Recherche:Imagine un monde/Racines

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Racines et préhistoire du mouvement Wikimédia
Deuxième chapitre de l'ouvrage Imagine un monde !

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De Lionel Scheepmans

C'est grâce au site Framasoft [W 1] créé moins d'un an avant la version francophone de Wikipédia que j'ai pu découvir certains enjeux majeurs liés au développement de l'informatique, d'Internet et de toutes les applications qui y prendront lieu. Maintenu par un réseau francophone d'éducation populaire à qui je dois toute ma reconnaissance, ce site m'est apparu en 2005 lorsque je faisais mes premiers pas sur le Net. La démocratisation de l'ADSL venait de commencer dans mon pays et je venais d'acheter un ordinateur d'occasion équipé d'un microprocesseur Pentium et fonctionnant sur Windows XP.

Il avait retenu tout mon attention, car il répertoriait tout une liste de logiciels librement téléchargeables en les catégorisant et les décrivant sommairement. Après avoir profité de la gratuité indexée par le site, je me suis alors intéressé à la philosophie de partage qui en était à l'origine. Au fil de mes lectures, je finis ainsi par découvrir l'existence et l'histoire des logiciels libres et de Richard Stallman qui en fut l'initiateur. Un an plus tard, en débutant des études universitaire dans le but d'obtenir un master en anthropologie, j'avais d'ailleurs réalisé un travail consacré aux Nouvelles formes de management dans la création de produits numériques[B 1].

Ces premières expériences m'avaient donc déjà permis de découvrir une partie de ce qui constitue aujourd'hui la préhistoire du mouvement Wikimédia. Mais c'est seulement en réalisant cette présente thèse de doctorat que j'ai pu découvrir la composante culturelle, ou plutôt contre-culturelle, présente au sein même de la révolution numérique et dont le mouvement Wikimédia me semble être un héritier direct. Sans cette période de l'histoire prendront naissance les logiciels libres et l'espace numérique transculturel et participatif appelé Web 2.0 ni Wikipédia ni le mouvement Wikimédia qui se développa au départ de ce projet n'aurait en effet jamais pu voir le jour.

1. Les logiciels libresModifier

Le premier fait historique lié aux logiciels libres est certainement à dater du 27 septembre 1983, quand Stallman lança dans la newsletter :« net.unix-wizards » adressée aux utilisateurs du système d'exploitation Unix, un appel à soutiens pour un projet de création d'un système d'exploitation intitulé GNU. Ce projet consistait à produire une suite de programmes qui permettrait d'utiliser un ordinateur dans des tâches multiples et de les offrir librement à quiconque voudrait l'utiliser. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique de longue distance qui précédât Internet, Stallman mobilise la règle d'or pour décrire sa motivation. Il s'exprime en ces termes :

« Je considère comme une règle d'or que si j'apprécie un programme je dois le partager avec d'autres personnes qui l'apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j'ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m'en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre. »[W 2]

J'appris par la suite que le projet de Stallman, qui reçut rapidement le soutient nécessaire à son accomplissement, était en fait une réaction à l'arrivée des logiciels propriétaires qui selon Stallman, ne respectait pas les quatre libertés fondamentales de leurs utilisateurs :

  • « la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ;
  • la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ;
  • la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ;
  • la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire. »[W 3]

Il faut savoir qu'à cette époque, le marché de l'informatique était en pleine mutation que l'habituel partage des programmes et des codes informatiques entre quelques rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d'un accès à un ordinateur était mis à mal. La fin de cette tradition de partage était liée à la commercialisation croissante des logiciels informatiques et l'apparition de nouveaux moyens techniques et juridiques visant à la privatisation de leurs codes sources. Apparurent ainsi des brevets, copyrights, et clauses de non-divulgation sur les contrats des employés au sein des firmes commerciales. Le climat de solidarité et d'entraide qui existait précédemment dans le monde de la recherche en informatique faisait donc rapidement place à celui de la concurrence et de la compétition du secteur commercial.

 
Fig. 2.1. Photo prise en mars 1957 au Centre de recherche Langley capturant l"image d'une femme et d'un homme qui travaillent sur machine de traitement électronique de données IBM type 704 utilisée pour la recherche aéronautique (Source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:IBM_Electronic_Data_Processing_Machine_-_GPN-2000-001881.jpg).

L'origine de cette mutation fut sans aucun doute l'arrivée d'un nouveau marché au travers l'essor des premiers ordinateurs domestiques tel que le commodore 64, apparu en 1982, le plus vendu au monde selon le livre Guinesse des records avec plus de 17 millions d'exemplaires[B 2], ou encore l'IBM Personal computer (PC) produit à partir de 1981, dont l'architecture ouverte fut à l'origine de l'apparition de toute une gamme d'ordinateurs personnels. Ce nouveau type d'ordinateurs de tailles réduites répondait aux besoins de matériel informatique embarqué au sein des engins de l'industrie aérospatiale. Leurs mises au point ne put se faire qu'après l'arrivée des premiers circuits intégrés dont le coût s'est progressivement réduit durant les années 70 jusqu'à en faire un produit accessible sur les marchés publics. Une dizaine d'années fut encore nécessaire pour que la technologie informatique devienne un produit de vente à usage domestique.

 
Fig. 2.2. Commodore 64 avec disquette et lecteur (Source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Commodore64withdisk.jpg)

En 1975 une société répondant au nom de Microsoft fut créée dans une optique tout à fait opposée à celle du projet GNU. En 1998 cette société fut accusée de « hold-up planétaire »[B 3] dans un ouvrage corédigé par la journaliste Dominique Nora et le maître de conférences en informatique Roberto Di Cosmo. À la lecture de celui-ci, je découvris qu'à cette époque, « 41 % des bénéfices des dix premiers mondiaux du logiciel » etaitent réalisé par cette société et que les systèmes d'exploitation de Microsoft équipaient plus de 85 % des microordinateurs de la planète. Plus de 20 ans plus tard, soit en 2020, cette situation de « quasi-monopole »[B 4] semble toujours d'actualité au regard des statistiques produites par la W3schools concernant la fréquentation du Web[W 4].

