Recherche:Imagine un monde/Cosmographie

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Cosmographie de la galaxie Wikimédia
Reflet de la complexité organisationnelle d'un monde global et numérique
Troisième chapitre du travail de recherche Imagine un monde

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Cette présentation « cosmographique » du mouvement Wikimédia fait référence à l'expression « galaxie Wikimédia »[B 1] (figure 3.1[M 1]) apparue lors du dixième anniversaire du projet Wikipédia. La découverte de cette galaxie débuta pour ma part au niveau des espaces en ligne que je réussis à parcourir grâce aux nombreux hyperliens qui permettent de naviguer entre les projets du mouvement Wikimédia. Suite à quoi, il me restait encore à découvrir toute la partie hors ligne du mouvement. Ce que je fis à partir du 10 octobre 2011, en rejoignant l'équipe des membres fondateurs de l'association Wikimédia Belgique[S 1].

Fig. 3.1. Illustration de la galaxie Wikimédia réalisée à l'occasion du dixième anniversaire de Wikipédia (source : https://w.wiki/32Ga).

Cette première démarche me permit de découvrir rapidement que les activités hors ligne et en ligne du mouvement évoluaient dans deux sphères et environnements bien spécifiques dont chacun est propice au développement d'organisations et comportements différents[M 2]. Cela crée d'ailleurs certaines dissonances cognitives au sein du mouvement, mais sans pour autant empêcher le mouvement de garder une cohérence dans son ensemble. Sans doute est-ce là le fruit d'une très forte connectivité et d'une adhésion générale à un projet commun de partage gratuit de contenus éducatifs en prévision d'un « monde dans lequel chaque être humain peut partager librement la somme de toutes les connaissances. »[T 1][S 2]

Découvrir la galaxie Wikimédia, c'est aussi découvrir à plus petite échelle la société globale et numérique[B 2] dont l’hyper-complexité est étroitement liée au développement du médium communicationnel Internet[B 3]. Tandis que comprendre l'organisation du mouvement, c'est alors soulever les enjeux de la mondialisation structurelle des sociétés humaines dans le contexte d'une globalisation économique[M 3]. Au niveau de Wikimédia, comme dans le reste de notre monde cosmopolite et interconnecté déjà décrit par certains telle une « société mondiale du risque »[B 4], il est devenu effectivement de plus en plus difficile de comprendre tout ce qui s'y passe de manière à garder une certaine maitrise de notre environnement immédiat. Pour pallier à cet inconfort à hauteur du mouvement Wikimédia, voici donc une vue d'ensemble de ce qui s'y passe en commençant au niveau de sa sphère numérique.

Introduction à l’espace numérique du mouvementModifier

L'espace numérique Wikimédia le plus connu du grand public est sans aucun doute le projet Wikipédia avec ses 314 versions linguistiques en octobre 2020[S 3]. Mais au-delà de Wikipédia, la Wikimedia Foundation héberge aussi plus de 600 autres sites web qui, pour la plupart, sont différentes versions linguistiques de sept autres projets frères de l'encyclopédie libre[S 4]. Si l'on ajoute à cela d'autres projets multilingues soutenus par le mouvement, au 23 octobre 2020, ce ne sont pas moins de 917 sites web qui sont hébergés par la Fondation Wikimédia dans le but de diffuser approximativement 430 millions de pages Web[N 1][S 5].

Tous ces sites ne se ressemblent cependant pas. Le 25 janvier 2021 par exemple, le nombre de contributeurs ayant réalisé au moins une modification sur l'un de ces sites pouvait varier de 113 personnes pour le Wiktionnaire en niha à 40 167 243 pour le projet Wikipédia en anglais[S 6]. De plus, ces sites fonctionnent sur des systèmes de gestion de contenu configurés différemment[S 7] et selon des règles qui varient d'une version linguistique à l'autre puisqu'elles ne sont pas éditées par la même communauté de contributeurs.

Le projet Wikipédia germanophone possède par exemple des règles beaucoup plus strictes que le projet francophone. Le fair use n'y est pas d'application, les articles à l'état d'ébauche ne sont pas conservés et le bannissement d'utilisateur nécessite un vote public à la majorité des deux tiers[S 8]. Ceci alors que le projet Wikipédia en portugais, dont toutes les pages possèdent un lien vers la boutique en ligne Wikimédia, est aussi le seul depuis octobre 2020, à interdire la modification de son espace encyclopédique aux personnes sans compte utilisateur. Quant au contenu de l'encyclopédie en général, une étude de 2010 comparant 74 versions linguistiques différentes, avait mis en évidence le fait que 74 % des articles encyclopédiques n'existaient que dans une seule langue[B 5].

Alors que toutes les versions linguistiques sont autonomes, les différents projets varient quant à eux dans leurs finalités. Tout le monde connaît au moins une version linguistique de Wikipédia. Mais qui sait que la Fondation Wikimédia héberge également des dictionnaires, des guides de voyage, un répertoire du vivant, des recueils de citations, des bibliothèques de livres anciens et nouveaux, une banque de données sémantique, une collection de médias (image, vidéo, son, PDF, etc.) ? Et, qui dit finalités différentes, dit aussi règles différentes. Alors qu'il est interdit de produire du nouveau savoir dans Wikipédia, celui-ci sera le bienvenu dans les projets Wikiversité. Même le droit d'auteur peut varier d'un projet à l'autre. Les données reprises sur Wikidata ainsi que les descriptions de fichiers sur Wikimédia commons sont sous licence CC0, alors que tout le contenu des autres projets est sous licence CC.BY.SA. Face à tant de diversité, un classement des projets et entités par fonctions[S 9] permet alors d'en structurer la vue d'ensemble.

Les projets de partage de la connaissanceModifier

Il existe donc dans l'espace numérique Wikimédia tout un ensemble de projets destinés au partage de connaissances qui sont déclinés en nombreuses versions linguistiques. Ces différentes versions voient le jour dans des projets polyglottes intitulés Wikimedia Incubator, Wikiversity Beta et Wikisource multilingue. Avant d'obtenir leurs propres sites web elles bénéficient ainsi d'un temps de test et de mise en place[M 4]. À l'intérieur de ces projets autonomes, il est parfois possible de rencontrer des sous-projets qui constituent eux-mêmes un espace spécialisé du projet principal, par exemple une bibliothèque d'ouvrages pour enfants dans le projet Wikilivres.

D'autres projets multilingues existent, comme le projet Wikispecies qui répertorie l'ensemble du vivant ou Wikimedia commons chargé de centraliser les fichiers image, audio, vidéo, etc[V 1] utilisés dans les autres projets. Le projet Wikidata, autre exemple, centralise pour sa part des informations factuelles dans une immense base de données sémantique dont le contenu est récupérable sur tous les autres sites web[B 6]. Peut également être cité le nouveau projet multilingue appelé Wikifunctions après avoir porté le nom d'Abstract Wikipedia[M 5], qui doit permettre à terme d'utiliser le contenu de Wikidata pour produire des articles indépendamment du langage naturel. Une espèce de Wikipédia écrite à partir de fonctions et d'une immense base de données dont les articles seraient automatiquement traduits dans toutes les langues.

Tous ces projets éditoriaux Wikimédia fonctionnent grâce au logiciel MediaWiki. Ils sont aussi tous libres d'accès, collaboratifs au niveau de leurs éditions, indépendants dans leur gestion et soumis à la licence CC.BY.SA à l'exception d'une partie du projet Wikidata et Wikimedia Commons qui comporte une partie sous licence CC0. Comme cela fut signalé plus haut, les deux seules exceptions concernant l'utilisation de cette licence sont les données du projet Wikidata et les descriptions de fichiers hébergés sur Wikimedia Commons toutes soumises à la licence CC0. Il faut enfin signaler que la liste de tous ces projets et de leurs versions linguistiques peut varier d'un moment à un autre, en fonction des décisions prises dans le cadre de la liste des projets proposés à la création[S 10] et de celle des projets proposés à la suppression[S 11]. En voici ci-dessous une représentation exhaustive sous forme de tableau, suivie de deux exemples de sous-projets.

