Différences entre versions de « Recherche:Clefs pour mieux comprendre le monde et participer à son évolution/Les grandes civilisations »

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Le regard que nous portons sur le passé n’est pas neutre. Il dépend de nos centres d’intérêt, de nos convictions et des problèmes que notre époque doit affronter. Selon le point de vue qui est adopté, le même événement peut être considéré comme une catastrophe ou revêtir un caractère providentiel. De plus, nous n’avons pas directement accès au passé<span> </span>: nous le reconstituons à l’aide de traces et de vestiges que nous interprétons. Les documents disponibles doivent eux aussi être traités avec une certaine prudence. Ils peuvent avoir été rédigés par des personnes mal renseignées ou peu objectives. Quand aux données qui ne peuvent pas s’inscrire dans le cadre des thèses communément admises, elles se trouvent souvent minimisées ou laissées temporairement de côté.
 
En Histoire comme dans d’autres domaines, le chercheur de vérité doit donc être prêt à remettre en question ce qu’il croit savoir. Dans la recherche de nos plus lointains ancêtres, nous pouvons, de génération en génération, remonter jusqu’à l’origine de la vie. Les premiers êtres vivants à pouvoir être considérés comme des humains sont sans doute apparus il y a 2 ou 3 millions d’années, peut-être même davantage. Notre patrimoine génétique est proche de celui des singes supérieurs. Toutefois, grâce à quelques remaniements <ref>Les gènes régulateurs ont un rôle analogue à celui d’une horloge. Ils peuvent accélérer ou ralentir l’expression de certaines phases de développement. Ceci pourrait expliquer pourquoi l’être humain adulte possède certains caractères que les primates ont seulement à l’état juvénile. Le bébé chimpanzé a comme nous un crâne très développé, sans bourrelet au dessus des yeux. À l’état de fœtus, il a la peau nue. Lorsqu’il est adulte, ces caractères ont complètement disparu. Comme l’Homme nait « inachevé », chez lui le crâne et le cerveau continuent de se développer après la naissance. Le système nerveux va naturellement se construire en fonction de l’hérédité, mais l’expression des gènes se trouvera également influencée par les relations avec le milieu – en particulier la famille et la culture. L’augmentation de la grosseur du cerveau va de pair avec un rétrécissement de la mâchoire. Le [[w:trou occipital|trou occipital]] se trouve donc déplacé vers l’avant, ce qui facilite le redressement du corps. Parallèlement, le bassin se modifie, ce qui rend possible la marche [[w:bipède|bipède]]. De ce fait, Les mains se trouvent libérées, le regard peut se porter au loin et les déplacements demandent moins d’énergie.
 
[[w:Anne Dambricourt|Anne Dambricourt]] a montré comment depuis 45 millions d’années, le redressement bien connu de la base du crâne toujours dans le même sens, mas de manière accélérée depuis les premiers homininés, s'explique par l'embryogenèse dont on sait depuis longtemps qu'elle se prolonge des espèces de primates les plus primitives à Homo sapiens. Cette continuité suit une complexité croissante, certains y voient une incompatibilité avec la doctrine du caractère purement accidentel de l’évolution. Dans les milieux scientifiques les travaux d'Anne Dambricourt ont toujours reçu la reconnaissance et les félicitations de ses pairs de sa thèse doctorat en 1987 à l'Habilitation à Diriger des Recherches en 2011. </ref> survenus à ce niveau, nous avons pu accéder à un développement d’une tout autre envergure. Tel est du moins le point de vue actuel de la science. Quel que soit le domaine, celle-ci demeure fidèle à sa méthode qui consiste à progresser à partir de ce qui est connu, sans faire intervenir des considérations d’un autre ordre ou des théories qui ne peuvent ni être ni démontrées ni vérifiées par des observations répétées.
Les premiers outils ont dû être taillés il a près de 2,5 millions d’années. Ils sont probablement l’œuvre d’[[w:australopithèques|australopithèques]]<span> </span>: nos présumés ancêtres. Appartenant comme nous à la famille des [[w:hominiens|hominiens]], ils sont considérés comme des êtres intermédiaires entre le singe et l’Homme. Les frontières sont ici difficiles à établir et dépendent des critères que l’on privilégie. Des ossements de pré-humains ont été retrouvés en Afrique uniquement ; c’est la raison pour laquelle on suppose que l’humanité est née en Afrique et qu’elle a ensuite colonisé l’ensemble de la planète, par vagues successives. Les plus anciennes traces de foyer datent de 500 {{unité|000|ans}}. Grâce à la maîtrise du feu, l’Homme sera moins dépendant des conditions naturelles<span> </span>: il fera jaillir la lumière dans l’obscurité et pourra survivre dans les régions froides. Comme le feu effraie les animaux, il se sentira plus en sécurité. Une vie sociale plus étroite va pouvoir s’organiser autour du foyer qui revêtira parfois un caractère sacré.
 