Ce monopole faisait suite à la signature d'un contrat entre IBM, constructeur des premiers ordinateurs personnels (PC) et la compagnie Microsoft choisie pour fournir le système d'exploitation nécessaire au fonctionnement de ces ordinateurs. Le programme installé par Microsoft proviendra du Q-DOS, acronyme humoristique de « Quick (rapide) and Dirty (sale) Operating System » acheter à une PME, appelée Seattle Computer, pour la somme de 50 000 dollars. Après quelques modifications sommaires, il fut rebaptisé MS-DOS dans le but d'honorer le contrat[B 5]. Comme explique Di Cosmo interviewé dans Le hold-up planétaire :

« IBM n'a jamais pris cette affaire de PC au sérieux :le mammouth n'a pas pris la peine d'acheter MS-DOS, ni même de s'en assurer l'exclusivité. Résultat :Microsoft a ensuite pu vendre MS-DOS – puis son successeur Windows – à tous les concurrents de « Big Blue », comme on surnommait alors IBM. À l'époque, les constructeurs de machines dominaient l'industrie. Personne ne se doutait qu'avec la standardisation autour des produits Intel et Microsoft et l'apparition des cloneurs asiatiques, tous les profits – et le pouvoir – de la micro-informatique se concentreraient dans les puces et les systèmes d'exploitation. »[B 5]

En parlant de puces, Di Cosmo fait ici allusion à un autre monopole, moins connu peut-être, apparu cette fois sur le marché des circuits intégrés. Il s'agit de celui de la société Intel Corporation le premier fabriquant mondial de semi-conducteurs destiné à la production de matériel informatique (microprocesseurs, mémoires flash, etc.), qui à titre indicatif, a atteint un record de 96.6 % sur le marché des serveurs informatique en 2015[B 6]. Le monopole atteint par Intel, tout comme celui de Microsoft dont il sera bientôt question, fera l'objet de contentieux portant sur des pratiques anticoncurrentielles. Dans ce cadre et suite à un versement de 1.25 milliard de dollars d'Intel à la société Advenced Micro Devices (AMD) en 2009, cette dernière s'engagea à abandonner les poursuites[B 7].

Mais pendant que Microsoft et Intel développaient leurs monopoles économiques, un nouvel évènement majeur allait marquer l'histoire du logiciel libre. Son déclenchement fut de nouveau un appel à contribution posté cette fois le 25 août 1991 par Linus Torvalds, un jeune étudiant en informatique de 21 ans. Le message fut transmis via Usenet, une application de messagerie reposant sur le récent réseau Internet et apparu cette fois sur la liste de diffusion du système d'exploitation MInix, une sorte de UNIX simplifié dans un but didactique par Andrew Tanenbaum.

À juger de la modestie du premier paragraphe, son auteur ne semblait aucunement anticipé que les mots qu'il écrivait allaient entamer une collaboration qui ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[B 8] :

« Je fais un système d'exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386(486) AT. Ce projet est en cours depuis avril, et commence à se préparer. J'aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n'aiment pas dans minix, car mon système d'exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).[B 9][N 1]

 
Fig. 2.3. À gauche la mascotte du projet GNU; à droite celle du projet Linux appelée Tux (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:GNU_and_Tux.svg)

Bien qu'il fût présenté comme un passe-temps, le projet répondant au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs de par le monde, pour devenir bientôt la pièce manquante du projet GNU. Le système d'exploitation développé par Richard Stallman n'avait en effet pas encore terminer la mise au point de Hurd, son noyaux de système d'exploitation, ou autrement dit la partie du code informatique responsable de la communication entre les logiciels et le matériel informatique. La fusion du code produit par le projet GNU et Linux aboutit donc rapidement à la mise au point d'un système d'exploitation complet, stables et entièrement libres intitulé GNU/Linux.

Au départ du code issu de l'union des deux projets, la communauté des développeurs aura ensuite vite fait de personnaliser les choses en créant de nombreuses variantes au système d'exploitation original que l'on appelle communément distributions. C'est l'une de ces distributions, intitulée Debian et dont le projet semble être le seul grand distributeur GNU/Linux qui ne soit pas une entité commerciale[B 10], qui fut choisie pour le fonctionnement des serveurs qui hébergent l'ensemble des projets Wikimédia[W 5]. Ce choix apparait donc tel un double héritage en provenance du mouvement des logiciels libres. Le premier d'ordre technique assurera la fourniture de programmes informatiques pour faire fonctionner ses serveurs, tandis que le deuxième d'ordre économique, permettra au mouvement de s'acquitter du paiement de licences d'exploitation.

À ces deux héritages s'ajoute un troisième, méthodologique cette fois que j'avais découvert en lisant un article intitulé « La cathédrale et le bazard »[B 11], dans lequel Éric S. Raymond oppose, d'un côté, l'organisation du travail dite « cathédrale », pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée et habituellement présente dans les entreprises, et de l'autre, l'organisation dite « bazar », horizontale, flexible et peu hiérarchisée statutairement, qu'il avait expérimenté lui-même dans le développement de son propre logiciel libre en se ralliant au « style de développement de Linus Torvalds – distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu'à la promiscuité »[B 12].

Par la suite, en réalisant un travail de fin de master consacré à l'étude de la communauté des éditeurs actifs sur le projet Wikipédia francophone[B 13], je me suis rapidement rendu compte que ce dernier projet qualifié de « bazar libertaire » par le journal Le soir au cours de l'année 2012[B 14] avait hérité du mode organisationnel des logiciels libres. Un simple extrait de l'un des cinq principes fondateurs sur lesquels s'est construit l'encyclopédie suffit je pense pour illustrer cet héritage :

 
Fig. 2.4. Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005 (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Wikimania_stallman_keynote2.jpg).

« N'hésitez pas à contribuer même si vous ne connaissez pas l'ensemble des règles, et si vous en rencontrez une qui, dans votre situation, semble gêner à l'élaboration de l'encyclopédie, ignorez-la ou, mieux, corrigez-la. » [W 6]

Le mouvement Wikipédia semble donc bel et bien un proche héritier des « héros de la révolution informatique » et des valeurs d'universalité, de liberté, de décentralisation, de partage, de collaboration et de mérite décrites par Steven Levy dans son ouvrage L'Éthique des hackers[B 15]. Quant à la venue de Richard Stallman en tant qu'invité de prestige de la première rencontre mondiale du mouvement Wikimédia de 2005 (voir figure 2.4), elle aura certainement symbolisé ce rapprochement identitaire entre les logiciels libres et le mouvement Wikimédia qui furent tout deux tributaire du réseau Internet dans leur développement.