Tab. 3.1. Présentation des projets Wikimédia de partage de la connaissance avec leurs logos
Wikimedia Commons est une médiathèque multilingue qui centralise les fichiers utilisés sur les projets Wikimédia. Les fichiers y sont sous licence libre CC.BY.SA. et les descriptions sous la licence CC.0. Wikidata est une base de données multilingue placées sous licence libre CC0 qui peut être lue et éditée par des humains ou des machines dans le but de fournir des informations aux autres projets Wikimédia.
Les projets Wikisource sont des bibliothèques numériques de livres tombés dans le domaine public. Wikispecies est un répertoire multilingue des espèces vivantes de la faune et de la flore.
Les projets Wiktionnaires sont des dictionnaires descriptifs et illustrés. Les projets Wikivoyage sont des guides de voyage touristique.
Les projets Wikiquote sont des recueils de citations. Les projets Wikibooks (Wikilivres en français) sont des collections d'ouvrages pédagogiques.
Les projets Wikinews sont des sites journalistiques collaboratifs qui résume l'actualité sur base d'un point de vue neutre. Les projets Wikiversité sont des collections de matériaux pédagogiques et des espaces dédiés aux travaux de recherches.
Wikifunctions anciennement appelé Abstract Wikipedia est un projet qui a pour but de créer une version de Wikipédia indépendante de tout langage naturel, en utilisant les données structurées stockées de Wikidata. L'incubateur Wikimédia est le lieu de test et de lancement des nouveaux projets linguistiques du projet Wikipédia, Wikilivres, Wikinews, Wikiquote et Wiktionnaire.
Wikisource multilingue est la plateforme de lancement des nouvelles versions linguistiques des projets Wikisource. Wikiversity Bêta est la plateforme de lancement des nouvelles versions linguistiques des projets Wikiversité.
Exemples de sous-projets éditoriaux Wikimédia
WikiJunior au même titre que Cookbook, est un sous-projet de Wikilivres qui reprend la littérature pour enfants, alors que Cookbook comme son nom l'indique est un recueil de recette de cuisine. WikiJournal est un sous-projet de Wikiversity destiner à produire des articles scientifiques dans différents domaines (médecine, sciences sociales et sciences dures), selon une procédure de revue par les pairs.

Les projets de gouvernance, d’aide et de coordinationModifier

Au-delà des projets de partage de contenu, il existe aussi tout un ensemble d'espaces numériques destinés à organiser les activités internes au mouvement Wikimédia. La plateforme Meta-Wiki entre autres, qui recense le plus grand nombre d'utilisateurs après Wikipédia en anglais[S 6], est un espace dédié à la coordination, documentation, planification et analyse du mouvement Wikimédia. Ce site dans lequel peuvent prendre naissance d'autres projets Wikimédia[B 7], est aussi un espace de discussion et de prise de décision important concernant l'allocation de subventions dans le mouvement. Il est aussi le lieu où s'organise la sélection de certains membres de comités qui seront présentés prochainement, ainsi que les élections concernant le choix de certains membres du conseil d'administration de la Fondation.

Dans cette catégorie de sites web, on retrouve ensuite les sites Wikimania qui ont pour fonction de préparer les conférences internationales annuelles dédiées au mouvement Wikimédia[S 12] et le site Wikimedia Outreach qui se focalise pour sa part sur la promotion des projets Wikimédia au niveau de l'éducation, des galeries, librairies, archives et musées (GLAM), tout en encourageant l'échange de bonnes pratiques et de réussites à l'intérieur du mouvement[S 13]. En 2020, quelques projets organisationnels sont devenus inactifs. C'est le cas du site Wikimedia strategy planning utilisé pour élaborer la stratégie du mouvement durant la période 2010-2020 et resté accessible en qualité d'archive[S 14], du site Wikimedia Usability, un projet d'amélioration de l’accessibilité des sites Wikimédia, lui aussi archivé suite au terme du financement de la Stanton Foundation[S 15] et enfin le site survey.wikimedia.org/ une plateforme de sondage en ligne abandonnée aux alentours de 2013[S 16].

En septembre 2004, le mouvement Wikimédia avait établi un système de traitement des demandes adressées par courriel fondé sur un système de gestion intitulé OTRS pour Open-source Ticket Request Systeme avant d'être remplacé par Znumy LTS en cours d'année 2021[S 17]. Toutes les requêtes, plaintes, commentaires et autres types de demandes contenues dans les e-mails adressés au mouvement sont ainsi traités en première ligne par des bénévoles accrédités par la Fondation. Ce traitement s'organise au départ du site Wikimedia's Volunteer Response Team wiki (VTR) utilisé pour répondre aux requêtes, aux plaintes et aux commentaires des e-mails reçus du public[S 18]. Dans ce système, 400 volontaires[S 19] répondant ainsi à plusieurs centaines des messages journaliers rédigés dans une quarantaine de langues différentes[S 20].

Tout comme les projets éditoriaux, il existe aussi différents sous-projets parmi les projets principaux. Parmi ceux-ci, on trouve, dans le projet Wikipédia notamment, le projet WikiMooc[S 21] chargé de produire un cours en ligne gratuit et ouvert pour apprendre à contribuer à Wikipédia. De manière beaucoup plus répandue encore, on retrouve aussi parmi les versions linguistiques de l'encyclopédie, de nombreux projets thématiques[S 22] et portails[S 23] au sein desquels se rassemblent des éditeurs passionnés par certains sujets. D'autres sous-projets peuvent enfin voir le jour dans le but de sensibiliser le mouvement à certaines lacunes. Tel est le cas du projet « Noircir Wikipédia »[S 24] dédié à combler la rareté de contenu concernant l’Afrique ou les afro-descendants ainsi que de nombreux autres projets pour accroître la visibilité des femmes des articles encyclopédiques. Comme il sera vu plus tard dans la section 13 de ce présent chapitre, ces derniers projets sont souvent soutenus par des groupes d'utilisateurs.

Tab. 3.2. Présentation des projets d'aide, de coordination, de gestion et de partage d'information au sein du mouvement Wikimédia
Wikimedia Foundation Governance Wiki est le site sur lequel le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia met à la disposition du public des documents relatifs à sa gouvernance. Wikimedia Board est un site wiki dont l'accès est réservé aux membres du conseil d'administration de la Fondation Wikimédia pour leur communication interne.
Méta-Wiki est le site de gestion et de coordination générale du mouvement Wikimédia (accès au site). Le site Wikimania est dédié à la préparation des cycles de conférences annuelles dédiées au mouvement Wikimédia.
Wikimedia Outreach est un site Web destiné à coordonner la promotion des projets Wikimédia et les partenariats au sein du mouvement. Wikimedia Mailservices est le service d'hébergement de toutes les listes de diffusion gérées par la Fondation Wikimédia.
Statistiques Wikimédia rassemble des plateformes d'informations statistiques au sujet de tous les projets Wikimédia gérés par la Fondation Wikimedia. Volunteer Response Team est un projet qui regroupe des bénévoles désireux de répondre aux courriels envoyés au mouvement Wikimédia.
Wikimedia Usability (archivé) est un espace de travail dédié à l'amélioration de la convivialité de Wikipédia pour les nouveaux contributeurs. Wikimedia strategic planning (archivé) fut le site utilisé de 2009 à 2010 pour l'élaboration le plan stratégique 2010-2015.
Tableau 3.3. Exemples de sous-projets d'aide et de sensibilisation au sein des projets Wikimédia
Le WikiMOOC est un MOOC, c'est-à-dire un cours en ligne gratuit et ouvert à tous, destiné à l'apprentissage de la contribution sur Wikipédia. Il est conçu par des contributeurs et contributrices bénévoles de Wikipédia, avec le soutien de Wikimédia France. Noircir Wikipédia est une initiative visant à combler les lacunes de références, d'articles, d'informations sur la culture, les personnalités africaines et de la diaspora africaine et afro-descendante sur Wikipédia.
Le projet Les sans pagEs est un sous-projet de la version francophone de Wikipédia, initié en juillet 2016, dont le but est de lutter contre les déséquilibres de genre sur les articles de l'encyclopédie Wiki Loves Monuments, littéralement « Wiki aime les monuments », est un concours photographique international se tenant annuellement en septembre, dont l'objectif est de mettre en valeur les biens classés patrimoniaux.

Les projets de gestion techniqueModifier

Afin de gérer les questions techniques liées au mouvement, un ensemble de sites et de projets ont vu le jour. Parmi ceux-ci se trouve le site Phabricator, lancé en septembre 2014 en remplacement de Bugzilla. La mission inchangée de ces deux projets consiste à résoudre des bugs rencontrés dans les projets, tout en offrant un lieu de coordination pour d'autres tâches qui ne sont pas forcément liées à la gestion informatique[M 6]. Le site MediaWiki pour sa part est une autre plateforme multilingue dédiée au développement collaboratif et à la documentation du logiciel MediaWiki utilisé par tous les projets éditoriaux Wikimédia. Le site Wikitech, quant à lui, est une plateforme d'information et d'orientation technique au sujet du Wikimedia Cloud Services (WMCS)[S 25]. Il est utilisé en janvier 2020 par plus de 16000 personnes[S 26] et permet d'avoir accès aux dumps et aux systèmes de gestion de bases de données des projets Wikimédia[S 27]. Le projet Wikimedia research ensuite rassemble une équipe de « scientifiques et d'ingénieurs qui utilisent des données pour comprendre et responsabiliser des millions de lecteurs et de contributeurs qui interagissent quotidiennement avec Wikipédia et ses projets frères »[T 2][S 28]. Parmi les projets techniques, apparait enfin le projet Wikimedia Enterprise, le seul projet commercial du mouvement Wikimédia dont le but est de vendre des services pour les utilisateurs commerciaux à grande échelle du contenu des projets Wikimédia[S 29].