100 {{unité|000|ans}} avant notre ère, nos ancêtres offraient déjà des [[w:sépultures|sépultures]] à leurs semblables. La présence occasionnelle de [[w:cristaux|cristaux]] et de [[w:fleurs|fleurs]] témoigne des liens qui unissaient le défunt à ses proches ou à l’ensemble du groupe. Plus tard, les corps seront quelquefois saupoudrés d’[[w:ocre|ocre]] rouge ou enterrés dans la position du [[w:fœtus|fœtus]]. À ce stade, il s’agit indiscutablement de rites funéraires <ref>Pratiqué à cette époque, les pratiques [[w:anthropophages|anthropophage]] comportent deux versants qui se rejoignent. Ce peut être une façon de s’approprier la force de l’ennemi mais aussi un moyen grâce auquel les défunts peuvent continuer à vivre en celui qui consomme leur chair – le corps de ceux qui les aiment ou les respectent étant la meilleure sépulture.</ref>. Nous pouvons difficilement nous faire une idée de l’état d’esprit de ces temps reculés. Nos interprétations des indices sont nécessairement incomplètes<span> </span>: aujourd’hui encore, chez les [[w:Bochimans|Bochimans]], l’arc est à la fois arme et instrument de musique. Il n’est pas non plus possible d’établir une chronologie standard des étapes de développement. Celles-ci se chevauchent et varient beaucoup d’un endroit à l’autre.
 
[[Fichier:Lascaux_painting.jpg|right|frameless]]
L’Homme s’adonne à l’art figuratif depuis au moins 30 {{unité|000|ans}}. Les premières manifestations incontestables datent de cette époque ; mais elles ont vraisemblablement été précédées par d’autres, effectuées sur des supports périssables. L’art est sans doute né par petites touches à peine perceptibles, et les œuvres les plus anciennes resteront à jamais inconnues de nous. Dans le Sud de la France, l’art des cavernes a pris son essor une vingtaine de millénaires avant notre ère. Il s’agit presque toujours de représentations animales, parfois associées à des sign
 
es abstraits. Sur les parois de ces grottes admirablement peintes, l’être humain est très peu représenté. Les rares exceptions le font apparaître de manière discrète et sous des formes à peine esquissées. Situées souvent en des lieux difficilement accessibles, ces œuvres semblent répondre à des préoccupations à caractère [[w:magique|magique]] ou [[w:religieux|religieux]]. L’espoir d’une chasse fructueuse a pu jouer un rôle mais n’est pas seul en cause <ref>À [[w:Grotte de Lascaux|Lascaux]], on se nourrissait surtout de renne, pourtant cet animal n’est pour ainsi dire jamais représenté. Mais peut-être était-ce simplement en raison de son abondance ou parce qu’on pratiquait sa domestication ?</ref>. Pour leurs auteurs, ces représentations raffinées devaient plutôt être des supports permettant aux Hommes d’établir une relation privilégiée avec certains animaux. Grâce à ces liens, ils pensaient pouvoir s’imprégner de leurs caractères essentiels et acquérir ainsi les qualités qui les caractérisent – C’est, en tous cas, ce qu’un parallèle avec le chamanisme laisse supposer. Ces œuvres témoignent d’une observation très fine de la nature, mais les sujets ne sont pas traités de façon [[w:naturaliste|naturaliste]]. L’artiste semble avoir tenté de saisir des [[w:archétypes|archétypes]]: des formes dotées d’une vie propre et d’un pouvoir créateur.
 