2. Le réseau InternetModifier

D'un point de vue technique, on peut considérer qu'Internet est né avec la suite des protocoles Internet (TCP/IP) mis au point par Bob Kahn et Winton Cerf et dont la première mise en pratique fut réalisée en 1977[B 16]. L'aboutissement du projet aura donc pris près de cinq ans puisque sa première présentation eu lieu en 1973 lors de la conférence internationale sur les communications informatiques de l'International Network Working Group.

Contrairement à certaines idées reçues, le réseau Internet ne fut donc pas produit par les forces armées américaines. Celles-ci auront par contre participé au financement de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA)[B 17] qui fut à l'origine du réseau ARPANET qui par ailleurs fonctionnait sur un protocole différent de celui d'Internet intitulé Network Control Protocol (NCP) élaboré en décembre 1970 par le Network Working Group un groupe informel d'universitaires[B 18]. Ce groupe d'acteurs fut aussi celui qui mis en place au sein d'ARPANET la procédure Request For Comments (appels à commentaires en français) toujours en application au sein du mouvement Wikimédia et qui représente « incontestablement l’un des symboles forts de la « culture technique » de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience. »[B 19]

L'armée américaine pour sa part aura fait le choix de développer son propre réseau appelé MILNET en le séparant du réseau ARPANET qui restera un « réseau pour la recherche et le développement »[B 20]. Cette séparation s'effectuât en 1983, précisément l'année où Richard Stallman lança le projet GNU via ARPANET qui comprenait alors moins de 600 machines connectées[B 21]. Le réseau Internet se sera ensuite développé avec l'apparition de l'Internet Society, une ONG créée en 1992 par les pionniers de l’Internet chargée de l'entretien technique des réseaux informatiques et chargée du respect des valeurs fondamentales d’Internet[B 22].

D'un point de vue culturel donc, le logiciel libre et la culture libre sont apparus bien avant la naissance de ce que j'appellerais l' « Internet interculturel » et qui représente à mes yeux un réseau de communication international, neutre et indépendant, ouvert à tout type d'utilisations et d'utilisateurs. Ce réseau ne verra en effet le jour qu'à la suite de l'installation des premières Dorsales Internets transnationales fin des années 80 et bien sûr suite à l'ouverture du protocole TCP/IP et son adoption au travers le monde qui restera certainement l'étape la plus importante de l'histoire d'Internet.

Michel Elie, pionnier de l'informatique et responsable de l'Observatoire des Usages de l'Internet, témoigne de cette époque et de la naissance d'Internet dans un article intitulé « Quarante ans après :mais qui donc créa l'internet ? ». Il écrit ceci :

« Le succès de l'internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée :la collaboration de dizaine de milliers d'étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia. »[B 23]

 
Fig. 2.5. Carte partielle d'Internet, basée sur les données de opte.org en date du 15 juin 2005 (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Internet_map_1024.jpg)

Cette comparaison entre Internet et le projet Wikipédia fut bien sûr très interpellante dans le contexte de mes travaux. Elle me permit au bout de recherches plus approfondies de réaliser à quel point le mouvement Wikimedia pouvait apparaitre quelque part comme une nouvelle résurgence de la contre-culture des années 60 apparue aux États-Unis dans le contexte de la guerre du Viêt Nam. Dans son ouvrage titré :« Vers une contre-culture :Réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse » [B 24][N 2], Theodore Roszak. définit la contre-culture de la sorte :

« Le projet essentiel de notre contre-culture :proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n'occuper dans la vie humaine qu'une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n'implique rien de moins que l'acceptation de nous ouvrir à l'imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu'affirment des hommes tels que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l'œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu'il est vraiment. »[B 25]

À la lecture de ce texte datant de 1970, il est intéressant de voir que le mouvement de la contre-culture au même titre que le mouvement Wikimédia utilisent un vocabulaire similaire pour se décrire en utilisant chacun une vision qui imaginer un monde. Il apparait cependant paradoxal qu'une culture qui voit dans la technique quelque chose d' « inférieure et marginale » et qui porte sur la science un regard « banal » puisse avoir influencé le milieu scientifique et technique responsable de la naissance d'Internet. Ce paradoxe fut toute fois résolut par Fred Turner dans son ouvrage intitulé :« Aux sources de l'utopie numérique :De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d'influence »[B 26][N 3]. Dans ce livre qui retrace la vie de Steward Brand, Turner réussira en effet à établir un lien direct entre la culture Hippie des années 60 et l'esprit de la cyberculture au sein de laquelle Internet pris naissance.

En complément de la démonstration faite dans cet ouvrage, je citerai pour ma part les propos de David D. Clark qui à mon sens illustrent parfaitement l'influence de la contre-culture américaine au niveau des pensées de ceux qui furent les précurseurs d'Internet. Lors d'une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l'ingénierie Internet David Clark prononça en effet cette phase cruciale qui captera les valeurs techniques et politiques des ingénieurs à qui il s'adressait[B 27] :« Nous récusons rois, présidents et vote. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[B 28][N 4].

Cette courte citation semble donc indiquer que le mépris de la contre-culture des années 60 envers la technique et la science, aura fini par faire place à un refus d'autorité qui caractérise encore aujourd'hui la communauté des contributeurs actifs au sein des projets Wikimédia. En effet, alors qu'Internet continue de lutter pour conserver la neutralité de son réseau, le mouvement Wikimédia pour sa part, continue de lutter pour préserver ses projets éditoriaux de toute forme de contrôle élitiste intenté par des autorités extérieures à sa communauté. Au-delà du réseau Internet et des projets wikimédia, ce désir d'autonomie est aussi observable au niveau de l'espace web et ce depuis sa création.

3. L'espace webModifier

Une autre figure importante dans la préhistoire du mouvement Wikimédia est celle de Tim Berners-Lee l'inventeur du World Wide Web que l'on désigne souvent par l'expression « web » ou « toile » en français. Actif au sein du conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN), il eut en effet l'idée de créer un espace d'échange public au sein du réseau Internet. Pour il mit au point un logiciel intituler « WorlWideWeb » capable de produire et de visiter des espaces numériques intitulé site web. Composés de pages web, ces sites web sont alors hébergés sur des ordinateurs séparés mais tous relié entre eux grâce au réseau Internet. Son programme fut rebaptisé Nexus par la suite pour éviter la confusion avec l'expression Worl Wide Web[W 7].

