ont une maîtrise de l’écrit avancée, mais ne possèdent pas forcément pour autant de pouvoir politique. Depuis un siècle au moins, ce sont plutôt des ouvriers de la langue, qui font une démarche de collecte afin de permettre la compréhension d’une langue par des personnes ne la parlant pas, ou pour permettre d’agir sur celle-ci directement.

Les intentions des lexicographes sont parfois difficiles à décrire dans leur ensemble et ne pourront être visibles que dans le détail, en analysant plus précisément les différentes parties du dictionnaire. Au delà des intentions, un dictionnaire reflète la façon de voir le monde de ces lexicographes, la manière dont ils classifient les espèces animales par exemple, mais également leurs perceptions des relations entre les hommes et les femmes ou bien leurs considérations sur les croyances religieuses.

Les dictionnaires peuvent contribuer directement ou indirectement à légitimer une entité politique pour qu’elle prétende à un statut de peuple ou de nation. L’ouvrage imprimé permet de montrer la qualité d’une langue, sa place parmi les langues nobles et appuie, encore aujourd’hui, les revendications territoriales de nombreux groupes humains dominés.

Méthodes de travail des lexicographesModifier

Les méthodes de travail impliquent des compétences techniques que l’on ne détaillera pas dans ce texte, mais également des choix idéologiques et épistémologiques sur lesquels nous allons nous attarder. Une description part d’abord d’une observation des usages autour de soi, puis la décision est prise d’écrire un dictionnaire et alors un but est fixé. Est-ce qu’il s’agit de rendre compte des mots tels qu’ils sont utilisés ou bien tels que l’on souhaiterait qu’ils soient utilisés ? Est-il possible de se départir de ses propres représentations pour décrire une langue ? Quelle est la place de l’introspection et celle de l’étude de corpus ? Et comment constituer un corpus, un ensemble à explorer ?

Ces questions sont plus ou moins complexes. La première amène à un choix politique entre une approche descriptive et une approche normative. Il est bien sûr possible de se placer entre les deux selon les entrées ou selon les parties du dictionnaire. La ’norme’, peut correspondre à deux choses différentes :

  • La bonne manière de parler la langue, c’est à dire un jugement axiologique entre "bon" et "mauvais" usages selon le point de vue du lexicographe, ou ce qu’il analyse comme étant ce que les utilisateurs de la langue estiment être bon ou mauvais, avec l’appuie d’autorités extérieures s’exprimant sur la langue (académies, politiciens, pédagogues, etc.)
  • La forme standard qui est la plus utilisée dans le corpus, et ses variantes.

Un lexicographe normatif se placera dans la première définition et il analysera le système de la langue afin de justifier des positions personnelles ou sociales. Un lexicographe descriptif mettra en place des analyses afin de savoir si le sens qu’il donne aux mots est vraiment le sens le plus courant, et il présentera des positions sur les mots qui pourraient être contradictoires entre elles.

La démarche d’analyse à partir de soi-même peut amener à un récit, mais non à une analyse, car la langue est un système qui existe dans l’interaction. La description du sens d’un mot dépend des sens des mots qui l’entoure. Les petites unités de sens qui forment les définitions ne sont pas évidentes à lister, même pour une personne qui parle couramment une langue, et elles demandent une analyse dans laquelle le moindre mot oublié peut faire tout changer. Par exemple, si l’on souhaite définir une chaise et que l’on ne considère pas le banc, alors on omettra de préciser qu’une chaise est seulement pour une personne.

Enfin, le problème du corpus est celui de la collecte des données. Il est bien plus simple de fouiller dans des sources écrites que dans des sources orales, car il est possible de les montrer comme références, et d’ainsi pouvoir attester d’un sens ou d’un usage. Mais pour pouvoir le faire, il est nécessaire de délimiter ce que l’on considérera comme étant écrit dans une langue, et c’est souvent complexe. Par exemple, les textes des auteurs francophones d’Afrique, peuvent-ils entrer dans un corpus pour un dictionnaire du français ? La question se pose de même pour les textes écrits par des jeunes ou par des apprenants. La légitimité d’un écrit est définie de manière subjective.