[[Fichier:Venus_von_Willendorf_01.jpg|right|frameless]]
== La Mésopotamie ==
 
La plaine du [[w:Tigre|Tigre]] et de L’[[w:Euphrate|Euphrate]] est une contrée particulièrement fertile. Très tôt, les Hommes s’y réunirent pour entreprendre des grands travaux d’irrigation. Au IV<sup>e</sup> millénaire avant notre ère, des agglomérations importantes avaient déjà été édifiées dans la partie méridionale. Elles étaient l’œuvre des [[w:Sumériens|Sumériens]]<span> </span>: un peuple de haute culture dont l’origine est incertaine <ref>Les Sumériens venaient sans doute de l’Est. De nombreuses similitudes laissent supposer un lien de parenté avec les civilisations de l’[[w:Indus|Indus]] avec lesquelles ils entretenaient d’importants liens commerciaux.</ref>.
 
[[Fichier:Statue_Gudea_Met_59.2.jpg|right|frameless]]
[[Fichier:Decorated_Indian_elephant.jpg|right|frameless]]
 
Déjà dans l’Antiquité, de nombreux courants de pensée coexistaient <ref>Il y avait, au IVe av. J.-C., des petites républiques.</ref>. Au VI<sup>e</sup> siècle av. J.-C., l’Inde comptait plusieurs écoles de philosophie [[w:athé|athées]] ou [[w:matérialiste|matérialistes]] <ref>Mais l’athéisme et le matérialisme n’avaient peut-être pas les mêmes implications qu’aujourd’hui, notamment en Occident.</ref>. Le [[w:bouddhisme|bouddhisme]] est apparu dans ce contexte. Partant du constat que tout est [[w:éphémère|éphémère]] et imparfait, son fondateur insiste sur le fait qu’il n’existe rien de permanent, même au plus profond de nous<span> </span>: chaque chose est conditionnée par l’ensemble, et réciproquement. Pour [[w:Gautama|Gautama]] Le [[w:Bouddha|Bouddha]], la cause de toute souffrance est le désir. Par la voie du juste milieu, la [[w:compassion|compassion]] et l’observation attentive, on acquiert une vision pénétrante. Il devient alors possible d’atteindre un point où plus aucune illusion ne subsiste où le désir disparaît. Cet état d’éveil absolu ouvre l’accès au non conditionné, au [[w:nirvana|nirvana]]. Une fois le «non-né» atteint, la nécessité de renaître cesse. Le Bouddha a enseigné une voie de libération, mais il est resté silencieux sur le contenu du nirvana. L’absolu étant de l’ordre de l’indicible, la seule façon de le connaître est de l’atteindre. Le bouddhisme s’est tout d’abord répandu en Inde, exerçant une influence profonde sur l’[[w:hindouisme|hindouisme]], notamment dans le sens du renoncement. Il s’est ensuite diffusé dans les pays voisins. Aujourd’hui, les adeptes de cette religion ne représentent plus qu’un faible pourcentage de la population indienne. Un mouvement assez voisin, le [[w:jaïnisme|jaïnisme]], a pris lui aussi de l'importance au cours du VIe siècle avant notre ère. Comme le bouddhisme, la religion à laquelle il a donné naissance, il ne comporte pas de castes. Les jaïns se distinguent tout particulièrement par leur profond respect du principe de non-violence.
 
L’art indien part de la matière pour exprimer toute la gamme des émotions et des idées. Il ne reste cependant pas prisonnier de ses formes<span> </span>: il les utilise comme un support pour accéder à l’inexprimable. Dans l’art hindou, l’accent est mis sur l’inépuisable dynamisme de l’existence et ses innombrables visages. L’art bouddhiste lui est apparenté mais, en son sein, la recherche de la sérénité est primordiale.
[[Fichier:Mumbai_night_skyline.jpg|right|frameless]]
 
