De la propriété au commandement/Considérations sur la notion de propriété

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De la notion de propriété découle de nos jours le droit de propriété. Selon le code civil des Français[1], ce droit est celui de « jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements ».

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Il s'agit donc là d'un pouvoir absolu accordé par le droit positif en opposition à certains aspects du droit naturel qui semble plus propice à l'usage du concept de communs, entendu comme ressources partagées et gérées collectivement.

En opposition à l'idée de commun existe donc ce que l'on appelle couramment la propriété privée, puisque toute personne autre que le propriétaire ou ses clients, peut en être légalement privé d'usage.

Tout comme un commun, une propriété privée peut cependant être gérée de manière collective. On parle alors de propriété collective, en opposition à la propriété unique ou exclusive dont la gestion revient à une seule personne.

En revanche, la propriété privée s'oppose par principe à la propriété publique qui se définit comme un bien accessible au public, tandis que l'usage d'un bien privé se limite aux propriétaires et autres personnes autorisées par ces derniers.

Suite à ces considérations, l'expression « appropriation exclusive » peut alors désigner l'accaparement d'une chose en vue d'un usage ou d'un profit strictement personnel, basée sur un processus d'exclusion. Les propriétaires d'un objet, d'une chose ou d'un être, ont en effet le pouvoir d'en déterminer la condition d'existence, jusqu'à sa vente, son échange, sa destruction, ou sa séquestration.

Les animaux, autres que les humains, s'approprient aussi certaines choses, mais jamais semble-t-il de manière ) ce que l'on puisse réellement d'un droit de propriété au sens où cela vient d'être décrit. C'est pourquoi, il est plus juste de parler dans ce cas, de droit d'usage, à l'image du territoire dont l'accès est interdit à d'autres membres de la même espèce, ou de certaines autres espèces concurrentes, tout au long de son usage.

Les animaux peuvent ainsi s'approprier de la nourriture, un territoire ou un partenaire sexuel en se combattant. Ils peuvent aussi cacher leur nourriture comme le font certains rongeurs qui oublient parfois l'existence ou l'emplacement de leurs cachettes. Ceci alors que d'autres marqueront leurs proies d'une empreinte, grâce à son urine par exemple, comme le fait une jaguar dans le roman intitulé Le vieux qui lisait des romans d'amour[2].

Mais en dehors du monde des humains, les animaux ne sont généralement pas en mesure d'interdire l'usage d'une chose durant leur absence ni de manière indéterminée, sauf peut-être en cachant cette chose comme déjà dit précédemment.

Les êtres humain en revanche sont capablement de tels faits, à l'image de ces terrains et bâtiments abandonnés par spéculation ou suite au décès du propriétaire et à la complexité de la succession, de tous ces objets contenus dans les maisons et les terrains dont on n'en fait pas l'usage, de la nourriture que l'on stocke jusqu'à péremption avant de la jeter, ceci alors qu'ils existent, au sein de notre espèce humaine, des sans-abris, des gens démunis de toute chose ou presque et même d'autres qui meurent de faim.

Les êtres vivant, bactéries incluses, défendent donc des territoires en interdisant l'accès à leurs congénères ou aux espèces qui leur sont proches dans leurs habitudes alimentaires. Selon leurs capacités, ils peuvent manifester leurs présences par des signaux visuelles (postures d'agression), gestuelles (agression), chimiques (glandes, urines, excréments, composant toxiques ...), auditifs (chants et cris).

Cependant, lorsqu'ils quittent, de manière définitive ou prolongée, la dépouille d'une proie, un territoire, un nid, terrier ou tout autres choses appropriées par l'usage, celles-ci ont vite fait d'être récupérées par un ou plusieurs membres de leurs espèces ou d'espèces voisines susceptibles d'en faire usage.

Enfin, il arrive aussi que des animaux de la même espèce, ou même d'espèces différentes, partagent un même lieu de vie et les mêmes choses, tout en s'aidant mutuellement. On parle alors de symbiose, soit mutualiste, parasitaire ou de commensalisme selon qu'il existe respectivement un profit mutuel, un profit unique, ou ni l'un ni l'autre. Ceci alors que l'on parle aussi d'animaux sociaux lorsque ceux-ci interagissent beaucoup avec les autres membres de son espèce et de son groupe en vue d'une cohésion globale. Ce qui est bien sûr aussi le cas des êtres humains.

D'une manière plus fondamentale encore, se pose ensuite la question de la propriété du corps chez les humains. Un corps humain est en effet composé de plus de 50 % d'eau et une grande part des cellules qui le compose exception faite de celles situées dans le cœur, le cerveau et d'autres organes du type, se renouvellent plusieurs fois au cours d'une espérance de vie moyenne.

