Breton/Grammaire/Mutations/Présentation

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Comme les autres langues celtiques (cornique, gallois, gaélique écossais, gaélique irlandais et gaélique manxois), le breton modifie la prononciation de la consonne initiale des mots en fonction du contexte grammatical ou phonologique. Ces modification sont appelées mutations consonantiques, ou simplement mutations.

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Chapitre no 1
Leçon : Mutations
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Exercices :

Mutations
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Consonnes mutables

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Les mutations consonantiques affectent 15 consonnes parmi les 19 du breton (soit 79%) ainsi que le son GW [gwe]
Les changements de prononciation de 8 de ces consonnes sont transcrites dans les textes, celles des 8 autres restant purement orales.
Seules J, V et Z ne mutent en aucun cas.

   les 16 consonnes mutables du breton
       
K T P G Gw D B M
 
H C'H CH S F L N R
  • Exemples : tad (père), da dad (ton père), ma zad (mon père)fri (nez), da fri (ton nez) prononcé « da vri »

Origines du phénomène

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Histoire

Certains cas de mutations consonantiques sont des rémanences d'un état antérieur de la langue : le vieux breton (VIIIème – XIIème siècles) ou le moyen breton (1100–1659).

Phonologie

Dans toute langue, deux sons voisins dans un discours ont tendance à s'influencer dans le sens d'une simplification de la prononciation afin de ne pas heurter le flot du discours.
En français "standard", il se traduit par les liaisons telles que neuf heures ['nœvœʀ] ou des élisions comme dans je ne sais pas ['ʃepɑ], tous les quatre matins [tu le ’kat matɛ̃].
En breton, hent bras (grande route) se prononce [hẽnn 'prɑ:s] et dek gwenneg (dix sous) se prononce ['dek 'kwɛn:ek].

Dans les deux langues, les altérations de consonnes sont dues à des chocs voyelle/consonne ou consonne/consonne auxquels les mouvements de bouche et de langue répondent en suivant la pente du moindre effort :

  • neuf heures : le /f/ sourd entre deux voyelles sonores devient un /v/ sonore ;
  • je ne sais pas : les sourdes /s/ et /p/ durcissent /j/ en /ch/, /n/ et /s/ s'amuïssent, seule la sonore "ai/è" subsiste entre les sourdes /ch/ et /p/ ;
  • quatre matins : le /e/ sonore est amuï par sa position entre les 3 consonnes /t/, /r/ et /m/ parce qu'on renonce à ouvrir la bouche entre /t/ et /m/ ;
  • hent bras : le /t/ étant difficilement prononçable clairement avant le /b/ sonore, il assourdit le /b/ qui devient /p/ ;
  • dek gwenneg : le /k/ sourd provoque le durcissement de /gw/ en /kw/.

Ces altérations ne résultent donc pas de la grammaire.

Grammaire

Il en va autrement des mutations consonantiques de la langue bretonne, qui remplissent un rôle grammatical en plus de leurs altérations phonologiques.
L'exemple du substantif tad cité ci-dessus le montre muté après deux adjectifs possessifs différents ; il mute également après les nombres 2, 3, 4 et 9 : 2 dad, 3 zad, 4 zad, 9 zad, 32 dad, 29 zad, etc.

Une consonne initiale peut donc muter après des mots en raison de leur histoire, de leur son final ou de leur rôle grammatical, selon les règles précises exposées ci-après.

Catégories de mutations

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Les mutations sont réparties en 4 catégories déterminées par leur phonologie : adoucissantes (16 types), spirantes (3 types), durcissantes (3 types) et mixtes (5 types).
Certains mots provoquent une partie seulement des mutations, qu'on appelle catégorie des mutations incomplètes (7 types).
Enfin, il y a des exceptions : des consonnes ne mutent pas alors qu'elles devraient, ainsi que des obstacles aux mutations pour des raisons de compréhension du discours.

  La maîtrise des mutations consonantiques est indispensable à la pratique du breton oral ou écrit.