Au sein du web et grâce à un système intitulé hypertexte, les page web indexent des informations présentes dans une même page, un même site, mais aussi sur des pages et des sites situées sur des ordinateurs distants. Pour permettre ce transfert d'information d'un ordinateur à un autre, Berners-Lee mit au point un protocole appelé Hypertext Transfer Protocol ou HTTP. Ainsi donc apparu l'espace web que l'on peut décrire comme un espace global et numérique formé par l'ensemble de ces pages et sites web situés sur les disques durs de multiples ordinateurs connectés entre eux via le réseau Internet.

 
Fig. 2.6. « Where the WEB was born », plaque commemorative du CERN 2004 (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Where_the_WEB_was_born.jpg)

La description du Web est complexe et un amalgame entre le Web et Internet est très courant. C'est pourquoi, j'aime pour ma part utiliser la « métaphore vive »[B 29] d'une ville électro numérique[B 30] afin d'opérer une « redescription heuristique de la réalité »[B 31]. Cette méthode permet d'une part de rendre l'espace numérique plus compréhensible, mais aussi d'autre part, de comprendre plus facilement que au même titre que l'espace urbanistique la modification de l'espace numérique affecte directement la vie de la communauté qui le fréquente. Voici donc le portrait métaphorique de l'espace web dans lequel les termes techniques repris entre parenthèses auront été substitués par des termes courants dans la description d'une ville.

L'espace web est une « grande ville numérique » dans laquelle sont construit des « bâtiments » (sites web), composé de pièces (pages web) que l'on peut répartir sur plusieurs étages (répertoires). Ces bâtiments sont fabriqués grâce à un « engin de construction » (éditeur HTML), qui respecte des « normes de constructions leurs réglementations » (hypertext Transfer Protocol). Tous ces édifices sont répartis dans un ensemble de quartiers (serveurs informatiques), possédant chacun leur propre « code postal » (adresse IP). Dans ces quartiers, chaque pièce numérique possède sa propre adresse (Uniform Resource Locator ou URL). Pour circuler d'un quartier à l'autre à l'autre, on utilise un « réseau routier » (Internet) et un « véhicule » (navigateur web) équipé du « GPS » de son choix (moteur de recherche). Les endroits de la ville qui inconnus par les GPS ne sont accessibles que si on connait leurs adresses (IP ou URL). Ce sont donc des endroits publiquement inconnus considérés comme sombres et qui se situent dans les profondeurs de la ville (dark web ou deep web).

Les GPS (moteur de recherche) qui nous dirige vers diverses adresses (pages web) en fonction de ce que l'on cherche peuvent aussi être comparés des « taxis numériques ». Comme dans une ville, ceux-ci sont la plupart du temps la propriété de firmes commerciales qui, en fonction des plus offrants, n'hésitent pas à diriger leurs clients vers les quartiers (serveurs informatiques), ou les adresses (pages web) lorsqu'ils auront été rétribués par leurs propriétaires. Tant qu'à faire, certaines sociétés de taxis (Google, Yahoo!, Microsoft, etc.), n'hésitent pas non plus à enregistrer le profil, la provenance et la destination de leurs clients, dans le but de vendre ces informations à des personnes ou organismes désireux de les utiliser bien souvent à des fins de marketing commerciales ou politiques.

Dans la ville numérique, certains changements urbanistiques tel que l'installation d'une barrière ou d'un Mosquito (mot de passe ou systhème de contrôle parental) encore l'ajout ou la suppression d'espace de rencontre et de partage (site de rencontre et réseau peer to peer) peuvent enfin directement affecter la vie des personnes qui la fréquente. Ceci est la raison pour laquelle certaine institution se sont vue chargée de veiller sur l'application de règle standards dans le développement du Web. Alors que le réseau routier (réseau Internet) fut confié à l'association Internet Society, la gestion de l'espace urbanistique (espace web) fut confié pour sa part à un consortium international fondé par Berners-Lee sous le sigle W3C.

Ayant la fondation Wikimédia comme nouveau membre depuis 2019[B 32], cette organisation a une devise :« un seul web partout et pour tous »[W 8]. Si celle-ci semble bien naturelle à ce jour, il s'en est fallu de peu pour que le premier éditeur de site WorldWideWeb et par conséquent, l'idée même du World Wide Web, ne devienne un produit commercial voir un service payant. À partir du 30 avril 1993, ce risque était effectivement très élevé puisque le logiciel WorlWideWeb avait été déposé dans le domaine public par Robert Cailliau qui assistait Berners-Lee dans le développement du Web. Dans un ouvrage intitulé Alexandia[B 33], Quentin Jardon explique cet épisode critique de la naissance du Web de la sorte :

« Pour François, la philanthropie de Robert, c'est très sympa, mais ça expose le Web à d'horribles dangers. Une entreprise pourrait s'emparer du code source, corriger un minuscule bug, s'approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L'orge Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d'un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d'un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d'abord gratuit peut-être, avant d'être soumis lui aussi à une licence. […] En plus de devenir un territoire privé, le Web se balkaniserait entre les géants du secteur. […] Mais le jeune Bill Gates ne croit pas encore à la portée commerciale de ce système. […] Ce dédain provisoire est une bénédiction pour Tim et Robert, car la stratégie de Microsoft, au début des années 1990, obéit à la loi du "embrace, extend and stay at the top" »[B 33]

Heureusement, en octobre 1994 et après avoir repris les responsabilités de Tim Berners-Lee suite à son départ du CERN[B 34], François Flückiger, dont Jardon faisait mention, eu la présence d'esprit de se rendre à l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle suisse pour retirer du domaine public le code de l'éditeur HTML et le placer sous licence libre en y apposant de la sorte la propriété intellectuelle du CERN. La licence libre eu ainsi pour effet d'interdire la modification et l'amélioration du code de l'éditeur dès lors que la version transformée n'est pas elle-même soumise à une licence identique. De manière récursive et anticipative, le dépôt sous licence libre du code source qui aura donné naissance à l'espace web rendit donc peu probable l'apparition d'une bataille commerciale comparable à celle qui arriva peu de temps après dans le secteur des navigateurs web.