Après l’indépendance, l’Union Indienne a été parmi les chefs de file d’une politique de non-alignement qui a influencé de nombreux états du Tiers Monde et leur a permis d’affirmer leur identité. Dans la plus grande démocratie du monde, toute discrimination relative aux castes est désormais illégale, mais l'esprit de ce système subsiste dans les mentalités. À l’extrême fin du vingtième siècle, l’Union Indienne s’est néanmoins choisi un président qui est né dans une caste de [[w:Dalits|Dalits]], – ceux qu’on appelait autrefois « intouchables ». Tout en essayant de préserver son âme, le pays se modernise de manière spectaculaire et s’efforce de résoudre peu à peu les nombreux problèmes qui subsistent. Malgré les difficultés, tous les espoirs sont permis. l’Inde n’est elle pas « un résumé vivant de toute l’Histoire de l’humanité ? » <ref>[[w:Michel Hulin|Michel Hulin]]</ref>.
 
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Depuis ses débuts, l’art chinois est marqué par la recherche d’un accord profond avec la matière. Le travail du [[w:bronze|bronze]], les [[w:œuvres de jade|œuvres de jade]] et la [[w:céramique|céramique]] en portent l’admirable témoignage. L’architecture est rythmique, mariant l’espace et le temps à travers les perspectives en enfilade. Elle protège bien les secrets mais reste toujours aérée. Dans sa forme classique, l’art de la Chine est avant tout la transcription d’une expérience<span> </span>: celle de « l’ici et maintenant » ; celle aussi d’états d’âme très intimes. Parfois tout repose sur le dynamisme du vide. La nature n’est presque jamais traitée comme un décor. L’être humain n’occupe pas une place démesurée dans le paysage ; il y figure en justes proportions à l’unisson de tout ce qui est. En Chine comme au Japon, la [[w:calligraphie|calligraphie]] est l’art par excellence. Dessin et poésie s’y trouvent réunis au sein d’un même geste. Ici encore, la sobriété va de pair avec le souci de perfection. Et la spontanéité elle-même s’appuie sur le respect des traditions. Pour certains artistes, la réalisation d’une œuvre et l’art de vivre forment un tout. Ainsi, ils ne jettent pas les pinceaux usés. En signe de reconnaissance, ils les enterrent.
 
Depuis l’Antiquité, les routes de la soie mettent en contact l’[[w:Orient|Orient]] et l’[[w:Occident|Occident]] pour des échanges de toute nature. Au cours de son Histoire, l’Empire connut le morcellement et la domination et il fut parfois déchiré par d’importants conflits sociaux. Il réussit cependant toujours à retrouver sa cohésion. Ce rétablissement de l’unité était facilité par la présence d’une administration centralisée assistée dans chaque province par de nombreux [[w:mandarins|mandarins]]<span> </span>: des fonctionnaires nommés en raison de leur mérite personnel et recrutés par concours. Aux alentours de l’an mil, bien avant les Occidentaux, les Chinois utilisaient déjà la [[w:boussole|boussole]], les caractères d’[[w:imprimerie|imprimerie]] <ref>Eux-mêmes les tenaient sans doute des [[w:Corée|Coréens]]. Ceux-ci semblent avoir été les premiers inventeurs des caractères d’imprimerie.</ref> et même un précurseur du [[w:billet de banque|billet de banque]]. Au temps de la Renaissance européenne, l’Empire du Milieu était à la pointe du progrès, mais il choisit de se concentrer sur son propre type de développement. L’Occident a ainsi eu le champ libre pour partir seul à la conquête du monde. Cette posture explique également pourquoi la révolution industrielle eut d’abord lieu en Europe.
 
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== L’Amérique précolombienne ==
 
Il y a 30 {{unité|000|ans}}, les Hommes avaient déjà commencé à coloniser l’[[w:Amérique|Amérique]]. Les premiers arrivants pénétrèrent par vagues successives à une époque où l’emplacement du [[w:détroit de Béring|détroit de Béring]] n’était pas recouvert par la mer <ref>Le détroit de Béring rendait possible le passage à pied de [[w:Sibérie|Sibérie]] en [[w:Alaska|Alaska]].</ref>. Une incursion [[w:Viking|Viking]] eut lieu dans le courant du Xe siècle au S-E du [[w:Groenland|Groenland]] ; mais elle fut repoussée et resta sans lendemain. À l’arrivée de [[w:Christophe Colomb|Christophe Colomb]], au XVIe, le continent comptait sans doute plus de 50 millions d’habitants.
 