Tab. 3.4. Présentation des projets de gestion technique du mouvement Wikimédia
Wikimedia Phabricator est une plateforme de collaboration ouverte à tous les contributeurs et contributrices de Wikimédia pour gérer le travail lié aux logiciels mais des initiatives non techniques sont les bienvenues. Le site MediaWiki est une plateforme de développement et de documentation attribuée au logiciel MediaWiki utilisé par tous les projets éditoriaux Wikimédia.
Wikitech est une plateforme destinée à documenter les projets et infrastructures informatiques d'aide au mouvement Wikimédia, hébergés sur le cloud par la Fondation Wikimédia. Test Wiki est un site Wikimédia utilisé par les développeurs du logiciel afin de tester leurs codes avant de les appliquer à d'autres sites.
Toolforge (anciennement toolserver), est un sous-projet de Wikitech dédié à la gestion du cloud computing Wikimédia dédié à l'hébergement de projets assistés par la communauté. Wikimedia Cloud VPS est un sous-projet de Wikitech composé d'un l'espace de gestion du cloud computing Wikimédia destiné à l'hébergement de projets autonomes.
Data Services est un sous-projet de Wikitech qui permet un accès direct aux bases de données et aux dumps, ainsi que des interfaces Web pour les requêtes et l'accès par programmation aux magasins de données. Wikimedia Enterprise est un projet dont l'objectif est de créer des services commerciaux pour les utilisateurs commerciaux à grande échelle du contenu Wikimédia.

Les espaces de communication et d’informationModifier

Dans le but de communiquer en interne, le mouvement Wikimédia héberge des centaines de listes de diffusion[S 30], privées ou publiques, répertoriées sur la page https://lists.wikimedia.org, ainsi de nombreux salons de conversation sur IRC, Telgram, Discord, masttermost. D'autres encore peuvent être spontanément initiés par les contributeurs par la création de nouveaux espaces dans les réseaux sociaux. En septembre 2019, une plateforme établie à partir WordPress et Discourse intitulée « Wikimédia Space » a vu le jour comme espace d'échanges d'informations et de conversations entre les personnes actives au sein mouvement Wikimédia[M 7]. Faute de participation sans doute, elle ne garda toutefois en fin février 2020 que son espace de bloging[M 8] intitulé Diff[S 31]. Celui-ci est destiné aux membres du mouvement, avec une attention particulière accordée aux communautés sous-représentées. Les articles peuvent y être traduits en plusieurs langues et sont soumis à un processus éditorial simplifié[S 32].

Dans le but de communiquer avec le grand public cette fois, la Fondation Wikimédia possède un site d'information officiel dédié à sa gouvernance[S 33], en plus d'un site vitrine[S 34] avec un espace News[S 35]. Divers espaces blog[S 36] permettent ensuite de publier les nouvelles en provenance du mouvement Wikimédia. Certaines associations telles que Wikimédia France[S 37] et Wikimédia Suisse[S 38] possèdent aussi un site officiel autohébergé tandis que d'autres, comme l'association belge[S 39] et canadienne[S 40], utilisent un wiki hébergé par la Fondation. Un blog similaire, mais dédié à la communauté technique Wikimédia, appelé Wikimedia Techblog[S 41], est aussi mis à jour par une équipe de soutien aux développeurs des projets Wikimédia[S 42]. Toujours au niveau technique, mais en interne cette fois, la plateforme Phabricator présentée dans la section précédente héberge une quinzaine d'espaces blog[S 43].

Parfois inclus dans son site officiel, comme c'est le cas pour l'association française[S 44], les blogs ne sont pas maintenus uniquement par les associations locales comme cela se passe en Belgique[S 45]. Des groupes d'utilisateurs et même de simples utilisateurs actifs dans le mouvement peuvent aussi créer leurs propres espaces d'information, comme ce fut le cas pour une dizaine d'entre eux qui ont opté à un moment ou l'autre pour l'ouverture d'un blog et bien souvent sans y indiquer le nom d'utilisateur de l'auteur lorsqu'il s'agit de critiquer Wikipédia. La mode étant passée, aucun de ces blogs, dont une liste non exhaustive est reprise ci-dessous, n'est toutefois resté actif après 2020 à l'exception du blog Wikirigoler et le blog Theoliane[S 46], une contributrice et patrouilleuse active sur Wikipédia en français depuis 2007. Wikirigoler aussi appelé le blog de Pierrot le chroniqueur, qui fut reconnu comme « l'un des blogues ayant le plus influencé la communauté de Wikipédia en français »[S 47] dont l'archivage se trouve sur la page http://web.archive.org/web/20201103065439/http://wikirigoler.over-blog.com, fut le seul aussi à avoir été censuré sur les projets Wikimédia suite à une histoire décrite plus en détails dans un prochain chapitre[N 2].

Quelques journaux sont aussi apparus à l'intérieur des projets Wikimédia. Au niveau francophone, il y a le journal Wikimag[S 60] et l’infolettre Regards sur l'actualité de la Wikimédia (RAW)[S 61], qui sont deux périodiques publiés par et pour la communauté d'éditeurs. Un journal homologue existe sur la page Wiktionnaire, Actualités du projet Wiktionnaire francophone[S 62]. Au bout du compte, tous ces journaux représentent une trentaine d'espaces d'informations dont la liste est disponible sur le site Meta-Wiki[S 63]. Parmi tous ces journaux, le mensuel Signpost apparaît comme le plus ancien de tous. Développé par la sphère anglophone du mouvement, celui-ci offre une synthèse des événements importants tout en étant principalement axé sur le projet Wikipédia[S 64]. Il fut inauguré en janvier 2005 par Michael Snow qui devint membre du conseil d'administration Wikimédia de 2008 à 2010, avant de rejoindre le conseil consultatif[S 65]. Tous ces espaces de communication sont en grande partie regroupés en une seule page du site web Planet un agrégateur de flux RSS[S 66].

Tab. 3.5. Exemples d'espaces ou de projets de communication Wikimédia
Wikimedia Space était une plateforme d'information, de discussion, de collaboration et de support qui finalement se limite aujourd'hui à un espace blog destiné aux acteurs du mouvement Wikimédia. Le Service de courriels Wikimédia est dédié à la gestion des courriels pour les employés au sein du mouvement et gère par la même occasion l'ensemble des listes de diffusion.
Le Wikimag est un journal hebdomadaire qui permet de se tenir informer de ce qui se passe sur Wikipédia, les décisions de la communauté, les débats, etc. Regards sur l'actualité de la Wikimédia (RAW) est un hebdomadaire qui a pour principal but de renseigner la communauté Wikipédia en français sur ce qui se produit en dehors de celle-ci.

Introduction à l’espace hors ligne du mouvementModifier

Comme instances hors-ligne du mouvement Wikimédia, il faut entendre tous les lieux d'activités dont le siège principal ne figure pas en ligne. Il va de soi que les activités de ces instances peuvent aussi se dérouler en ligne et certainement depuis l'arrivée de la pandémie de Covid-19 en début d'année 2020 et suite aux différents confinements qui lui succédèrent. Mais toutes ces instances n'en restent pas moins distinctes des projets présentés précédemment tant au niveau de leur fonction que de leur fonctionnement. Une autre distinction importante concernant la sphère hors ligne du mouvement est le fait que les acteurs du mouvement sont connus sous leurs réelles identités, alors que l'utilisation de pseudonymes durant les activités en ligne est généralisée.

Au même titre qu'une nouvelle version linguistique d'un projet Wikimédia, un nouveau projet hors ligne doit préalablement faire ses preuves avant de se voir attribuer son propre site et de pouvoir le garder. Les critères qui permettent à une instance d'être officiellement affilée au mouvement par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia ont été indiqués dans le tableau 2.1 situé en onzième section du chapitre précédent. Voici dans le tableau ci-dessous tout ce qui est attendu d'un organisme pour qu'il puisse garder son affiliation[S 67]. Toutes les informations au sujet des affiliés ainsi que leurs rapports d'activités sont également accessibles depuis le portail Meta-Wiki à l'adresse : https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_Affiliates_Data_Portal.

Tab. 3.6. Comparaison de ce qui est attendu pour pouvoir maintenir son affiliation au mouvement en fonction des différentes sortes d’entités
Prévisions de résultats Organisations locales Organisations thématiques Groupes d’utilisateurs
Activités sur le terrain et en ligne réalisées pour soutenir Wikimédia
Plusieurs par trimestre
Plusieurs par trimestre
Au moins une fois par an
Avertissement des changements dans les documents relatifs à la gouvernance ou dans les membres de la direction
Conformité avec les politiques du mouvement et ses principes de gouvernance
Collaboration avec les autres affiliés et les autres projets
Rapport annuel publié sur le wiki Méta
Détaillé
Détaillé
Résumé
Maintien d'une expertise dans le domaine de spécialité du groupe qui soit accessible à la communauté Wikimédia
Activité régulière et rapports financiers publiés sur Méta-Wiki
Suivi et participation aux échanges relatifs au domaine de spécialisation du groupe
Suivi et participation aux politiques publiques relatives au domaine de spécialisation du groupe
Représentation de Wikimédia dans des manifestations publiques relatives au domaine de spécialisation du groupe
Sources de revenu variées

La Fondation WikimédiaModifier

 
Fig. 3.2. Photo de groupe des employés de la fondation Wikimedia en janvier 2020 (Source : https://w.wiki/4LYq)

La Wikimedia Foundation Inc (WMF) est le siège central administratif du mouvement dont les bureaux se situent dans la ville de San Francisco, non loin de la Silicon Valley. Elle possède les noms de domaine des projets Wikimédia, les marques déposées, et est responsable de la majeure partie des collectes de fonds effectuées par le mouvement[B 8]. Cette organisation sans but lucratif, catégorisée ONG par l'Union européenne[S 68], est supervisée par un conseil d'administration reconnu comme l'organe décisionnel le plus élevé du mouvement, responsable de la stratégie et de la supervision de la Fondation.