4. Les navigateurs webModifier

L'espace web une fois créé, l'offre sur le marché des navigateurs web s'est ensuite développé avec l'apparition de plusieurs logiciels aux performances diverses. Au départ du code et des fichiers disponibles sur les serveurs informatiques, les navigateurs doivent en effet restituer les page web dans leur interface graphique, et ils ne le font pas tous de la même manière, ni avec les mêmes ressource. Ces différences auront donc pour conséquence de créer une compétition entre les producteurs de navigateurs basée sur la rapidité, la légèreté et la fiabilité de leur produit. Quant aux consommateurs, ils seront toujours à la recherche d'un navigateur capable d'afficher sur l'écran de leurs ordinateurs une page web respectant le plus possible les désirs de son créateur ou administrateur, et ce au moindre frai possible.

Le site 3WSchools chargé de l'étude du marché des navigateurs fournit un classement en fonction du pourcentage du nombre d'utilisateurs :(1) le logiciel Chrome de Google en première position avec 80.4 %, (2) Firefox de Mozilla avec 7.1 %, (3) edge/Internet explorer de Microsoft avec 5.2 %, (4) Safari de Apple avec 3.7 % et finalement (5) Opera de Opera Software avec 2.1 %[W 9]. Dans le courant du même mois, le site StatCounter indiquait quant à lui :66.12 % pour Chrome, 17.24 % pour Safari, 3.98 % Firefox, 3.18 % pour Samsung Internet, 2.85 % pour Edge et 2.08 % pour Opera[W 10][N 5]. Dans ces deux classements et malgré les reproches qui peuvent lui être attribués[B 35], le navigateur Chrome apparait donc comme le logiciel préféré des utilisateurs.

Un premier graphique visible ci-dessous, indique cependant que cette situation ne sera apparue qu'en début d'année 2012, alors qu'un second graphique remontant plus loin dans le temps, représente une belle illustration de la « bataille commerciale des navigateurs Web »[W 11]. Certains s'en souviendront, il fut une époque ou la question de choisir Internet explorer et Netscape Navigator pour parcourir l'espace web faisait partie des conversations courantes entre internautes.

 
Fig. 2.7. Graphique illustrant l'évolution des parts de marché des navigateurs Web depuis 2009 à septembre 2020 (source :https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b4/StatCounter-browser-ww-yearly-2009-2020.png)
 
Fig. 2.8. Évolution de la part respective des navigateurs entre 1996 et 2009 (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Browser_Wars_(fr).svg)

Sans entrer dans des détails qui sont de toute façon accessibles dans un article Wikipédia consacré à l'évolution de l'usage des navigateurs web[W 12], je retiendrai de cette guerre qu'il ne fut pas difficile pour la société Microsoft d'envahir le marché. Ce nouveau monopole s'établit effectivement en 5 ans seulement, et fut amorcé dès le moment ou Microsoft pris conscience un peu tardivement de l'enjeu commercial que représentait l'espace web. La position de monopole de la firme au niveau des systèmes d'exploitation lui donna évidemment une puissance inégalable tant en matière de distribution de son navigateur qu'au niveau du financement de son développement. D'ailleurs, alors qu'Internet explorer dépassait la barre des 90 % de parts de marché et même si un recours en appel blanchira par la suite cette accusation, la firme Microsoft fit l'objet d'un verdict de première instance validant le fait qu'elle avait abusé de sa position dominante dans les systèmes d'exploitation pour évincer illégalement ses concurrents dans les logiciels de navigation internet[B 36].

Entre-temps et au cours de l'année 1998 la société Netscape Communication reconnaissant sa défaite avait déposé le code source de son navigateur sous licence libre et permit ainsi la naissance d'un nouveau navigateur intitulé Firefox[B 37]. Soutenu par la communauté libre au niveau de son développement, ce nouveau logiciel reprit petit à petit des parts de marché sur Internet explorer. Cependant et comme cela fut déjà expliqué, l'arrivée de Google Chrome, un autre logiciel libre développé cette fois par la société commerciale Google, signa la fin d'un nouveau duel entre Firerfox et Internet explorer.

Cet épisode de la révolution numérique m'a permis de comprendre à quel point le logiciel libre pouvait devenir une alternative capable de concurrencer les plus grands acteurs commerciaux. Il me permit aussi de découvrir que Wikipédia ne fut pas le premier projet libre né d'une première initiative commerciale. J'y ai découvert aussi cependant qu'un phénomène inverse pouvait apparaitre dès lors qu'une grande entreprise commercial tel que Google, faisant fit d'un éventuel profit tiré au départ de la production d'un logiciel, récupère sa mise en récoltant des informations sur les utilisateurs. En fin de compte, je retiendrai aussi de l'histoire des navigateurs, que l'existence et l'utilisation des licences libres représente un élément clef au niveau de la révolution numérique.

5. Les licences libresModifier

L'autobiographie autorisée de Sam Williams intitulée :« Richard Stallman et la révolution du logiciel libre. »[B 38], décrit très bien comment Richard Stallman donna naissance au concept de licence libre. En 1985 et suite à une discussion avec le juriste Mark Fischer, le fondateur du projet GNU trouva en effet le moyen de protéger son programme Emacs, un éditeur de texte, en publiant, dans le cadre de son projet GNU, la première version d'une licence intitulée Général Public Licence (GPL).

En 1989, malgré la pression émise par Microsoft à l'encontre de cette licence, et grâce à la participation de John Gilmore et d'une grande communauté d'activistes hackers comprenant aussi certains juristes tel que Jerry Cohen et Eben Moglen, la licence initialement prévue pour le logiciel Emacs devint applicable à tout type de logiciel. Selon les propos retenus lors de la lecture d'une biographie autorisée de Richard Stallman :

« La GPL apparaît comme l'un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l'intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel. »[B 39]

 
Fig. 2.9. Le symbole Copyleft, un Copyright renversé. (Source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Copyleft.svg).