[[Fichier:British_museum68.jpg|right|frameless]]
 
Le Nord était occupé par les populations sédentaires des [[w:pueblos|pueblos]] et par des tribus qui se déplaçaient au rythme des saisons. De nombreux traits culturels attestent leurs origines asiatiques <ref>Près de Columbia, des restes d’Hommes blancs (au sens large) ont été exhumés. Ils ont des caractères [[w:caucasoïdes|caucasoïdes]] et seraient vieux de {{unité|9300|ans}}. Des ossements humains très anciens sont également présents en Amérique du Sud<span> </span>: ils dateraient de {{unité|24000|ans}}. L’hypothèse d’un peuplement par cet hémisphère ne peut être exclue. On pense notamment à des Polynésiens.</ref>. – Les langues présentent des similitudes et les pratiques chamanistes sont quelquefois les mêmes. Les différents peuples étaient groupés en confédérations où chacun conservait son indépendance. La constitution des [[w:États-Unis|États-Unis]] a d’ailleurs dû s’inspirer de ce modèle. On y retrouve le même idéal d’auto-détermination et la prise en compte des différences. Les « [[w:Peaux-rouges|Peaux-rouges]] » avaient un sens profond de la nature. Ils se considéraient comme une espèce parmi d’autres, mettant l’accent sur le caractère sacré de la Terre<span> </span>: la Mère de tous les êtres. Au président des États-Unis qui voulait lui acheter <ref>Entre les civilisations, les malentendus sont quelquefois importants. Selon leurs dires, les Indiens ne savaient pas qu’ils vendaient l’île de Manhattan. Ils croyaient seulement avoir accepté de partager la terre avec leurs frères blancs et ne voyaient pas d’inconvénient à accepter en échange un petit cadeau de 24 couronnes...</ref> le territoire où il vivait, un chef [[w:Seattle|Seattle]] répondit dans une lettre pleine de dignité et de poésie<span> </span>: « Ce n’est pas la Terre qui appartient à l’Homme mais l’Homme qui appartient à la terre. » Les colons étaient empreints d’un tout autre système de valeurs<span> </span>: ils venaient pour exploiter la [[w:faune|faune]], la [[w:flore|flore]] et le sous-sol. La nature était pour eux une ennemie qui devait être dominée. Ils n’éprouvaient pas non plus de respect pour ceux qu’ils pensaient être des sauvages à la limite de l’humain. Malgré une résistance [[w:pathétique|pathétique]], les [[w:Amérindiens|Amérindiens]] durent se soumettre et accepter de vivre dans les réserves qui leur étaient attribuées. Depuis lors, en raison de la profondeur du traumatisme, l’équilibre est difficile à retrouver. Sur cette terre, où ils sont considérés comme des étrangers, l’identité des indiens a de la peine à trouver des voies d’expression. Un espoir intime demeure cependant car, pour les [[w:Navajos|Navajos]] par exemple, l’esprit humain est une partie du Grand Esprit.
 
[[Fichier:William_Notman_studios_-_Sitting_Bull_and_Buffalo_Bill_(1895)_edit.jpg|right|frameless]]
En Amérique centrale, l’Homme doit affronter de multiples dangers. Les civilisations qui y sont apparues ont donc valorisé les qualités qui permettent de survivre dans des conditions difficiles. Comme le [[w:jaguar|jaguar]] est doté de tous les attributs de la puissance, on lui rendait un culte tout particulier. Sans doute pour conjurer le caractère imprévisible de la nature, l’art témoigne d’une intense recherche d’ordre. Il révèle un goût prononcé pour la rigueur et les formes géométriques. Le long des côtes cependant, là où la vie est plus facile, les lignes sont moins anguleuses et le sourire est parfois présent sur le visage des personnages qui ont été sculptés.
 