Avec un organigramme relativement classique, les employé·e·s de la Fondation se répartissent au sein de huit départements[S 69] supervisés par une équipe de direction regroupant trois personnes[S 70]. Voici repris ci-dessous et selon des informations récoltées sur une page du site de la Fondation dédiée à la présentation de son personnel (code QR ci-contre), la liste de ces départements avec entre parenthèses le nombre de personnes qui y travaillent, en date du 7 janvier 2022. Comme en témoignent certaines archives de cette page, le total des employé·e·s de la Fondation sera passé de plus de 450 employé·e·s en janvier 2021[S 71] à plus de 550 en janvier 2022[S 72]. Ce qui indique donc un accroissement d'effectif d'environ 50 personnes pour une période d'un an seulement.

  • Le département progrès (62 personnes) s'occupe de la collecte de fonds, des partenariats stratégiques et des programmes de subventions qui alimentent le mouvement[S 73]
  • Le département communication (32 personnes) assure le partage des informations au sujet du mouvement Wikimédia, des projets Wikimédia et du travail de la Fondation Wikimédia elle-même[S 74]
  • Le département finance et administration (38 personnes) a en charge la gestion des fonds et des ressources de la Wikimedia Foundation, en accord avec ses valeurs fondamentales de transparence et de responsabilité[S 75]
  • Le département juridique (29 personnes) s'occupe des supervisions juridiques pour la Fondation sans prendre pour autant, le rôle d'avocat pour la communauté et les organisations affiliées[S 76][S 77]
  • Le département opération (5 personnes) exécute la stratégie et la vision de l'organisation en se basant sur la connaissance du marché, les points de preuve des données et l'excellence opérationnelle[S 78]
  • Le département public (163 personnes) construit, améliore et gère les fonctionnalités des sites Wikimédia[S 79]
  • Le département talent et culture (26 personnes) prend en charge le recrutement, le leadership, le développement organisationnel et la gestion du personnel[S 80]
  • Le département technologie (138 personnes) construit, améliore et maintient l’infrastructure des sites Wikimédia[S 81]

Tout ceci en gardant à l'esprit que les travailleurs de chaque équipe peuvent ensuite se mélanger en se répartissant dans différents projets tels que :

  • Projet croissance et engagement des nouveaux éditeurs dans les projets de tailles intermédiaires[S 82]
  • Projet éditeur visuel[S 83]
  • Projet application mobile[S 84]
  • Projet améliorations de l'expérience pour les ordinateurs de bureaux[S 85]
  • Etc.

À ces équipes de travail permanentes, faut-il encore ajouter des équipes temporaires, comme celles créées à l'occasion des campagnes d'élaboration de la stratégie du mouvement. Lors de l'élaboration de la stratégie de 2018 à 2020, en plus d'une équipe « fondamentale » de cinq employés[S 86] ce furent 8 autres personnes qui furent engagées temporairement[S 87]. Le but de cette équipe temporaire était de gérer les informations et savoirs récoltés tout au long du processus tout en assurant une liaison entre le processus et la communauté[M 9].

Le conseil d’administrationModifier

 
Fig 3.3. Conseil d'administration de la fondation Wikimédia en 2019 (source : https://w.wiki/4LYv)

En fin d'année 2021, le conseil de la Fondation Wikimédia est composé de 16 sièges. L'un d'eux est attribué à Jimmy Wales en qualité de membre fondateur et les autres se répartissent en 7 sièges cooptés et 8 sièges élus par la communauté[S 88]. Ce conseil d'administration est soutenu dans son autorité par diverses instances. La première est constituée par l'équipe cosmopolite de volontaires Wikimédia[S 89]. La deuxième représente le groupe de salariés de la Fondation[S 90] réparti comme nous l'avons vu en 8 départements[S 91] et supervisés par un bureau de direction[S 92]. La troisième est un comité électoral composé de volontaires supervisés par un membre du conseil d'administration et conseillé par quatre membres du personnel[S 93]. La quatrième est une commission de médiation composée de membres volontaires désignés par le conseil d'administration[S 94]. Anciennement il existait aussi un conseil consultatif composé jusqu'au 30 juin 2018 de 16 membres invités par le conseil[S 95]

De récentes modifications apportées au statut de la Fondation le 21 janvier 2021[S 96] vont cependant changer la composition et l'organisation du prochain conseil d'administration. Compte tenu de l'accroissement de l'effectif salarié de la Fondation et par le fait que la fonction d'administrateur est bénévole, le nombre de sièges du conseil va passer progressivement de 10 à 16. Les personnes élues le seront cette fois dans un scrutin commun aux projets en ligne et hors ligne en veillant à ce que les personnes cooptées ne dépassent jamais la moitié de la composition du conseil[M 10]. Chaque nouvelle résolution[S 97] approuvée lors des réunions du conseil d'administration[S 98] est consignée depuis 2006 sur le wiki dédié à la gouvernance de la Fondation[S 99].

Les comités et groupes de travailModifier

En fin d'année 2021, le mouvement Wikimédia comprend aussi un ensemble de 13 comités[S 100]. Cinq d'entre eux sont composés uniquement de membres du conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, mais avec le soutien de conseillers non-votants et d'une personne assurant un relais avec l'équipe de salariés active au niveau de la Fondation. Parmi ceux-ci, le comité de gouvernance du conseil s'assure que le Conseil s'acquitte efficacement de ses responsabilités[S 101]. Le comité d'audit s'occupe quant à lui, des questions financières et comptables[S 102]. Le comité des ressources humaines à son tour, supervise les politiques et les pratiques relatives à la rémunération et au personnel[S 103]. Quant au comité des affaires communautaire enfin, il a pour objectif d'évaluer, d'explorer et d'aborder les efforts actuels et futurs liés à la communauté, tout en améliorant continuellement les relations entre la Fondation et sa communauté au sens large pour réaliser la mission et la vision du mouvement[S 104].

 
Fig. 3.4. Groupe de travail autour de la stratégie du mouvement en 2017 (source : https://w.wiki/4LYn)

Dans le respect d'une certaine diversité géographique, linguistique et culturelle, six autres comités décisionnels indépendants sont formés de personnes issues de différentes parties du mouvement. Ces comités sont souvent assistés par du personnel de la Fondation et surveillés par certains membres de son conseil d'administration. Parmi ces comités, on retrouve un comité de distribution des fonds (CDF)[S 105], de langues[S 106], d'affiliations (AffCom)[S 107], de subvention de projet[S 108], de support pour les conférences[S 109]. Auxquels s'ajoute encore la commission de médiation[S 110] et un comité responsable des relations publiques de la Fondation, géré par des salariés de la Fondation, quelques bénévoles et du personnel des associations affiliées[S 111]. Sans oublier enfin des comités aux activités plus ponctuelles tels que le Comité intérimaire d'examen des cas de confiance et sécurité[S 112], celui de la rédaction de la charte du mouvement[S 113], le Comité des élections[S 114] et le Comité Wikimania[S 115].

Au-delà des comités, il existe enfin différents groupes de travail qui ne sont pas toujours permanents puisque certains répondent à une tâche limitée dans le temps. Le groupe consultatif pour l'élaboration de la stratégie 2020-2030, rassembla ainsi 10 personnes de manière ponctuelle pour mener à bien cette mission. Toujours à l'occasion du processus stratégique prirent ensuite place un comité de pilotage de 11 personnes[S 116] et un groupe de 17 rédacteurs. Les personnes actives étaient soit volontaires (simple éditeur, membre d'un groupe d'utilisateurs, d'un conseil d'administration d'une association nationale, etc.), soit salariées du mouvement. Parmi ces dernières, on pouvait trouver la directrice générale de l'association nationale Wikimedia Nederland (groupe consultatif)[S 117], ou même celle de la Fondation Wikimédia (groupe de rédaction)[S 118] qui se mélangent aux participants bénévoles pour réaliser les activités.

Les associations nationalesModifier

 
Fig. 3.5. Les chapters Wikimédia en janvier (Source : https://w.wiki/32GY).
  •      Chapters existants
  •      Chapters approuvés, mais pas encore fondés
  •      Chapters dont la création est planifiée
  •      Chapters en discussion

On trouve ensuite dans le mouvement Wikimédia une quarantaine d'associations appelées chapitres (de la traduction littérale du terme anglais chapter). Ces organismes sont des satellites nationaux de la Wikimedia Foundation. Ils sont administrativement indépendants et autorisés à utiliser les marques déposées de la Fondation pour la collecte de fonds propres et l'organisation d’événements.