Avec la GPL apparut une composante essentielle des logiciels libres qu'est la clause de reproductibilité de la licence sur les produits dérivés. Celle-ci qualifiée de virale ou récursive sera baptisée « copyleft », traduite en français par « gauche d'auteur » suite à une idée qui lui avait été transmise par Don Hopkins dans un échange de courriers[W 13]. Comme cela a déjà été vu dans le cadre du « sauvetage » du Web, la clause copyleft apparait aujourd'hui comme un détail déterminant dans l'histoire de la révolution numérique.

Cette notion de copyleft est à mes yeux plus importante que de faire la distinction entre le concept du logiciel libre développé par Stallman et celui de logiciels open source popularisé par Éric Raymondqui finalement furent confondu dans l'expression unique Free and open-source software (FOSS) alors que le concept d'open source faisait toujours l'objet d'une controverse sur Wikipédia en français fin d'année 2020[W 14]. En d'absence de clause interdisant l'usage commercial, la clause « Share alike » (partage à l'identique) surnommée copyleft reste en effet la seule garantie pour qu'un travail ne puisse jamais être récupéré complétement, partiellement ou de manière modifiée par une personne ou un organisme désireux d'y apposer un copyright ou autre licence restrictive dans le but d'en tirer profit au détriment d'un usage libre par le reste du monde[B 40] (voir figure ).

 
Fig. Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit. (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Classification_des_licences.svg).

Cela étant dit, chacun est libre de partager son travail sous les conditions qu'il veut et c'est sans doute pour simplifier ce choix qu'une nouvelle organisation internationale sans but lucratif appelée Creative Commons aura vu le jour pour permetre« le partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d'outils juridiques gratuits »[W 15]. Créée le 15 janvier 2001, précisément le même jour que Wikipédia, cette association offre donc une variété de licence (voir figure ci-dessous) applicable sur du code informatique, mais aussi sur des textes, photos, vidéos, musiques et autres productions de l'esprit. Celle utilisée au sein des projets Wikimedia est la licence CC.BY.SA à l'exeption du contenu du projet Wikidata et des descriptions apportées aux fichiers présents sur Wikimédia commons qui reposent eux sous la licence CC.0.

 
Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.


L'un des fondateurs de Creative Commons fut Lawrence Lessig, une personnalité marquante de la culture libre qui en assure toujours la présidence jusqu'à ce jour. Lessig est l'auteur d'un célèbre article intitulé :« Code is law »[B 41] dont un extrait repris ci-dessous permet de synthétiser en quelque mot la puissance du code informatique en matière d'autorité et de régulation :

« Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s'il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l'accès à l'information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu'on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d'une myriade de manières, le code du cyberespace régule. »[B 42]

La protection du code informatique par les licences libres, et la garantie d'une transparence qui en rend le contrôle possible, apparaissent donc comme un enjeu majeur tant pour le réseau Internet, que l'espace web qui s'y développe. Cette protection permet entre autres de vérifier que les logiciels qui prennent le contrôle de nos ordinateurs et qui influencent de plus en plus le déroulement de nos vies, servent bien nos intérêts et pas ceux des personnes qui les produisent[B 43].

Cependant, si une licence libre peut permettre sur l'utilisation de ce qui est produit dans l'espace numérique Wikimédia, elle n'en permet pas pour autant le contrôle des millions de modifications apportées aux centaines de projets collaboratifs. Cette tâche de contrôle beaucoup plus ardue qui doit en effet être assumée par d'autre moyen que la simple apposition d'une licence. Pour qu'elle soit possible, il fallut attendre l'arrivée d'un nouveau type de logiciels qui permet la construction d'un site web par des millions de contributeurs situés aux quatre coins du monde, tout en leur donnant la possibilité de contrôler tout ce qui s'y passe. Le premier logiciel capable d'une telle prouesse fut baptisé WikiWikiWeb, et son préfixe restera présent tout au long de la croissance du mouvement Wikimédia.

6. Les WikisModifier

 
Fig. 2.10. Logos du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MediaWiki.svg).

WikiWikiWeb, fut le premier logiciel libre de type « wiki » créé en mars 1995 par Ward Cunningham. Grâce à l'accessibilité de son code source et la permission de son réemploi, il permit la création de nombreux autres logiciels de même type produits eu aussi sous licence libre en raison de l'action virale spécifique à celle-ci. L'histoire des wikis apporte donc en ce sens une nouvelle illustration de l'importance de cette clause de redistribution à l'identique surnommée copyleft.

D'ailleurs, ce sera quelque part grâce à ce copyleft que les fondateurs du projet Wikipédia purent installer librement et gratuitement le logiciel Wiki qui leur convenait, alors que la société Bomis qui soutenait le projet était confronté à de grosses difficultés financières. Le choix fut porté sur le logiciel UseModWiki qui répondait à leurs attentes en raison de sa simplicité et du peu de ressources informatiques nécessaires à son bon fonctionnement. Il fut remplacé le 25 janvier 2002 par le logiciel MediaWiki dont le développement fut soutenu par la fondation Wikimédia jusqu'à ce jour[B 44].

Après l'apparition du réseau Internet et de son l'espace web, des systèmes d'exploitations de type GNU/Linux permettant de faire tourner gratuitement des serveurs informatiques, l'arrivée des logiciels Wikis apportait donc la dernière pièce manquante et indispensable au lancement d'une encyclopédie libre et universelle.

7. L'encyclopédie libre et universelleModifier

En collectant et partageant l'ensemble des connaissances humaines, les projets Wikimédia semblent aujourd'hui concrétiser un vieux projet porté par de nombreux hommes depuis la nuit des temps. Sans entrer dans les détails de l'histoire, je me limiterai ici à citer pour exemple :Ptolémée Ier et la bibliothèque d'Alexandrie (305 – 283 av. J.-C.), Denis Diderot (1713 – 1784) et son Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, et dans un passé plus proche encore, Paul Otlet (1868 – 1944) et son Mundaneum.

