La belle au bois dormant/Le banquet

Début de la boite de navigation du chapitre
Le banquet
Icône de la faculté
Chapitre no 3
Leçon : La belle au bois dormant
Chap. préc. :La naissance de Primerose
Chap. suiv. :La treizième fée
fin de la boite de navigation du chapitre
En raison de limitations techniques, la typographie souhaitable du titre, « La belle au bois dormant : Le banquet
La belle au bois dormant/Le banquet
 », n'a pu être restituée correctement ci-dessus.





Lire le texte

modifier

 

LE Roi et la Reine étaient assis sous un dais à l'extrémité de la salle du banquet ; derrière eux se tenaient les musiciens qui jouaient de la flûte et du hautbois. De chaque côté du couple royal étaient placées les douze marraines fées, six d'un côté, six de l'autre. Devant chaque fée, il y avait un plat d'or et un étui d'or massif contenant un couteau, une fourchette et une cuillère. Ces étuis étaient merveilleusement sculptés et gravés, et chacun avait une forme différente. L'un représentait un vaisseau, l'autre un coquillage, un troisième un château avec ses tours, et d'autres fantaisies de ce genre ; on n'avait jamais rien vu de plus admirable, car c'était l’œuvre des plus habiles orfèvres du royaume. Le Roi fut très fier lorsque les fées lui firent compliment sur la beauté de ces étuis et acceptèrent ces présents avec grand contentement.
Six longues tables réservées aux invités garnissaient le reste de la salle ; les serviteurs avaient à peine la place de passer pour accomplir leur service tant les convives étaient serrés, ce qui permet d'imaginer combien la salle contenait de monde. Une telle abondance d'argenterie, un tel luxe de bijoux, un si magnifique service n'avaient pas été déployés depuis le couronnement du Roi ; aussi, les hôtes étaient-ils pleins de gaîté. Parmi les invités, il y avait un peintre chargé de faire un tableau de cette belle réception ; il fut obligé de se tellement presser pour faire les croquis de toutes les tables qu'il n'eut le temps de goûter à rien ; mais il est à prévoir qu'il put dîner par la suite.

Et que de mets succulents étaient offerts !
Le menu se composait de :
 Viandes accommodées avec des sauces dont les recettes venaient d'Orient;
 Sardines de Sardaigne ;
 Thons de la Méditerranée et esturgeons de Russie ;
 Têtes d'ours marinées avec des citrons dans leurs gueules ;
 Dindons, paons et cygnes ;
 Ortolans ;
 Rôtis dorés et garnitures exquises ;
 Cuisses de chevreuils et côtes d'ours ;
 Pièces montées aux formes les plus curieuses ; gâteaux semblables à des châteaux avec des petits bonshommes en sucreries, revêtus d'une armure complète et portant une hallebarde sur l'épaule (pièce fort extraordinaire) ;
 Aigles en sucre posés sur des plats d'argent remplis d'abricots.

Puis vinrent les friandises :
 Petits gâteaux blancs et délicats ;
 Nids d'oiseaux faits d'un morceau de sucre (dans chaque nid se trouvait un œuf, et dans chaque œuf un petit poulet de caramel) ;
 Figues et dattes ;
 Fruits de la saison et primeurs ;
 Conserves et sirops venus des quatre coins du monde ;
 Vins rafraîchis dans la glace.

De nombreux pages annonçaient les noms de toutes ces choses délicieuses.
Chaque mets était apporté par des valets qui obéissaient à un Maître d'hôtel aussi solennel et majestueux qu'un archevêque; il paraissait pénétré de sa dignité, car grande était sa responsabilité. Chaque invité était servi par des petits pages de haute naissance, habillés de la livrée de leurs maîtres, et ces pages offraient les plats en mettant un genou à terre ainsi qu'on le leur avait enseigné.
Aussi les convives se réjouissaient, tandis que les instruments jouaient gaîment et le Roi souriait à chacun parce qu'il était de joyeuse humeur. Dans la salle pénétraient les rayons brillants du soleil de l'après-midi, ils s'accrochaient aux riches tentures des murs, dansaient sur les bijoux qui ornaient les doigts des princesses et tombaient sur le dallage de marbre semblable à de la poudre d'or.

Et alors, lorsque la jubilation était au plus haut degré, il advint quelque chose d'imprévu. On entendit un cri rauque semblable au croassement d'un corbeau qui résonna dans toute la salle !
– " Réjouissez-vous, mes seigneurs et belles dames," criait la voix, " riez pendant qu'il en est encore temps, mais souvenez-vous que les larmes succèdent toujours à la joie ! "

Un silence subit régna dans toute la brillante assemblée.
La Reine devint pâle et chancela. Le Roi se leva furieux, et lui et ses convives regardèrent avec effroi l'étrange personne qui apparaissait près de la porte.
C'était une vieille femme courbée par l'âge, dont les cheveux gris embroussaillés tombaient sur les épaules. Sa figure était pâle et crispée par la colère, et ses yeux verts lançaient des éclairs.
Lentement, elle s'avança vers le dais sous lequel se trouvaient le Roi et la Reine, et, étendant le bras, montrant du doigt les plats d'or et les étuis placés devant chacune des fées, elle s'écria avec un rire sinistre :
– " Il y en a une, il y en a deux, ... il y en a douze ! Ne saviez-vous pas, O Roi, qu'il y avait treize fées dans votre royaume et que la treizième était la plus sage et la plus puissante de toutes ? Où sont le plat et l'étui qui me sont destinés ? "
Le Roi aussitôt s'excusa, implorant le pardon de la vieille fée pour son oubli, et la suppliant de s'asseoir à la table et de se joindre à eux pour continuer les réjouissances.
– " Car," dit-il, " vous êtes la bienvenue ! "
– " Vraiment ? " s'écria la treizième fée. " Je n'arrive pas trop tard, bien que le festin soit presque terminé ! Je mangerais dans de la vaisselle d'argent pendant que mes sœurs auraient des services d'or, et il n'y aurait pas d'étui ciselé pour moi ! Certes non ! Mais je suis contente d'être arrivée à temps pour donner à la Princesse le don que je suis venue lui apporter ! "
Et la misérable créature fit résonner encore une fois ce rire qui glaça dans leurs veines le sang de tous les invités.
Le Roi parvint à lui faire prendre place et le festin continua.
Mais une tristesse pesait sur chacun et la gaîté ne revint pas.
La vieille fée mangeait en silence, souriant de temps à autre, d'un sourire diabolique comme si elle ménageait une surprise satanique. Les autres fées lui envoyaient des regards anxieux, car elles appréhendaient tout de sa méchanceté, et la plus jeune parmi elles, qui se trouvait placée à l'extrémité de la table, se leva doucement et disparut en se glissant derrière une tapisserie. Personne ne s'aperçut de son absence.

Répondre à ces dix questions

modifier

 

  1. Qu'est-ce qu'un dais ?
  2. Qu'est-ce qu'un orfèvre ?
  3. Que veut dire déployer du luxe ?
  4. L'histoire du peintre est anecdotique. À quoi sert-elle ?
  5. Quelle impression donne l'accumulation dans la liste des mets ?
  6. Quels détails Rackham a-t-il choisi de représenter ?
  7. Quel détail final le conteur a-t-il choisi pour décrire l'ambiance de joie ?
  8. Faire le portrait de la sorcière.
  9. diabolique et satanique sont deux ?
  10. Quel est le nom commun dérivé de appréhender ?

Réponses

modifier