L'objectif de ces partenaires locaux est d'assurer un support local aux communautés d'éditeurs, tout en assurant la promotion et un certain lobbying au niveau des autres institutions locales[B 9]. Ces organisations assurent aussi le recrutement local de nouveaux contributeurs, comme cela peut se faire lors de réunions hors ligne où se mélangent de nouveaux contributeurs ou de nouvelles contributrices avec des personnes plus chevronnées.

Au même titre que l'association Wikimédia France créée le 23 octobre 2004 sous la loi 1901[M 11], toutes ces associations sont à but non lucratif et diffèrent les unes des autres selon leur taille, leurs financements, infrastructures, leur nombre de membres ou d'employés. Certaines profiteront d'un financement d'État comme c'est le cas de l'association polonaise[S 119] et italienne[S 120]. D'autres comme l'association suisse et allemande, la première à voir le jour[B 10], ont aussi le privilège de gérer indépendamment les messages de récoltes adressés aux résidents de leurs pays lors des campagnes de donations[S 121]. Pour la plupart des associations nationales, le financement provient donc de dons directs, bien souvent fiscalement déductibles ou de subventions accordées par la Fondation en réponse à un protocole rigoureux de demande et de rapport d'activités[S 122].

Comme l'indique une page du site Meta-Wiki régulièrement mise à jour (code QR ci-contre), ces associations étaient au nombre de 38 en novembre 2021[S 123], avec une représentation sur chaque continent habité. Cette liste est en constante variation puisque de nouvelles associations ne cessent d’apparaître chaque année, alors que d'autres perdent leur qualité d'affilié suite à un manque de réactivité face aux exigences imposées par la Fondation pour maintenir cette reconnaissance. Parmi ces associations, certaines sont bien entendu plus développées que d'autres et 21 seulement disposent de bureaux en fin d'année 2021[S 124].

Les groupes d’utilisateursModifier

 
Fig. 3.6. Carte de répartition géographique des chapitres et des groupes d'utilisateur Wikimédia (source :https://w.wiki/32GW).

Un groupe d'utilisateurs Wikimédia[N 3] est une possibilité d'affiliation simple et flexible qui demande moins de prérequis qu'un chapitre ou qu'une organisation thématique (tableau 3.6). Pour en créer un, il suffit en effet de rassembler au moins trois éditeurs actifs et accepter le code de conduite établi au sein du mouvement[S 125]. De manière exceptionnelle, selon l'avis de Pierre-Yves Beaudouin, président de l'association Wikimédia France en 2021[S 126], un groupe d'utilisateurs peut parfois évoluer en organisation locale que l'on appelle chapter en anglais.

Comme en témoigne la page du site Meta-Wiki consacrée aux groupes d'utilisateurs (code QR ci-contre), plus de la moitié des groupes d'utilisateurs se forment d'ailleurs en dehors d'une perspective de rassemblement local. En janvier 2021, ces groupes étaient au nombre de 138[S 125] et se répartissaient comme suit : 54 groupes nationaux, 32 groupes régionaux, 27 groupes linguistiques, 11 groupes thématiques, 16 groupes identitaires et de sensibilisation, 16 groupes d'aide aux projets et 8 groupes de soutiens techniques. Une liste qui encore une fois est appelée à varier régulièrement en fonction du respect des conditions de création et de maintien du statut accordé par la Fondation.

Les organisations thématiques et futurs hubsModifier

De manière beaucoup plus restreinte, il existe aussi à l'intérieur du mouvement Wikimédia des organisations thématiques, à l'initiative d'associations indépendantes à but non lucratif « créées pour soutenir et promouvoir les projets Wikimédia dans un domaine prioritaire et spécifié »[S 127]. Parmi celles-ci, on retrouve en fin 2021, l'Amicale Wikimedia fondée en 2008[S 128] ainsi que le projet WikiProjet Med fondé en décembre 2012[S 129]. L'Amicale Wikimédia s'intéresse à la langue et la culture catalane. Elle a pour mission première de veiller à ce « que la somme de toutes les connaissances humaines soit librement disponible en catalan et que toutes les connaissances sur la culture catalane soient accessibles à tous dans n'importe quelle langue »[T 3][S 130]. Elle fut aussi lauréate du prix national de la culture délivré par le Conseil de la Culture et des Arts (CoNCA)[S 131]. La Wiki Med Foundation Inc[S 132] quant à elle, a pour vision un monde dans lequel « chacun aurait un accès libre à toutes les connaissances biomédicales »[S 133]. Elle travaille pour cela en étroite collaboration avec l'association Traducteurs sans frontières dans un réseau international intitulé Healthcare Information For All[S 134].

Dans un souci de décentralisation et de partage du pouvoir initié par les recommandations incluses dans la nouvelle stratégie du mouvement adoptée pour 2030, certaines entités thématiques ou locales devraient voit le jour et d'autres gagner en autonomie sous forme de hubs[S 135]. Parmi ce type de confédérations l'association sans but lucratif Wikifranca[S 136] fut créé en fin d'année 2021, suite au dépôt de ses statuts à Genève[S 137]. Ce projet qui organise chaque année depuis 2013 le mois de la contribution francophone[S 138] vise à présent à fédérer les entités francophones à l'intérieur du mouvement. Au niveau régional cette fois, le premier regroupement du genre pris naissance en 2010 sous le nom d'Iberocoop dans le but de confédérer des entités affiliées au mouvement et situées dans la zone ibéro-américaine. Suivront ensuite ESEAP Hub, qui permet la collaboration entre de nombreux pays de l'Asie de l'Est et du Sud-Est et quelques pays du nord de l'Indonésie, le South Asia Hub qui confédère les pays d'Asie du Sud, Northern Europe et Central and Eastern Europe qui regroupent respectivement des pays nordiques de l'Europe et les pays d'Europe centrale et orientale et enfin WALRUS et United States Coalition qui coordonnent et financent des projets aux États-Unis.

Tab. 3.7. Présentation des projets thématiques et de certains hubs du mouvement Wikimédia
L'Amicale Wikimedia est une organisation qui a pour mission de faire en sorte que l’ensemble du savoir humain soit aussi disponible en catalan et que le savoir sur la culture catalane soit aussi disponible dans chaque langue. La Fondation et le WikiProjet Med a pour de promouvoir le développement et la distribution de contenu médical sur des projets Wikimédia, en donnant des conférences dans des universités et en travaillant pour développer un meilleur accès à la littérature médicale.
L'association Wikifranca est une collaboration entre les groupes francophones du mouvement Wikimédia, qu'ils soient affiliés ou non, dans le but d'encourager les activités dans les différents projets Wikimédia autant sur le Web que sur le terrain. L'ESEAP est une plateforme qui encourage les communautés de la région à partager leurs expériences et leurs idées, et à trouver des opportunités de collaboration avec d'autres communautés Asie de l'Est et du Sud-Est et quelques pays du nord de l'Indonésie.
L'Iberocoop a pour but de lier les chapitres et les groupes de travail locaux de l'Ibéro-Amérique afin d'établir un chapitre dans la région, renforçant ainsi la collaboration et l'échange d'expériences. Wikimedia Europe centrale et orientale est un partenariat dont objectif principal est de stimuler la croissance de tous les projets Wikimédia de cette région et d'aider à la coopération et à la compréhension des projets individuels qui font partie de la région CEE.
La Coalition Wikimedia États-Unis est un cadre pour organiser la création d'un solide groupe de chapitres Wikimédia et organisations thématiques Wikimédia aux États-Unis, et de promouvoir la coopération entre eux. WALRUS (Wikimedians Active in Local Regions of the United States) est une coalition d'individus et d'organisations basée aux États-Unis qui soutient l'édition de projets Wikimédia.

Les projets d’assistancesModifier

Par projets d'assistances, il faut entendre les projets d'aide à la création de contenus dans les projets Wikimédia ou à leur utilisation par les lecteurs. Dans l'exemple du projet Kiwix, c'est un accès hors ligne à toutes les versions linguistiques des projets Wikimédia qui est rendu possible[M 12], ainsi qu'à bien d'autres ressources pédagogiques libres extérieures au mouvement[B 11]. Parmi les utilisateurs potentiels de ce projet, on retrouve des étudiants de pays émergents, mais également des personnes en prison[M 13]. Dans un tout autre registre, le projet Lingua Libre a lui pour but de produire un corpus audiovisuel multilingue collaboratif sous licence libre[S 139]. L'ancien projet Afripedia[M 14] abandonné, l'actuel projet WikiAfrica[M 15] qui s'associe au projet multilingue Wiki In Africa[S 140] sont quant à eux principalement actifs sur le continent africain. Le projet Wikipedia Zero, inspiré de la campagne de marketing direct Facebook Zero, offrait un accès gratuit aux projets Wikimédia via le web mobile. Il fut, lui aussi, abandonné quand il fut constaté qu'il n'atteignait pas les objectifs espérés tout en soulevant des problèmes de neutralité[M 16].