Ce Belge peu connu et pourtant cocréateur, en 1905, de la classification décimale universelle toujours en usage à ce jour, rêvait en effet de cataloguer le monde dans lieu qui rassemblerait toutes les connaissances humaines sous la forme d'un gigantesque Répertoire bibliographique Universel[B 45]. À la lecture de son Traité de documentation » paru en 1934, je découvre l'étrange songe visionnaire d'un « homme qui voulait classer le monde »[B 46] :

« Ici, la Table de Travail n'est plus chargée d'aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l'espace que requiert leur enregistrement et leur manutention, […] De là, on fait apparaître sur l'écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s'il s'agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un hautparleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l'aimerait. Utopie aujourd'hui parce qu'elle n'existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. » [B 47]

 
Fig. 2.11. Photographie de l'intérieur du Répertoire Bibliographique Universel aux alentours de 1900 (source :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Le_Répertoire_Bibliographique_Universel_vers_1900.jpg)

Cette utopie décrite par Otelet ressemble effectivement à s'y méprendre à une description du « tandem Google Wikipédia »[B 48] plus de soixante ans avant son apparition :allumer un écran, poser une question dans un moteur de recherche et se voir rediriger dans près de 88.7 % des cas vers Wikipédia[W 16]. Quant à l'idée a proprement parlé d'une encyclopédie libre et universelle, ce sera Richard Stallman qui en partagea publiquement l'idée en premier. Dans un message posté sur la liste de diffusion du projet GNU le 18 décembre 2000, il raconte en effet que :

« Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance, et une bibliothèque complète de cours d'enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n'intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd'hui pour orienter l'avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l'accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l'argent aux personnes qui veulent apprendre. […] Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l'information qu'elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c'est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d'exploitation libre GNU/Linux. L'encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront. »[W 17][N 6]

En parlant d'un « mouvement » qui se créerait autour d'une « encyclopédie libre et universelle » Stallman anticipait donc tout à fait ce qui allait se passer suite à la création de Wikipédia. Au travers d'une soixantaine de paragraphes, il dévoile ensuite un projet sous licence libre où « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » et où « en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés ». Sans le savoir et bien avant l'heure, ce qu'écrivait Stallman ressemblait donc fortement à plusieurs principes fondateurs[W 18] appliqué lors de la création de Wikipédia avec pour exemple celui de neutralité de point de vue[W 19] qui apparu sur le projet Wikipédia anglophone seulement le 10 novembre 2001[W 20].

En fin de compte Wikipédia n'aura donc pas été une trouvaille, mais plutôt un coup de génie qui permis au projet de prendre le devant sur d'autres projets naissants. Celui-ci apparu lorsque Larry Sanger proposa, malgré le manque d'enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, de démarrer une encyclopédie au départ d'un logiciel Wiki[W 21]. La manœuvre avait pour but à son origine d'enrichir Nupedia, l'encyclopédie commerciale de la firme Bomis lancée quelque temps au par avant et dans laquelle il était prévu de placer de la publicité pour générer une rentrée financière.

Grâce à la flexibilité du logiciel Wiki, et à l'autoorganisation qu'il permettait de mettre en place, le projet Wikipédia prit ainsi les devant sur le projet GNUPedia lancé parallèlement en janvier 2001 par Stallman et la Free Software Foundation ainsi que sur d'autres projets comme par exemple The Info Network créé par Aaron Swartz à l'age de 12 ans et cinq ans avant la naissance de Wikipédia[V 1]. Pendant que le projet GNUPedia éprouvait beaucoup de difficultés au niveau de la modération de ses contributeurs, Jimmy Wales, qui croyait à la réussite d'une édition par des « gens ordinaires »[B 49], réussit pour sa part à faire confiance à une communauté d'éditeurs bénévoles qui mena le projet à sa réussite. Le projet GNUPedia quant à lui fut abandonné et son contenu fusionné à celui du projet Nupédia dès son passage sous licence de documentation libre GNU[W 22].

Faute de productivité, le projet Nupedia transféra à son tour ses articles dans Wikipédia pour être ensuite abandonné en septembre 2003 suite à un crash des serveurs qui ne sera jamais rétabli. Démissionnaire du poste de rédacteur en chef sur Wikipédia en mars 2003, soit un mois après la coupure de son salaire, Larry Sanger avait bien tenté de sauver le projet Nupedia qui lui tenait à cœur en raison de sa relecture par des experts, mais en vin[B 50]. De son côté, Jimmy Wales continua à se consacrer entièrement au projet Wikipédia qui fini par atteindre une taille et une visibilité jamais égalée dans l'histoire des encyclopédies. En tant que projet fondateur, la naissance de Wikipédia constituait donc la première pierre du mouvement Wikimédia.

8. Un héritage contre-culturelleModifier

Il apparait donc aujourd'hui de manière évidente que Wikimédia est l'héritier direct d'une contre-culture transmise au mouvement par l'intermédiaire des principaux acteurs de la construction d'Internet et de ses premières applications. Un des personnages emblématique de cette contre-culture incarnée par Richard Stallman défenseurs des libertés numérique et sa photo triomphante prise juste avant son intervention lors de la première rencontre internationale Wikimania suffirait me semble-t-il pour en faire la démonstration.

La contre-culture des hackers et la philosophie du libre qu'elle aura produit aura d'ailleurs fait des émules non seulement dans le mouvement Wikimédia et le milieu du partage des connaissances, mais aussi dans celui de la politique. En 2008, André Groz, le père de la décroissance et le théoricien de l'écologie politique, considérait par exemple que la composante libre de la révolution numérique était un enjeu majeur pour l'avenir de nos sociétés et pour une sortie du capitalisme qui selon ses propos avait déjà commencé :

« La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" (…) a été le coup d'envoi du conflit central de l'époque. Il s'étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l'existence d'une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. »[W 23]

Six ans plus tard, Rémy Rieffel dans l'introduction de son ouvrage : « Révolution numérique, révolution culturelle ? » nous rappelle d'ailleurs pour sa part que :

« une révolution technologique telle que celle du numérique est par essence instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse et lourde de menaces. Elle s'inscrit dans un contexte où s'affrontent des valeurs d'émancipation et d'ouverture d'un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l'autre. »[B 51]

Ces luttes et affrontements apparaissent donc comme composantes essentielles d'une révolution numérique contre-culturelle qui s'oppose aux valeurs et pratiques perpétuées par certains acteurs dominants que l'on retrouve à la fois dans les sphères économiques, politiques et intellectuelles de nos sociétés.