Quant aux molécules et atomes qui composent les corps, elles ne cessent de circuler dans la nature suite à leur entrée et sortie du corps, au travers du système respiratoire et nutritif. Toutes ces particules sont cependant majoritairement agencées au sein du corps selon une architecture prédéfinie par un code génétique qui, paradoxalement ne fait l'objet d'aucun droit de propriété jusqu'à ce jour. Personne à ce jour en effet, est propriétaire de son code génétique, alors qu'il représente par nature la chose la plus unique et indissociable au corps des personnes.

Ensuite, le test du miroir nous informe que les enfants de moins de 18 mois, tout comme de nombreuses espèces animales adultes, ne semble pas percevoir leur corps comme une entité personnelle ou privée. Une situation qui évolue ensuite chez l'humain avec le développement d'une conscience de l'existence d'une mémoire qui lui est propre[3].

On sait enfin que ce qui compose un corps humains existe avant son développement et sa naissance et qu'aucune particules qui le compose ne disparait après la mort. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Antoine Lavoisier et avant lui Anaxagore de Clazomènes.

Suite à ces considérations, proclamer être propriétaire de son corps, comme cela a été clamé à bon escient par les mouvements féministes, devient ambigu. Parler de droit d'usage, serait sans doute plus approprié. Car que dire de la propriété du corps en pensant à ces soldats qui encore aujourd'hui n'ont d'autre choix que de sacrifier à la guerre ? Lorsque ces corps au combat sont soumis aux ordres impératifs d'autres personnes, peut encore dire que les soldats sont propriétaires de leurs corps ? Qu'il en a le droit de propriété et donc le droit d'en faire ce qu'il en veut de manière la plus absolue ?

Il semblerait donc qu'il serait plus juste finalement de parler des corps humains et non humain, en termes d’usage que de propriété. Car le soldat est au service de l'armée sans pour autant lui appartenir, tout comme l'ouvrier ou la prostituée transfère le droit d'usage de leurs corps à une entreprise ou un client. Car s'il y avait transfert de propriété, on ne parlerait alors plus de sévices, mais bien d'esclavage que nome aussi par l'expression servitude involontaire.

Le droit d'usage sous-entend aussi souvent des limitations dans le temps et dans l'espace, alors le droit de propriété n'en aura pas tant que le propriétaire est en vie. Même après la mort, dans nombreuses sociétés humaines le droit de propriété ne disparait pas, mais se voit transmis aux descendants, à moins que le droit de propriété disparaisse avec la destruction des propriétés du défunt, comme cela se pratique chez les Roms[4] et dans le cadre des morts d'accompagnement dont il sera question prochainement.

Au-delà de l'appropriation d'autres espèces vivant dans le cadre de sa nutrition, l'idée d'être propriétaire de son propre corps en tant qu'être humain n'est donc pas idée qui coule de source. Sans compter que de ce sentiment de propriété du corps finit par se transposer sur d'autre corps humains. Celui des enfants, puis des femmes qui les produises[5], parfois dans des contextes extrêmes de domination masculine[6], probablement en lien avec le dimorphisme sexuel[7], et aussi finalement du corps de tout être humain réduite à la condition d'esclave.

Heureusement, de nos jours l'application du concept de propriété sur d'autres êtres humains continue à disparaitre et avec lui toutes les inégalités sociales qu'il engendre. Des inégalités qui précisément, on fait l'objet d'une étude anthropologique quant à leur apparition. Comme expliquer dans le prochain chapitre, l'apparition des techniques de conservation de la nourriture, semblerait apporter certaines explications.

Références modifier

  1. Article 544 du Code civil
  2. Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d'amour, Audiolib, 2014 (ISBN 978-2-35641-714-5 et 2-35641-714-1) (OCLC 905905468) 
  3. Joël Candau, Anthropologie de la mémoire, Armand Colin, 2005 (ISBN 978-2-200-26761-2), p. 17-18 
  4. Patrick Williams, Tsiganes, ou ces inconnus qu’on appelle aussi Gitans, Bohémiens, Roms, Gypsies, Manouches, Rabouins, Gens du voyage..., Humensis, 2022-08-24 (ISBN 978-2-13-083554-7) 
  5. Agnès Fine, « Françoise Héritier, Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, O. Jacob, 1996. », Clio, Histoire‚ femmes et sociétés, no  8, 1998 [texte intégral (page consultée le 14/11/2017)].
  6. Kevin Védie, « Et l’évolution créa la femme », sur CLARA, (consulté le 9 novembre 2022)
  7. Priscille Touraille, « Dimorphismes sexuels de taille corporelle : des adaptations meurtrières? : les modèles de la biologie évolutive et les silences de l'écologie comportementale humaine », These.fr, Paris, EHESS, 2005-01-01 [texte intégral (page consultée le 2022-09-29)]