Tab. 3.8. Projets d'assistance au sein du mouvement Wikimédia
Kiwix, est un logiciel informatique pour lire les projets Wikimédia hors ligne (accès au site). Lingua Libre a pour but de produire un corpus audiovisuel multilingue collaboratif sous licence libre.
WikiAfrica vise à africaniser Wikipédia à travers différents réseaux, recherches, publications et événements. Wiki In Africa a pour mission de rééquilibrer le type et la diversité des informations et des perspectives qui sont disponibles en ligne sur et à partir de l'Afrique.
Afripédia (archivé) fournissait un accès hors-ligne aux projets Wikimédia dans les pays africains. Wikipedia Zéro (archivé) fut un projet visant à fournir un accès gratuit aux projets Wikimédia sur téléphone portable pour les populations ne pouvant financer un accès à Internet.

Les cycles de conférences et espaces de rencontresModifier

Vid. 3.1. Vidéo d'introduction en anglais pour la rencontre Wikimania 2021 (source : https://w.wiki/4ePd)

Il existe dans le mouvement Wikimédia plusieurs cycles de conférences annuels ou bisannuels qui s'adressent chacun à un public différent. La plus importante est sans nul doute la conférence Wikimania[S 141] (vidéo 3.1[V 2]), qui s'adresse à toutes les personnes actives dans le mouvement, tout en étant accessible aux personnes extérieures. Elle est traditionnellement précédée par un Hackathon[S 142] durant lequel des programmeurs et d'autres personnes impliquées dans le développement informatique, graphistes, concepteurs d'interfaces, chefs de projet et autres, collaborent intensivement sur des projets logiciels. Le Hackathon est donc en ce sens le pendant du Edit-a-thon, un autre type de rencontre hors ligne dont le but cette fois sera de créer ou d'améliorer des articles Wikimédia. De nombreux édit-a-thon furent ainsi organisés à l'occasion des campagnes internationales Art+Feminism dédiées à la correction des biais de genre sur Wikipédia.

Tous les évènements Wikimédia[S 143] sont inscrits dans un agenda commun[S 144] mis à jour sur le site Meta-Wiki. On y retrouve les conférences, hackathons, édit-a-thons, mais également des concours, ateliers ou tout autre type de rencontres organisés par le mouvement. Certaines de ces rencontres peuvent aussi être organisées en périphérie du mouvement comme c'est le cas de l'Enterprise MediaWiki Conference qui rassemble depuis 2016 des utilisateurs publics, privés, commerciaux ou non, du logiciel MediaWiki[S 145]. D'autres peuvent aussi être d'envergure nationale ou internationale, et organisées sur un ou plusieurs jours selon les exemples repris ci-dessous. D'autres encore ne sont que des rencontres informelles[S 146] programmées par une association locale sous forme de WikiPermanences[S 147] durant lesquelles les Wikimédiens chevronnés aident les nouveaux arrivants. De manière plus conviviale enfin, des rencontres telles que celles intitulées « mardi c'est Wiki »[S 148], permettent aussi aux éditeurs et éditrices de se rassembler autour d'un verre.

Rencontres internationales

Rencontres nationales

À l'arrivée du Covid-19[S 149], la Fondation qui avait fermé ses bureaux dans l'optique de privilégier le télétravail[M 17], invita cependant le mouvement à suspendre les activités hors ligne afin de renforcer les activités numériques dans le but notamment d'aider les étudiants[S 150]. Suite à cette crise sanitaire, la conférence Wikimania fut tout d'abord annulée en 2020 et reportée en 2021, mais seulement en vidéoconférence[M 18] via la plateforme commerciale Remo. Cette période exceptionnelle aura aussi donné naissance à des conversations mondiales en ligne ouvertes à tous les membres du mouvement. Celles-ci ont rassemblé une centaine de personnes pas session dans le but discuter de la transition[S 151] du mouvement vers l'application des principes[S 152] et recommandations[S 153] édictées dans le plan stratégique 2030[S 154].

Les partenariats externesModifier

Parmi les personnes actives dans le mouvement, certaines deviennent des wikimédiens ou wikimédiennes en résidence, dès qu'ils se mettent à travailler pour une institution externe. Celles-ci sont la plupart du temps de type GLAM (Galeries, Librairies, Archives et Musées), ou alors impliquées dans le domaine de l'éducation. Profitant de leurs expériences d'éditeurs actifs, ces personnes aident alors les organisations hôtes à éditer les projets Wikimédia, tout en encourageant la publication de documents sous licences libres tout en renforçant les liens avec le mouvement Wikimédia[S 155]. En 2019, pas moins de 170 postes de ce type avaient été recensés dans le monde, avec des contrats qui pouvaient varier entre quelques heures par semaine à plusieurs mois[M 19].

Outre les programmes de mise en résidence, d'autres partenariats furent aussi établis en relation, notamment et en premier lieu, avec le mouvement du logiciel libre. Le premier d'entre eux date de 2005, lorsque la distribution Linux KDE intégra du contenu de Wikipédia[M 20]. Viennent ensuite d'autres arrangements avec des fournisseurs de services tels que le projet OpenStreetMap[B 12], la free software foundation, l'Open Knowledge Foundation, l'association Creative Commons[S 156] et d'autres organisations proches de la mission Wikimédia tel que WikiToLearn.

 
Fig.3.7. Signature d'un contrat de partenariat entre Wikimédia France et le musée de Cluny en mars 2012 (source : https://w.wiki/4k5q)

Du côté étatique, certains projets plus ponctuels ont aussi vu le jour tel que Noongarpedia[S 157], un projet collaboratif avec le conseil australien de la recherche pour ajouter du contenu en langue Noongar et des informations sur cette culture dans les projets Wikimédia. Dans une perspective à plus long terme, une convention fut aussi signée entre l'association française et les Archives de l'Hérault pour enrichir cette fois la médiathèque Wikimédia Commons et de compléter par la même occasion, les articles Wikipédia sur les notices concernant les fonds d'archives[M 21].

En Suède, ce sera avec l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) et l'association Cultural Heritage without Borders qu'un partenariat sera établi avec le mouvement dans le but de mettre sous licence libre des informations traitant de certaines formes d'héritages culturels en péril[B 13]. La Fondation établit aussi en 2019, un autre partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme dans le but d'améliorer la qualité et la quantité du contenu relatif aux droits de l’homme sur Wikipédia[S 158]. Plus récemment en 2020, c'est l'Organisation mondiale de la Santé qui se joignit au mouvement dans le but de rendre gratuit l'accès à des informations textuelles, graphiques et audiovisuelles produites lors de la pandémie Covid-19 avec mises à jour automatiques[M 22].

Il est ensuite important de signaler que le mouvement n'est pas réfractaire à l'idée de collaborer avec des entreprises commerciales, que ce soit pour bénéficier d'un support financier ou technique, ou encore diffuser le contenu des projets Wikimédia. Au niveau technique, un des premiers partenariats du genre apparut déjà en 2005, lorsque la Fondation établit un accord très médiatisé avec l'entreprise Yahoo[M 23] dans le but d'héberger le contenu des projets Wikimédia diffusés en Asie[M 24]. Avant Yahoo, Google avait déjà offert des services d'hébergement bien que la proposition soit restée sans suite[M 25]. Ce qui n'empêcha pas l'entreprise de garder contact avec la Fondation jusqu'à devenir un mécène important, avec un premier versement de 2 millions de dollars américain en 2010[S 159], bien supérieur à la contribution d'autres géants du Web tels que Facebook ou Amazon. Toujours du côté finance, 2013 fut ensuite l'année où un arrangement avec Coinbase vit le jour pour faciliter les dons offerts en bitcoins à la Fondation[M 26].

Vid. 3.2. Interview de Sandrine, professeure-documentaliste active avec ses élèves sur les projets Wikimédia (source : https://w.wiki/4PNV)

Google resta par la suite un partenaire de long terme, avec un nouveau soutien technique et financier de 2018[S 160] au projet Tiger, dédié au développement des langues minoritaires indiennes dans les projets Wikipédia[M 27]. En 2019 et après avoir versé encore plusieurs millions de dollars, ce géant du web[M 28] permit ensuite la création d'un plus grand contenu en langues locales suite à l'intégration de Google Translate dans les outils de traduction Wikimédia[M 27]. Tout ceci peut apparaître comme des aides techniques et financières importantes, cependant elles restent négligeables au vu des millions de dollars que possède la Fondation. De plus, l'indépendance financière de la Fondation repose des milliers de dons annuels privés d'en moyenne 15 dollars. En 2020, celle-ci bénéficiait d'une réserve budgétaire de plus de 166 millions de dollars[M 29], alors qu'en 2017 déjà, le journal Quartz estimait que la Fondation affichait une marge d'exploitation très enviable[M 30].