Au niveau économique, il est déjà très significatif par exemple que le nom de domaine Wikipédia.org se situe en 13ᵉ place du top 50 des sites les plus fréquentés du Web, isolé au milieu de 49 autres noms de domaines appartenant à des entreprises commerciales[W 24]. Au niveau épistémique ensuite, les projets Wikimédia, emblèmes du Web 2.0 grâce à leurs capacités d'éditions collaboratives et démocratiques[B 52], ont souvent été l'objet de nombreuses postures d'oppositions issue du milieu intellectuel[B 53]. Au niveau politique enfin, le mouvement Wikimédia est fréquemment confronté à des mesures étatiques, tel des blocages ou limitations d'accès aux sites (Chine, Turquie, Russie)[W 25] ou encore des manœuvres d'intimidation (France)[W 26].

En entament à présent l'étude thématique de l'histoire du mouvement Wikimédia, nous allons donc voir comment il est possible d'illustrer l'opposition et parfois même la confrontation entre une ancienne culture dominante et une nouvelle contre-culture révolutionnaire. Il sera par ailleurs intéressant de découvrir que les tensions créées pas ce choc des cultures peuvent s'observer au niveau des relations entretenues entre mouvement Wikimédia et extérieure, mais aussi aussi au niveau de la gestion interne du mouvement et donc au sein même de sa propre communauté.

Notes et référencesModifier

[N]otes

  1. Texte original avant traduction sur www. DeepL.com/Translator (version gratuite) :« I'm doing a (free) operating system (just a hobby, won't be big and professional like gnu) for 386(486) AT clones. This has been brewing since april, and is starting to get ready. I'd like any feedback on things people like/dislike in minix, as my OS resembles it somewhat (same physical layout of the file-system (due to practical reasons)among other things). »
  2. Titre original de l'ouvrage en anglais :« The Making of a Counter Culture:Reflections on the Technocratic Society and Its Youthful Opposition »
  3. Titre de l'ouvrage original en anglais :From Counterculture to Cyberculture:Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital Utopianism
  4. Texte original :We reject kings, presidents and voting. We believe in rough consensus and running code.
  5. Cette comparaison m'aura permis de réaliser à quel point les statistiques au sujet de l'espace Web sont à prendre avec beaucoup de recul.
  6. Texte original avant traduction sur deepl.com (version gratuite) :« The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write. »

[B]ibliographie

  1. Lionel Scheepmans, « Nouvelles formes de management dans la création de produits numériques », Wikiversité, (consulté le 12 août 2020)
  2. Brandon Griggs, « The Commodore 64, that '80 s computer icon, lives again », CNN.com, (consulté le 14 novembre 2020)
  3. Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire:la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760) 
  4. Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire:la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760), p. 15 
  5. 5,0 et 5,1 Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire:la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760), p. 27 
  6. Ridha Loukil, « Les géants d'internet déterminés à briser le monopole d'Intel dans les serveurs », Usine-digitale.fr, (consulté le 22 septembre 2020)
  7. Agence Reuters, « Intel verse 1,25 milliard de dollar à AMD contre l'abandon des poursuites », Le Monde, (consulté le 30 novembre 2020)
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  9. Linus Benedict Torvalds, « What would you like to see most in minix? », Linux today, (consulté le 4 juillet 2018)
  10. Christophe Lazaro, La liberte logicielle, 2012, 56 p. (ISBN 978-2-87209-861-3) (OCLC 1104281978) 
  11. Eric Steven Raymond, Cathedral and the bazaar, SnowBall Publishing, 2010 (ISBN 978-1-60796-228-1) (OCLC 833142152) 
  12. Eric S. Raymond (trad. Sébastien Blondeel), « La cathédrale et le bazar », Linux-France, (consulté le 3 février 2020)
  13. Lionel Scheepmans, « Culture fr Wikipédia », Wikiversité, (consulté le 15 novembre 2020)
  14. Frédéric Joignot, « Wikipédia, bazar libertaire », Le Monde, (consulté le 8 novembre 2020)
  15. Steven Levy et Gilles Tordjman, L'éthique des hackers, Globe, 2013 (ISBN 978-2-211-20410-1) (OCLC 844898302) 
  16. Djilali Benamrane, Biens publics à l'échelle mondiale et Coopération solidarité développement aux PTT, Les télécommunications, entre bien public et marchandise, Une histoire d'Internet, ECLM (Charles Leopold Mayer), 2005 (ISBN 978-2-84377-111-8) (OCLC 833154536), p. 73 
  17. Djilali Benamrane, Biens publics à l'échelle mondiale et Coopération solidarité développement aux PTT, Les télécommunications, entre bien public et marchandise, Une histoire d'Internet, ECLM (Charles Leopold Mayer), 2005 (ISBN 978-2-84377-111-8) (OCLC 833154536), p. 63 
  18. Alexandre Serres, Christian Le Moënne et Jean-Max Noyer, « Aux sources d'internet:l'émergence d'Arpanet :exploration du processus d'émergence d'une infrastructure informationnelle :description des trajectoires des acteurs et actants, des filières et des réseaux constitutifs de la naissance d'Arpanet :problèmes critiques et épistémologiques posés par l'histoire des innovations », Thèse de doctorat, Université Rennes 2, 2000, p. 481 [texte intégral]
  19. Id. 488
  20. Stephen Denneti, ARPANET Information Brochure, Defense Communications Agency, 1978, 46 p. (OCLC 476024876) [lire en ligne], p. 4 
  21. Solange Ghernaouti-Hélie et Arnaud Dufour, Internet, Presses universitaires de France, 2012 (ISBN 978-2-13-058548-0) (OCLC 795497443) 
  22. Étienne Combier, « Les leçons de l’Internet Society pour sauver la Toile », Les Echos, (consulté le 24 octobre 2020)
  23. Michel Elie, « Quarante ans après :mais qui donc créa l'internet ? », Vecam, (consulté le 31 janvier 2020)
  24. Theodore Roszak et Claude Elsen, Vers une contre-culture:réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse, Stock, 1980 (ISBN 978-2-234-01282-0) (OCLC 36236326) 
  25. Theodore Roszak et Claude Elsen, Vers une contre-culture. Réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse, Paris, Stock, 1970, 318 p. (ISBN 978-2-234-01282-0) (OCLC 36236326), p. 266-267 
  26. Fred Turner, Aux sources de l'utopie numérique :de la contre-culture à la cyberculture :Stewart Brand, un homme d'influence, C & F, 2013 (ISBN 978-2-915825-10-7) (OCLC 891585534) 
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