Écrire les entrées d’un dictionnaireModifier

Les personnes qui travaillent à constituer un dictionnaire se retrouvent confrontées à trois problèmes principaux qui ne touchent pas directement au sens des mots : le choix du code, l’orthographe de référence et la documentation.

Le choix du codeModifier

Le code est ce qui permet de noter la langue. A partir d’un flot sonore, quelques unités vont être extraites et elles vont être écrites. Pour le français, le choix aujourd’hui est évident, c’est un alphabet comportant 26 lettres canoniques et quelques lettres bizarres, pourvues de diacritiques : symboles modificateurs et accents. Mais la différence entre a (en phonétique [a]) et i [i] n’est pas plus faible que la différence entre e [ə] et é [e], dans les deux cas la position de la langue dans la bouche est distincte. Ce n’est que l’histoire de la langue qui a fait que "é" n’est pas considéré comme une lettre à part entière et n’a pas droit à son chapitre dans un dictionnaire. Cette situation spécifique existe dans beaucoup de langues, où des lettres sont ajoutées ou retirées de l’inventaire par des changements dans les dictionnaires. Ce fut le cas par exemple en allemand avec l’abandon de ß et en espagnol avec le choix de certains dictionnaires de ne plus considérer "ll" comme une lettre mais plutôt comme deux.

Un cas encore plus crucial, et plus politique, est celui d’adopter un autre alphabet pour écrire une langue. On peut penser ainsi au passage à l’alphabet arabe pour de nombreuses langues, aux changements successif du serbe entre l’alphabet cyrillique et l’alphabet latin, ou au changement politique en coréen avec l’adoption d’un système de notation totalement nouveau.

L’orthographe de référenceModifier

La langue est d’abord orale, et les mots sont d’abord prononcés avant d’être écrit. Même lorsque le système d’écriture de la langue est très performant et inclut une variété de symbole suffisante, il n’est pas rare de rencontrer des mots qui posent des problèmes, pour lesquels il y a plusieurs façons possibles de les écrire, avec des variations fortes. C’est le cas par exemple avec l’anglais dans lequel les terminaisons -ise et -ize se prononcent de la même façon mais marquent un choix britannique ou étasunien. Une certaine partie du discours, les interjections et mots qui ressemblent à des sons n’ont pas non plus de forme écrite allant de soi. Il y a alors une décision à prendre, soit préférer un nombre réduit de formes, soit les indiquer toutes, mais cela prendra alors bien plus de place.

La documentationModifier

Une fois le code choisi, il faut l’expliquer, et les dictionnaires débutent ainsi souvent par un guide de lecture qui permet de comprendre les choix du lexicographe faits pour la constitution du dictionnaire, notamment sa manière de collecter les données, mais aussi des explications plus techniques sur la langue, comme les classes de mots. Un dictionnaire sera ainsi dépendant et souvent lié à une analyse grammaticale de la langue, mais également à la pénétration du vocabulaire technique dans le lectorat visée par le dictionnaire. Ainsi, le cadre d’analyse des verbes en français qui décrit la valence verbale (le nombre d’arguments régis par le verbe) n’est pas présenté dans les dictionnaires qui préfèrent continuer à utiliser le cadre d’analyse avec des verbes transitifs et intransitifs, sans rentrer dans le détail pour les verbes ayant des structures plus complexes, comme les verbes bitransitifs. Ces explications ne sont pas toujours lues par les personnes consultant un dictionnaire, mais elles sont nécessaires car ce sont des concepts qui ne sont pas intuitifs pour les locuteurs, qui doivent être appris. Un dictionnaire n’est pas un objet qui va de soi, il n’est pas naturel de présenter des mots hors d’une phrase, sans les déterminer.

Le choix des entréesModifier

Une fois l’objet en cours d’écriture, un choix politique crucial se présente, celui de choisir les mots qui seront dans le dictionnaire.