La plus ancienne civilisation de la région est celle des [[w:Olmèques|Olmèques]]. Elle s’est constituée dans le courant du II<sup>e</sup> millénaire avant notre ère. Les Olmèques possédaient une écriture et ils avaient des connaissances approfondies en [[w:astronomie|astronomie]]. Ils utilisaient le [[w:nombre d’or|nombre d’or]]. Leur sculpture, vivante et bien proportionnée, représente des personnages intermédiaires entre l’animal et l’Homme. On attribue également aux Olmèques des têtes colossales dont la nature est incertaine <ref>Pour certains observateurs, les lèvres pendantes de ces statues sont à rapprocher de celles du jaguar. Pour d’autres, il s’agirait plutôt d’un caractère négroïde. Ceci n’est pas impossible. Des traces de [[w:tabac|tabac]] et de [[w:cocaïne|cocaïne]] ont été retrouvées dans des [[w:momies|momies]] égyptiennes. Or, tout semble indiquer qu’avant d’être cultivées, ces plantes poussaient seulement en Amérique. Il n’est donc pas interdit de penser que, dans l’Antiquité, des contacts pouvaient avoir lieu entre les deux continents.</ref>.
 
[[Fichier:Cabeza_Colosal_nº1_del_Museo_Xalapa_-_blank.png|right|frameless]]
Ici, plus qu’ailleurs, peut-être, un examen superficiel du folklore ne permet pas de soupçonner la
[[Fichier:Léopold_Senghor,_Pic,_5.jpg|thumb|Leopold Sedar Senghor<span> </span>: poète et président]]
profondeur de ses fondements. Un certains nombre de représentations et de conceptions sont communes à la majeure partie des grandes Traditions d’Afrique. Elles constituent un système d’une profonde cohérence. On peut le résumer de la façon suivante. Le monde est issu d’une vibration interne de la substance primordiale et il possède un mouvement d’ensemble en forme de spirale en extension. À l’origine, se trouve un corps extrêmement petit, une sorte de graine ou d’œuf qui contient en puissance tout ce qui existe. L’univers qui en résulte est vivant. Cette graine est présente en l’Homme. Lui-même peut être comparé à un champ avec son alternance de moissons et de semailles. Des applications pratiques découlent de ces conceptions. En s’appuyant sur l’univers des signes, l’être humain parvient à diriger le cours des choses. Les symboles qu’il utilise sont élaborés de façon à pouvoir accueillir la présence effective des éléments. Dans toute l’Afrique, ces structures abstraites régissent l’organisation de la vie humaine et se trouvent inscrites dans ce que l’Homme crée ou construit. Sous une forme ou une autre, la relation à l’ensemble est constamment prise en considération <ref>Ce sujet est traité de manière approfondie par [[w:Marcel Griaule|Marcel Griaule]].</ref>.
<references />
 
À partir du début du II e millénaire av. J.-C., plusieurs peuples indo-européens vont pénétrer en [[w:Grèce|Grèce]] par vagues successives<span> </span>: [[w:Achéens|Achéens]], [[w:Ioniens|Ioniens]]… puis [[w:Doriens|Doriens]] vers 1200 av. J.-C. Au XII e siècle, la Crète elle-même passera sous leur entière domination. Tous ces bouleversements favoriseront les mouvements de populations. De nombreuses colonies seront fondées en maints endroits autour de la [[w:Méditerranée|Méditerranée]], en particulier le long des côtes qui bordent aujourd’hui la [[w:Turquie|Turquie]]. Malgré les distances et une forte volonté d’indépendance, les cités garderont le sentiment d’appartenir à une même civilisation. Les conflits armés étaient cependant assez fréquents car les Grecs aimaient rivaliser entre eux.
 