Concernant la diffusion du contenu des projets Wikimédia cette fois, c'est en 2007 que vit le jour un partenariat entre la Fondation Wikimédia et la société commerciale allemande Pediapress[S 161]. Le but ici était de permettre la vente de livres papier compilés au départ d'articles en provenance des projets Wikimédia avec toutefois une compensation financière de 10 %[M 31]. Plus tard, en 2009, un autre partenariat, controversé cette fois compte tenu de la présence de publicité, vit le jour avec la firme Orange. Celle-ci fut autorisée à fournir le contenu des projets Wikimedia sur ses portails web et mobile dans certains pays[S 162] mais profita de cette occasion pour glisser des encarts publicitaires[M 32]. Dans le contexte d'un projet plus global, arriva ensuite le projet Wikipédia Zéro dont la finalité était de fournir un accès gratuit aux projets Wikimédia via l'Internet mobile. Dans ce cadre, la Fondation établit alors diverses collaborations avec des producteurs de hardware[S 156], des entreprises actives sur le Web et de nombreux opérateurs de télécommunication[M 33]. Plus récemment enfin, la maison d'édition Garnier, l'association Wikimédia France et le projet Wiktionnaire en français ont coordonné leurs efforts pour aboutir à la publication d'un dictionnaire papier intitulé Le Dico,

Vid. 3.3. Introduction à une série de vidéos destinées à « Enseigner Wikipedia Par Les Anecdotes » (source : https://w.wiki/4PPK)

À toutes ces collaborations officielles entre le mouvement Wikimédia et d'autres organismes, il faut encore ajouter de nombreuses collaborations informelles qui auront vu le jour au départ d'initiatives personnelles telles que celles pouvant venir d'enseignants. Dans diverses écoles ou universités, on demande parfois aux étudiants d'éditer ou d'étudier les projets Wikimédia (vidéo 3.2[V 3] et 3.3[V 4]). Alors que les cas les plus médiatisés concernent Wikipédia, il faut savoir que différentes collaborations s'organisent aussi avec d'autres projets frères. C'est le cas de Wikilivres avec des travaux personnels encadrés[S 163] et de Wikiversité aussi avec des collaborations interwiki[S 164], des projets personnalisés de scolarisation (PPS), des plans d'accompagnements personnalisés (PAP) et même des MOOCs produits par le centre national d'enseignement à distance (CNED)[S 165].

Au niveau de l'enseignement, il faut mentionner l’existence du site Wikimedia outreach déjà présenté et de son portail dédié au secteur de l’éducation[S 166]. Côté hors ligne, certains chapitres affiliés au mouvement organisent aussi des concours pour les étudiants[S 167]. Il existe ensuite la Fondation Wiki Education, ce spin-off de la Fondation Wikimédia qui sert de trait d'union entre le monde universitaire États-unien et Canadien, et les projets Wikimédia[S 168]. Et, toujours du côté universitaire, existe enfin le laboratoire CivilServant's Wikimedia studies qui travaille avec plusieurs communautés Wikimédia pour améliorer la rétention des nouveaux éditeurs et améliorer l'expérience et la motivation des plus expérimentés[S 169].

Tous ces projets, institutions, sites web, organisations, groupes et instances internes ou associés au mouvement composent donc en fin de compte l’organigramme Wikimédia. À l'intérieur de cette structure, s'articule ainsi tout un ensemble de réseaux formels ou informels, d'organisations et d'acteurs isolés, qui dans l'ensemble se rassemblent tous autour de valeurs partagées et du projet commun qu'est le libre partage des connaissances. Après en avoir fait le tour, on se rend bien compte qu'il s'agit là d'une organisation extrêmement complexe. Une complexité certes, mais qui n'en reste pas moins très saine, puisqu'en son sein, les principaux acteurs que sont les bénévoles restent libres de participation, alors que les associations et leur personnel œuvrent dans une totale indépendance des lobbys politiques et financiers.

Une complexité saineModifier

Nous venons donc de découvrir que le mouvement Wikimédia est un vaste système ouvert où se retrouvent d'une part, une sphère d'activité numérique mondialement connue grâce au projet Wikipédia et d'autre part, une sphère d'activité hors ligne qui l'est beaucoup moins et dans laquelle la Fondation Wikimédia occupe une place centrale. Alors que les projets éditoriaux fonctionnent essentiellement avec des bénévoles, les instances hors ligne rassemblent quant à elles, de nombreux travailleurs rémunérés dont l'activité principale consiste à améliorer les infrastructures et à soutenir les bénévoles. Très peu concernés jusqu'à ce jour par la gouvernance des projets, les contractuels du mouvement sont dès lors plus actifs au niveau technique, logistique, administratif, juridique, financier et parfois organisationnel, mais uniquement alors dans le contexte d'événements d'envergures nationales ou internationales.

Dans une proportion beaucoup moindre, des bénévoles peuvent aussi être actifs ou actives hors ligne au niveau de la promotion, de la formation, de la gestion, de la coordination ou du développement de la stratégie. Réciproquement, de nombreuses personnes salariées peuvent être actives au niveau de l'espace numérique, dans le but cette fois d'améliorer les fonctionnalités des sites, d'en faire la maintenance, l'observation statistique, ou encore pour aider la communauté bénévole à organiser ou à financer des projets. Cependant, les salariés ne peuvent en aucun cas éditer les projets Wikimédia dans le cadre de leurs activités rémunérées de manière à ce que la justice ne puisse jamais considérer la Fondation comme éditrice responsable du contenu des projets, en plus de sa qualité d'hébergeuse. Libre à eux, bien sûr, de le faire dans les limites de leurs vies privées en utilisant un compte anonyme par exemple. Mais toujours est-il qu'un contrôle de ce type d'activité existe bel et bien et qu'un manquement à cette règle peut aboutir à un licenciement, ce qui s'est déjà produit[B 14].

À l'inverse, il est habituel que les bénévoles aient accès à la quasi-totalité des activités du mouvement, hormis sans doute certaines réunions ou activités réservées aux employés auxquelles je n'ai moi-même jamais eu accès. Ceci sans compter que tout le conseil d'administration de la Fondation et de toutes les autres organisations à but non lucratif affiliées au mouvement est composé de bénévoles. Ensuite, au niveau des comités de gestion, les groupes de travail, etc., il est fréquent de voir de simples bénévoles collaborer avec la directrice ou le directeur d'une association locale ou même de la Fondation. À l'inverse, les personnes rémunérées, y compris à l'extérieur du mouvement, ne sont bien souvent que tolérées dans la vie éditoriale des projets. Ces contributions rémunérées doivent en effet se faire dans le respect de règles de divulgation présentes dans les conditions générales d'utilisation des projets[S 170].

À l'intérieur de l'organisation Wikimédia apparait donc une double dualité de type bénévole/salarié et en-ligne/hors-ligne, qui n'empêche en rien les acteurs d'être connectés par moments et déconnectés à d'autres, ni de passer du statut de bénévole à celui de contractuel et vice versa. Le contributeur Sebleouf fait figure d'exemple lorsqu'il a ouvert un nouveau compte utilisateur intitulé « Seb en Résidence » lorsqu'il fut employé par l'Institut international pour la Francophonie de Lyon pour travailler un an sur le Dictionnaire des francophones. Une fois son mandat terminé, il est redevenu actif en qualité de bénévole et adressa ce message[S 171] à la communauté des éditeurs du projet Wiktionnaire francophone :

Tout au long de cette année, j’espère avoir été à l’écoute de la communauté et j’espère que mes modifications ne sont pas allées à l’encontre des usages en vigueur. N’hésitez pas à me faire part de toute remarque ou question sur des choses que j’aurais pu faire ou ne pas faire, je me tiens disponible pour en assurer le suivi. J’ai appris énormément de choses sur les façons de faire, la lexicographie en général et j’ai aujourd’hui une vision assez précise de ce qu’est une bonne entrée, une bonne définition. Aujourd’hui, avec mon compte personnel Sebleouf, j’ai l’ambition de continuer ces missions d’amélioration de la qualité à titre bénévole.

Si l'on ajoute à cette double dichotomie imbriquée, croisée et perméable, l’extrême diversité ainsi que l'autonomie des projets en interaction au sein du mouvement Wikimédia, on se trouve donc en fin de compte face à un système complexe. Or, pour aborder correctement ce genre de système, il est dès lors nécessaire d'adopter une pensée tout aussi complexe à l'image de ce que des auteurs tels qu'Edgar Morin ou Ken Wilber ont pu déjà réaliser. Une telle pensée est très exigeante. Non seulement elle demande d'aborder le sujet d'étude de manière holistique, mais elle demande en plus de le faire selon différentes « causalités » (linéaire, récursive, circulaire et rétroactive)[B 15], tout en acceptant différentes vérités situées dans quatre « quadrants »[B 16] qui offrent chacun une vérité située au départ d'un point de vue Intentionnel, psychologique, culturel et social. Ce qui débouche donc parfois sur une nécessaire coexistence de pensées contradictoires lorsque l'on constate par exemple que le « tout est à la fois plus et moins que la somme des parties »[B 15].