  • Mots régionaux
  • Mots étrangers
  • Mots argotiques
  • Mots de spécialités
  • Forme de citation ? (infinitif pour les verbes, masculin pour les noms ?)


Définir un motModifier

On entre plus profondément dans le travail du lexicographe, en s’attaquant au travail de définition des mots.

Donner des éléments de sensModifier

Le travail de définition est complexe car nous n’avons accès au sens que par les mots. Il faut donc sélectionner des mots plus simple pour rédiger la définition, afin d’éviter que la personne qui le lira soit forcée à chercher les définitions de chacun des mots employés. Cependant, le vocabulaire de base dépend de chaque individu et il est difficile d’évaluer ce qui va être compris par les lecteurs. Il s’agit d’une démarche de vulgarisation.

Ces définitions peuvent être écrites d’une manière orientée et privilégier un sens commun d’abord, un sens correct, avant d’indiquer d’autres sens qui en découlent. Comme tout type d’écrit, les définitions peuvent être subjectives et discutables.

Une définition est composée de plusieurs éléments de sens qui sont indiqués successivement. Leur ordre relève d’un choix d’analyse qui influence la manière dont on conçoit le monde mais ne relève que peu d’un choix politique pour la plupart des mots. Par exemple, décrire que le Marsupilami est un animal à pelage jaune tacheté à longue queue ou de le décrire comme un animal à longue queue et à pelage jaune tacheté change la manière dont on se l’imagine, mais ne change pas l’organisation de la société. En revanche, pour un nom de profession ou de fonction, la différence pourra être plus politique.

La définition se fait également pas l’association à d’autres mots de sens proches (synonymes), opposés (antonymes), des mots qui désignent des parties du même objet (hyponyme) ou une catégorie plus grande (hyperonyme). Par exemple, pour définir le sol on dira qu’il désigne la même chose que le parterre, qu’il s’oppose au ciel, que le terrain est un type de sol et qu’il s’agit d’un type de surface. Certains ouvrages regroupent spécifiquement ces mots qui tournent autour du sens d’un mot, ce sont des dictionnaires analogiques ou des thésaurus. Cette mise en relation est parfois seulement logique, comme dans l’exemple donné précédemment, mais peut parfois être polémique, lorsqu’il s’agit de définir des éléments du vivant ou des idées qui ont plusieurs sens. Il est politique par exemple de définir la république comme un antonyme de démocratie.

Par ailleurs, les mots ont souvent plusieurs définitions. Parfois parce qu’ils ont des origines différentes et ont fini par s’écrire de la même manière, comme par exemple salade qui décrit un aliment et un casque, les deux ayant eut des noms différents par le passé. Une autre raison peut être la diversité régionale des sens, qui font qu’un même mot a des sens différent dans des régions différentes où est parlée une même langue. Enfin, les sens évoluent au fil du temps, thème que l’on détaillera dans la partie suivante. L’ordre de présentation de ces sens est un choix d’analyse qui sera basé sur la fréquence d’utilisation perçue ou mesurée, ainsi que sur le choix de privilégier une forme de la langue plutôt qu’une autre dans les différents sens régionaux, ou bien de privilégier l’ancien sur le nouveau dans le cas de l’évolution de la langue. Mais il peut y avoir de la subjectivité à considérer un vocabulaire de spécialité avant un autre, ou bien un usage régional avant un autre usage régional.

Suivre l’évolution des sensModifier

Les définitions des mots sont valides au moment de l’écriture d’un dictionnaire, mais peuvent être dépassées par l’évolution de la langue. Les langues sont des objets dynamiques en évolution permanente et les dictionnaires peuvent choisir d’intégrer ou non les nouveaux mots et les nouveaux sens. Mais à quelle périodicité refaire un dictionnaire alors que la langue évolue en permanence ? Les dictionnaires imprimés tels que le Larousse, le Robert ou le Littré adoptent une périodicité annuelle. L’Académie française travaille sur la neuvième édition de son dictionnaire en ce moment, alors que la huitième est parue en 1935. Le Wiktionnaire propose une plasticité plus grande car de nouveaux sens et de nouveaux mots peuvent être ajoutés à tout moment.