Pour se libérer du joug [[w:perse|perse]], les cités se regrouperont sous la conduite d’[[w:Athènes|Athènes]] qui connaîtra alors une grande expansion. Face à cette [[w:hégémonie|hégémonie]], [[w:Spartes|Spartes]] constituera une confédération. Aux termes de guerres qui opposeront les deux camps, la suprématie de Spartes remplacera celle d’Athènes avant de s’achever à son tour en 371 avant notre ère. Les deux rivales s’allieront ensuite pour tenir en échec les ambitions de [[w:Thèbes|Thèbes]]. L’ampleur de ces conflits jettera le trouble dans les esprits et provoquera des crises sociales profondes. [[w:Philippe II de Macédoine|Philippe II de Macédoine]] saura tirer parti des 4 mésententes et, en 338 av JC, il dominera l’ensemble de la Grèce. Les cités perdront alors leur indépendance. Son fils, Alexandre, mènera une ambitieuse politique de conquêtes. Il parviendra jusqu’à la [[w:vallée de l’Indus|vallée de l’Indus]]. [[w:Alexandre le Grand|Alexandre le Grand]] avait eu pour précepteur le philosophe [[w:Aristote|Aristote]]. Il voulait, semble-t-il, créer un empire universel où tous les Hommes seraient égaux. Son idéal ne lui survivra pas. Après sa mort, ses généraux se partageront les territoires qu’il avait conquis. Dans les royaumes hellénistiques qu’ils fonderont, les civilisations locales et celles de la mer Égée se féconderont mutuellement <ref>La [[w:statuaire bouddhiste|statuaire bouddhiste]] est sans doute née sous l’inspiration de l’art grec, dans un royaume qui était situé sur l’emplacement de l’actuel [[w:Afghanistan|Afghanistan]].</ref>. En 146 av. J.-C., la Grèce sera intégrée à l’Empire Romain. Ses conquérants s’imprégneront de sa culture et la diffuseront dans tout l’Occident. Depuis, cet héritage n’a cessé de fructifier.
 
[[Fichier:Delphi_tholos_cazzul.JPG|right|frameless]]
 
Jusqu’au VIe siècle avant notre ère, l’esprit grec se manifestait surtout à travers une poésie inspirée. Les œuvres d’[[w:Homère|Homère]] et d’[[w:Hésiode|Hésiode]] célébraient les exploits des héros et les prodiges des dieux <ref>Si l’on en croit les défenseurs des Traditions, les mythes exerceraient une influence sans avoir besoin de recourir à des arguments. Ces récits porteraient en eux-mêmes leur propre puissance d’action car ils atteindraient directement les couches profondes de l’être.</ref>. Les divinités grecques possèdent des caractères qui les rapprochent beaucoup des Hommes. Les uns et les autres sont d’ailleurs issus de la même souche et les dieux ont parfois des [[w:idylles|idylles]] avec de simples mortels. De ces unions naissent les demi-dieux et les héros, souvent honorés pour leurs hauts faits libérateurs. La religion grecque était peu dogmatique et il n’existait pas d’opposition entre le sacré et le profane. Certains enseignements étaient réservés à un petit nombre d’initiés. Les mystères comme ceux d’[[w:Éleusis|Éleusis]] avaient pour ambition d’ouvrir l’accès à la vie profonde de l’âme. L’adepte était amené à prendre conscience de son emprisonnement dans la matière. On lui faisait également entrevoir le chemin qu’il devait suivre pour que son âme puisse remonter jusqu’au monde divin. L’immense majorité des grecs avait plutôt recours aux cultes populaires<span> </span>: parmi les statues que nous admirons, beaucoup ont dû être arrosées par le sang des animaux sacrifiés.
 
L’art grec révèle une intense recherche de perfection, en particulier celle du corps, soulevé au plus haut degré de l’humain par l’[[w:idéalisme|idéalisme]]. Il reflète une vigoureuse tentative de concilier les tendances divergentes habituellement symbolisées par [[w:Apollon|Apollon]] et [[w:Dionysos|Dionysos]]. Le premier incarnant l’ordre, l’harmonie, la parole ; le second, la jubilation par delà le bien et le mal , l’inconnaissable, l’étranger qui dérange, qui remet en question, afin qu’après la crise tout puisse se régénérer. La tragédie est sans doute issue du culte de Dionysos. Art grec par excellence, la [[w:tragédie|tragédie]] est née à Athènes vers le V<sup>Ie</sup> siècle avant notre ère. Elle met en scène l’être humain, soudain placé en face d’un destin qui accentue de manière exemplaire les habituels dilemmes entre devoir et passion.
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