 
Fig. 3.8. Carte mentale du Mouvement Wikimédia en 2019 (source : https://w.wiki/4LYU)

Des premières tentatives de développement d'une pensée complexe au départ du concept d'autopoïèse[M 34] et de stigmergie, un autre concept nomade emprunté à la biologie des insectes sociaux a déjà vu le jour dans le but d'expliquer l’auto-organisation de l'encyclopédie Wikipédia. Selon ce principe, le développement de l'encyclopédie pourrait s'expliquer, en partie pour le moins, par un enchaînement de réactions des contributeurs provoquées par les traces laissées suite aux actions précédemment faites par d'autres contributeurs[M 35]. Au travers des éditions, corrections, messages, et autres types d'interventions des contributeurs, apparaîtrait donc un système de motivation réciproque, qui serait entretenu par un principe d’action et réaction[M 36].

J'aimerais quant à moi, m'efforcer d'expliquer pourquoi la complexité du mouvement Wikimédia m’apparaît plus saine que bien d'autres organisations sociétales à dimensions planétaires. Rappelons-nous effectivement que le mouvement a pour vision de développer un système de partage des connaissances humaines au niveau mondial. Pour atteindre cet objectif, il faut donc bien instaurer quelques stratégies afin d'éviter de retomber dans les erreurs du passé. Pour ce faire, le mouvement Wikimédia semble avoir tenu compte de manière inconsciente de cette composante importante dans l'organisation de la vie sociale que représente le nombre de Dunbar. L'intérêt de ce chiffre qui se situe entre 100 et 203 individus, selon les capacités cognitives de chacun, est qu'il détermine, selon son auteur, le nombre de personnes au-delà duquel il devient impossible d'établir des relations de confiance et une communication interpersonnelle de qualité[B 17]. Selon cette information, il apparait donc astucieux de maintenir au sein d'une grande structure complexe, un grand nombre de petits groupes autonomes mais interdépendants. L'avantage d'une telle structure organique sera de rester saine au niveau des relations interpersonnelles limitées à des groupes restreints, mais tout en regroupant ces groupes autour d'une cause commune.

Cette cause, nous l'avons vu, repose sur un projet d'avenir global, axé sur le partage libre et universel de toutes les connaissances. Dans d'autres cas par contre, elle peut tout aussi bien reposer sur l'idée d'une nation commune ou sur l’existence d'une croyance transcendantale partagée. Cependant, dans ces deux cas de figure, l'histoire nous montre qu'il existe de fortes probabilités pour que la structure globale qui en découle prenne la forme d'un état ou d'une religion. Ce à quoi ne ressemble pas du tout le mouvement Wikimédia, puisque tant au niveau d'un état que des religions, apparaissent des hiérarchies statutaires et un bon nombre d'instances dirigeantes imbriquées les unes dans les autres. Tout à l'opposé, ce que l'on retrouve dans le mouvement Wikimédia, c'est une cohabitation non hiérarchisée de groupes autonomes fondée sur un principe d'entraide et en l'absence de toutes relations coercitives. Une sorte de confédération d'organisations qui si l'on reprend les termes utilisés par l’anthropologue Charles Macdonald, se situe entre organisations « anarcho-grégaires » et « socio-hiérarchiques »[B 18].

Le mouvement Wikimédia apparait donc sous cet angle, comme une façon originale et intéressante de penser l'organisation du monde global et numérique. On pourrait d'ailleurs y voir l’émergence d'une première société démocratique mondiale. Une sorte d'application de la sociocratie[B 19] ou de l'holacratie à un niveau planétaire, dans lequel les différents groupes d'humains autonomes seraient vu tels des « holons »[B 20] sociaux. Ou autrement dit, comme un ensemble d'organismes autosuffisants capables de gérer des imprévus sans forcément ou obligatoirement se référer à une autorité supérieure. Ce dont découle finalement toute l'organisation sociale, économique, technique et politique complexe dont fait preuve le mouvement Wikimédia.

Une recherche d'équité dans le partage de la connaissanceModifier

 
Fig. 3.9. Photo de la foule des participants lors de la rencontre Wikimania 2016 (source : https://w.wiki/56i3)

Le moment est donc venu de conclure en retenant que le mouvement Wikimédia est bien plus vaste qu'une simple encyclopédie tout en étant aussi beaucoup plus complexe. Dans l'écoumène numérique, que certains préféreront appeler cyberespace, tout ce que ce mouvement a construit représente un « espace du savoir »[B 21] par excellence. C'est même la plus grande source de savoir qui nous est offerte à ce jour et peut-être aussi, la dernière de cette taille, à ne pas avoir été absorbée par l’« espace des marchandises »[B 21]. Car, l'écoumène numérique, tout comme dans son homologue terrestre, est devenu le théâtre d’une lutte entre un désir de partage autonome, qui s'oppose à un autre désir de contrôle et de profit commercial ou politique.

Initialement conçu comme espace d’émancipation, l'écoumène numérique n'aura pas non plus échappé aux phénomènes d’exclusions sociales[B 22]. Tous les êtres humains n'ont effectivement pas le privilège de devenir utilisateur de cet espace et encore moins du réseau Internet[S 172]. D'ailleurs, comme le disait Karl Polanyi en 1944 déjà : « au lieu que l'économie reste ancrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont devenues tributaires du système économique »[T 4][B 23]. Une situation dont certains membres du mouvement Wikimédia semblent être parfaitement conscients lorsqu'ils constatent qu'au niveau des projets Wikimédia, des inégalités existent et persistent.

Pour ces raisons sans doute, le mouvement aspire aujourd'hui à atteindre une certaine forme d'équité. Pour y arriver, chacun de ses membres fut invité à discuter l'élaboration d'une stratégie pour 2030. Arrivée à terme, celle-ci a finalement pour ambition de construire un monde plus juste dans le partage de la connaissance et plus sain dans son utilisation. C'est là en tout cas ce qui ressort de la synthèse des objectifs fixés par le mouvement Wikimédia[S 173] dans le cadre de sa mise en œuvre :

La connaissance en tant que service : Pour servir nos utilisateurs, nous deviendrons une plateforme offrant des connaissances libres à travers le monde, sans limites d'interfaces ni de communautés. Nous bâtirons des outils pour que nos alliés et partenaires puissent organiser et partager des connaissances libres au-delà de Wikimédia. Notre infrastructure permettra à ce que nous et d'autres puissent rassembler et organiser différentes formes de connaissances libres crédibles.

L'équité au sein de la connaissance : En tant que mouvement social, nous focaliserons nos efforts sur les connaissances et les communautés qui ont été exclues des structures de pouvoir et de privilège. Nous accueillerons des personnes de toutes les origines pour construire des communautés fortes et diverses. Nous surmonterons les obstacles sociaux, politiques et techniques qui bloquent l'accès et la contribution des personnes aux connaissances libres.

Notes et référencesModifier

[N]otesModifier

  1. Le nombre des sites web hébergés par la fondation est en constante évolution comme ne témoigne une précédente observation du site wikiscan.org partagée dans le premier chapitre de cette recherche qui indiquait l'existence de 913 wikis et 425 millions de pages. Dans un espace de temps d'environ deux mois, couvrant la période du 20 août 2020 au 23 octobre 2020, cinq nouveaux projets seront donc apparus ainsi que 5 millions de nouvelles page web. Une liste exhaustive et mise à jour automatiquement des versions linguistiques présentes au sein des projets est aussi disponible sur la page https://fr.wikipedia.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Matrice_des_sites
  2. Plus d'informations du le site de Pierrot le chroniqueur sont disponible dans la section 4 du chapitre 6 de ce travail de recherche.
  3. D'autres informations sont aussi disponibles dans la section 10 du chapitre 4 de ce travail de recherche.

[T]extes originauxModifier

  1. Wikimedia is a global movement whose mission is to bring free educational content to the world. Through various projects, chapters, and the support structure of the non-profit Wikimedia Foundation, Wikimedia strives to bring about a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge.
  2. Scientists and engineers using data to understand and empower millions of readers and contributors who interact with Wikipedia and its sister projects on a daily basis.
  3. Que la suma de tot el coneixement humà estigui disponible lliurement en català, i que tot el coneixement sobre la cultura catalana estigui disponible per a tothom en qualsevol llengua.
  4. Instead of economy being embedded in social relations, social relations are embedded in the economic system.

[B]ibliographieModifier

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[M]édiagraphieModifier

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  164. Wikiversité, « Projet:Accueil/Projets interwiki »
  165. Wikiversité, « Catégorie:PPS et PAP »
  166. Wikimedia Outreach, « Éducation »
  167. Wikipédia, « Projet:Wikiconcours lycéen 2020-2021 »
  168. Wiki Education, « About Us »
  169. Meta-Wiki, « CivilServant's Wikimedia studies »
  170. Meta-Wiki, « Terms of use »
  171. Wiktionnaire, « Wiktionnaire:Wikidémie/janvier 2021 »
  172. Internet World Stats, « Internet usage statistics »
  173. Meta-Wiki, « Stratégie/Mouvement Wikimédia/2017 »


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