Ces nouveaux mots, que l’on appelle des néologismes ont souvent des définitions complexes car encore floues, et qui peuvent varier rapidement. Il est souvent difficile de déterminer au bout de combien de temps ou au bout de combien d’utilisation d’un mot celui-ci est entré dans l’usage. La réponse à cela passe par une étude dont les critères peuvent être politiques, en privilégiant par exemple des réutilisations dans certains types d’écrits plutôt que dans d’autres, ou en fixant un seuil et en considérant qu’un mot à l’utilisation trop restreinte géographiquement ou par une classe d’âge ne doit pas encore apparaître dans un dictionnaire. D’autres font un choix inverse en publiant des dictionnaires du parler jeune ou du parler des quartiers.

Cela pose la question de la diversité des ouvrages, qui amène à ce qu’il y ait une profusion de définitions qui peuvent être en contradiction les unes avec les autres. D’une édition à l’autre, d’une année à la suivante, le sens peut changer et les dictionnaires ne peuvent pas rester consistants. Il en sera de même entre des dictionnaires de spécialités qui définiront les sens dans des domaines techniques qui ne seront pas ceux présents dans les dictionnaires usuels et qui pourront créer des mésententes.

Les dictionnaires n’ont pas pour fonction de résoudre les conflits entre les êtres humains. Ils servent d’outils pour la compréhension davantage que pour l’expression, mais ils peuvent utilisés afin de trouver des mots plus adéquats afin de mieux exprimer des idées, et la diversité et l’obsolescence des dictionnaires peuvent poser problèmes. Un seul dictionnaire unifié donnant accès à toutes les définitions, communes comme techniques, demande l’effort concerté de très nombreuses personnes et pourrait rendre plus difficile sa consultation de part la longueur de chaque entrées. De plus, l’ordre entre les définitions serait plus problématique car chaque spécialiste souhaiterait trouver sa définition plus rapidement, et donc plus haut dans la liste des définitions. Une personne qui s’intéresserait uniquement à l’évolution des sens des mots et qui chercherait à ordonner selon une logique historique entrerait en conflit avec les perceptions des spécialistes qui auraient chacun leurs références et des champs d’usages des mots différents. Voilà qui nous mène à la partie suivante, sur l’usage des mots.

Décrire l’usageModifier

Les mots désignent des objets mais véhiculent également des pensées. On distingue donc le dénotation (le référent) de la connotation (sens en contexte). Si le dictionnaire cherche dans un premier temps à rendre compte de la réalité en indiquant les référents auxquels font références les mots, il ne peut pas faire l’impasse sur les connotations, les sous-entendus ou le fait que certains mots peuvent être perçus négativement car ils véhiculent un sens péjoratif pour certaines personnes. Il est en ainsi par exemple pour tous les noms qui touchent à l’identité, aux groupes ethniques, sociaux ou professionnels.

Ces sens péjoratifs peuvent parfois même être injurieux, et il est alors délicat de rapporter ces propos avec un détachement complet. Il est militant de considérer que le terme nègre par exemple ne devrait jamais être utilisé car il est raciste, mais faut-il pour autant ne pas indiquer cet usage dans un dictionnaire ? Ce serait priver le lectorat d’une partie du sens, d’une certaine connotation que des personnes lui prête, et empêcher de bien comprendre la pensée des personnes qui l’emploient dans ce sens.

Une autre difficulté dans la description de l’usage, c’est qu’il évolue tout le temps. Le dictionnaire peut rendre compte des évolutions récentes et en cours, ou choisir de raconter la trajectoire historique et sociale des sens, mais cela peut prendre beaucoup de place dans un ouvrage imprimé, et nécessiter de très nombreuses sources. Ces récits, que l’on nomme étymologie et qui peuvent être rassemblés dans des dictionnaires historiques, sont basées sur des perceptions et des informations délicates à réunir. Nous y reviendrons dans une partie dédiée à ce thème.

Permettre son réemploiModifier

Le sens des mots s’étend dans leur usage et le dictionnaire peut permettre de conserver et parfois de vivifier certains mots ou certains sens. En cela, ils participent à la patrimonialisation des langues. Ils figent une forme donnée, en recherchant l’exactitude, mais ne décrivent pas la langue dans son ensemble. Les dictionnaires donnent accès aux mots mais n’expliquent pas leurs formations ni les mécanismes de la langue qui permettent d’agencer les mots pour former des phrases. Des notes grammaticales peuvent néanmoins figurer dans les dictionnaires pour indiquer certaines règles et être plus ou moins prescriptives. Ces informations peuvent décrire des tendances observées ou bien des règles strictes à respecter, selon la vision des lexicographes.


Au delà de la définitionModifier

Un dictionnaire peut contenir bien plus d’informations que simplement la définition d’un mot, et la subjectivité peut se retrouver à plusieurs niveaux. Nous aborderons ici quatre espaces supplémentaires : la prononciation, l’étymologie, les exemples et les illustrations.

PrononciationsModifier

Dans un dictionnaire usuel, on ne trouve pas le mot tel qu’il est prononcé, avec un enregistrement audio, mais une transcription. Plusieurs systèmes plus ou moins complexes existent pour rendre compte des sons de la langue, qui utilisent plus ou moins l’alphabet du français. Souvent dans un dictionnaire, il n’est indiquée qu’une seule prononciation, considérée comme usuelle ou standard, qui correspond à une vision de ce qu’est la prononciation parisienne. Parfois est indiqué une variante utilisées selon l’âge (pour le mois d’août par exemple) mais plus rarement selon la classe sociale ou la région (par exemple sans variantes : pneu ou feuille). Les prononciations belges, suisses, québécoises ou des nombreux pays d’Afrique francophone ne sont pas indiquées. Et ainsi, la diversité de l’oral est effacé au profit d’une norme.

ÉtymologieModifier

L’étymologie, c’est la construction d’un mot, l’histoire de sa forme et l’histoire de son sens. Il est très difficile d’étudier l’évolution de la forme, car les textes que l’on conserve ne nous indique que partiellement la manière dont les mots étaient prononcés. D’autant plus que les mots sont voyageurs et qu’ils passent souvent d’une langue à une autre, ou sont partagés au sein de grands espaces multilingues. Il est ainsi presque toujours difficile de savoir d’où proviennent les mots, et qui a participé à en façonner les sens. Vouloir rédiger brièvement cela tient de l’équilibrisme et en résumant des travaux de recherches peu nombreux et toujours partiels, les lexicographes font preuve de subjectivité.

Une idéologie particulière peut même se refléter dans les étymologies, avec par exemple l’indication « origine obscure » dès lors qu’il s’agit de mots d’origine populaire ou prise aux langues des gitans. Deux autres choix idéologiques visibles sont la tendance à rattacher un maximum de mots à des origines latines et l’effacement des étapes d’évolution dans les langues diverses du territoire de France avant le XXe siècle, les mots semblant passer directement du latin au français sans avoir vécu au sein de l’occitan, du picard ou du normand.

Il existe également des étymologies populaires, crées a posteriori par jeu ou par tradition. Elles sont fausses d’un point de vue historique, mais sont le reflet de la culture. Elles sont souvent absente des dictionnaires et se retrouvent dans les magazines comme des anecdotes fantaisistes qui ne sont pas mises en perspective des connaissances réelles que l’on peut avoir de l’histoire des mots et expressions.

Exemples et attestationsModifier

Les exemples sont souvent le lieu où l’on trouve des informations sur les connotations des mots ainsi que sur la manière de les utiliser. On pourra voir ainsi si un verbe est transitif direct ou transitif indirect, même sans comprendre le sens de ces termes linguistiques. Les exemples sont cependant culturellement situés et reflètent une subjectivité dans leurs choix. Ils proviennent souvent d’un corpus établi avec des lignes directrices claires, pouvant intégrer ou non certains genres littéraires, lieux de production ou époques. Le Dico de la Zone propose des exemples pris dans le rap français tandis que Le Robert inclue surtout des personnes reconnues dans le domaine de la littérature.

Dans les dictionnaires imprimés, la plupart des exemples sont consensuels et poétiques, plutôt que polémiques ou vulgaires. Ils émanent presque toujours d’auteurs français, sauf pour les mots identifiés comme québécismes ou régionaux.

IllustrationsModifier

Conclusion sur la subjectivitéModifier

Elle peut se nicher dans de nombreux aspects du dictionnaire, comme dans toute oeuvre, même celles construites avec une méthode rigoureuse. Une solution pour la réduire est d’intégrer davantage de diversité dans une équipe de rédaction.

Méthodes pour réduire la subjectivitéModifier

Dictionnaires traditionnelsModifier

Ouvrage écrit à plusieurs, avec de la collecte, de la rédaction et de la mise en forme. Distinction entre lexicographie et dictionnairique.

Dictionnaires participatifsModifier

La collecte et la rédaction sont ouvertes plus largement mais la mise en forme est contrôlée. Les informations peuvent être moins organisées ou valoriser selon des votes du lectorat, mais la structuration d’ensemble n’est pas modifiée par ce lectorat. Le contrôle éditorial peut être par des lexicographes (qui maîtrisent le métalangage linguistique) ou par des informaticiens (qui maîtrisent le métalangage technique).

Dictionnaires collaboratifsModifier

WiktionnaireModifier

Le Wiktionnaire est un site internet à l’accès gratuit et librement modifiable. Son but est de décrire tous les mots de toutes les langues. C’est un projet parallèle à Wikipédia, qui fonctionne sur des bases similaires. Il forme une nouvelle proposition d’outil car il répond aux enjeux des dictionnaires d’une manière nouvelle, en cherchant à accorder les subjectivités et à rendre visible les idéologies langagières des travaux passés. Il offre la possibilité pour tout le monde de modifier son contenu, ce qui amène à redéfinir ce qu’est un dictionnaire.

Mise en commun des subjectivitésModifier

En décrivant la manière dont le Wiktionnaire décrit le langage, nous observons de quelles manières s’exprime la subjectivité et où se place l’idéologie dans un dictionnaire. En avançant dans les étapes de la création, nous questionnerons les méthodes et verrons les biais subjectifs afin de distinguer ce qui tient de l’individuel et ce qui correspond à une définition plus sociale.

CommunModifier

Une riche réflexion est en cours en ce moment autour de la notion de bien commun et de savoir commun, ce qui appartient à tous et ne devrait pas être monnayé car c’est indispensable à la société. Ce qui devrait être produit par toutes et tous. Les dictionnaires n’ont encore jamais été considéré comme tel, alors qu’ils forment des recueils de la communication sociale et sont des outils de formation tout au long de la vie. C’est probablement car ils étaient jusqu’ici toujours écrits par un faible nombre d’individus, qui exerçaient ainsi une autorité sur la langue et sélectionnaient les formes les plus pures de la langue. Mais si l’on ouvre la possibilité à tous de participer à la rédaction de l’outil, alors celui-ci devient à son tour un bien commun.

DictionnaireModifier

Ouvrage de référence qui répertorie des mots dans un ordre convenu (alphabétique en général) pour leur associer par exemple une définition, un sens ; des synonymes et antonymes ; une étymologie ; une ou des traductions ; une prononciation ; etc.

Mais ce n’est pas seulement un ouvrage, puisque le Wiktionnaire est un site internet et c’est pourtant tout autant un dictionnaire. Qu’un dictionnaire fasse référence amène à considérer son statut, ce qui sera détaillé ultérieurement . Ce n’est pas non plus seulement un répertoire, car il sélectionne et organise d’une manière qui n’est pas seulement alphabétique. Quant à la liste qui détaille le contenu, c’est ce que nous allons voir maintenant.

ConclusionsModifier