Recherche:Sur l’extension des genres grammaticaux en français

Au-delà du stéréotype phallocratique du puissant – assimilé au viril – ayant un droit naturel de domination, sur le vulnérable – assimilé au féminin – la question du genre biologique et sociologique a fait l’objet d’une large couverture dans les humanités, notamment à travers les études de genre. Dans cette mouvance, ce projet de recherche vise à fournir une analyse grammaticale du genre en français dans une perspective principalement synchronique, sous le spectre de ses implications représentationelles.

Cette recherche souhaite notamment éclairer les usages et les descriptions linguistiques des usages au regard de l’influence qu’elles exercent sur la représentation du monde pour ses usagers. Après un exposé des genres grammaticaux existants ne se bornant pas au français, et une analyse critique des grammaires usuels du français plus particulièrement, elle proposera des champs de pratiques alternatives possiblement utiles aux sociétés qui, dans un souci de justice, porterait le principe d’équité citoyenne jusque dans les prémisses tacitement intégrés dans la langue qu’elle emploi.

D’un autre côté, cette recherche ne se borne pas au seul cas du genre grammatical lorsqu’il interfère avec les logiques de stéréotype sexuel, qui alimente grandement cette thématique et souvent en limite la perspective[1]. Loin de se caler sur cette considération sexualisante du monde, le traitement du genre grammatical varie déjà amplement d’une langue à l’autre dans le temps et l’espace, aussi bien dans son étendu (genre commun, genre neutre…) que dans sa logique (genre animé, genre inanimé…). Cette recherche vise donc au contraire à élargir le plus possible l’exploration des genres grammaticaux employés ou absents à travers les cultures ; et de cette horizon élargie au besoin d’idées originales, traiter les sujets plus spécifiques au regard d’un spectre plus variée de considérations.

Les commentaires et autres critiques de cette recherche pourront se faire sur la page de discussion associée.

Contexte de rédactionModifier

 
Cette fractale pseudoflorale générée à l’aide du logiciel Context Free, évoquant les vrilles des plantes grimpantes, n’est pas sans lien avec la notion de grammaire hors-contexte.

Le français contemporain, tel que pratiqué dans la francophonie de ce début du troisième millénaire de l’ère commune, connaît essentiellement deux genres grammaticaux : le féminin et le masculin. Historiquement, comme pour beaucoup de langue romanes, cette situation résulte de la disparition d’un neutre qui était pleinement assumé parmi ses langues ascendantes il y a quelques siècles. Et bien en amont encore à rebours de quelques millénaires, les théories linguistiques contemporaines admettent généralement une famille linguistique indo-européenne en tant qu’ancêtres communs, et qui auraient entre autres caractéristiques les genres animé et inanimé comme mécanisme de première articulation, complété par d’autres catégories dont le féminin, le neutre et le masculin, en seconde articulation. Même en français contemporain se trouve d’ailleurs encore des composants vestigiaux de cette articulation complémentaire originelle comme dans ceci, cela, ça, en et y qui ne servent qu'aux inanimés.

Les théories dominantes finissent donc par acter l’abrogation du neutre et du couple animé/inanimé. Dans la foulé, les catégories de féminin et de masculin se sont vues réaffecter des connotations préalablement imputées à celles évanouis. Ces changements opérés dans un contexte fortement patriarcal aboutissent dans de nombreuses langues romanes à une réassignation qui globalement dissipe l’animé dans le masculin et l’inanimé dans le féminin, à travers le prisme convenu d’une idéologie dominante faisant de la femme un objet tout au plus participant à la vie comme utilitaire procréatif et libidinal. Dans le même temps du côté des prépositions, le masculin se voit attribuer un primat pour désigner les groupes de référés[N 1] au genre hétérogène, d’où sera tiré l’adage le masculin l’emporte toujours sur le féminin.

Depuis un peu moins d’un siècle, les femmes ont dans de nombreux pays francophones conquit un statut social bien moins avilissant[N 2]. Encore plus proche de nous se trouve des personnes qui, s’étant vu administrativement attribuer un genre femme à la naissance, veulent socialement se sexuer homme et inversement, et d’autres personnes qui naviguent dans un flou entre ou en dehors de ces catégories, et qui s’épanouissent ainsi là où tous les « traitements à leurs déviances » ne saurait que les noyer dans le désespoir.

Voilà qui dresse une cinématique en avance rapide, ne s’encombrant pas trop de détails ou nuances, des enjeux socio-linguistiques qui alimentent les débats sur le genre grammatical en francophonie.

La suite de cette recherche pourra être guidée par la thèse suivante, qu’il s’agira de confronter à des faits empiriques et statistiques :

Historiquement, les grammaires officielles ont pris le parti d’amalgamer, dans leurs propositions d’analyse de la langue française, des notions qui restent tacitement actives sur le plan connotatif et donc sémantique. Généralement[N 3], le féminin est chargé entre autres des genres connotatifs du délicat/raffiné, du fragile, de l’inactif, de l’inanimé, de l’injurieux et du passif, tandis que le masculin se voit attribué entre autres des genres connotatifs du brutal, du puissant, de l’actif, de l’animé, du neutre et du prestigieux.

Cette thèse peut notamment s’appuyer sur les conclusions de Michel Roché en 1992, qui au terme de son analyse statistique de la répartition du nom par genre en fonction de son mode de production conclue[2] :

Le masculin est donc non seulement plus productif que le féminin, mais le lexique qu'il constitue est plus varié, plus valorisé que le lexique féminin. Celui-ci apparaît comme plus archaïque, ou plus marginal : langue savante d'un côté, registre familier de l'autre. Alors que la sexuisemblance se trouve rarement à l'origine de l'attribution du genre, une sexuisemblance a posteriori entretient un cercle vicieux entre la répartition des genres dans la langue d'une part, les stéréotypes et les préjugés sexistes d'autre part. Moins visibles que ceux qui concernent les noms de personnes, les déséquilibres qui caractérisent le genre des noms /-humain/ ont peut-être un impact aussi important.

Réflexions sur la grammaireModifier

Puisqu’il s’agit de traiter ici le genre grammatical, il ne sera sans doute pas superflu de formuler quelques rappels et remarques sur la grammaire.

Grammaire dérive de latin grammatica, qui provient lui-même du grec ancien grammatikế/γραμματική : art de lire et d’écrire. Ce dernier procède de grammatikos/γραμματικός : lettré, grammatical ou grammairien. Ce dernier dérivé dérive lui-même de grámma/γράμμα : lettre, avec le suffixe adjectival -ikós/-ικός. Cette dernière racine provient de gráphô/γράφω : écrire, graver avec le suffixe suffixe des noms neutres abstraits -ma/-μα. Enfin ce dernier radical proviendrait de l’indo-européen commun *gerbʰ- : égratigner.

Même si elle ne s’y limite pas, il est clair que la grammaire porte en son nom même un biais vers la représentation scripturale de l’expression. D’ailleurs même si l’avènement de la linguistique à partir du début du vingtième siècle opère un revirement de posture en mettant l’oral plus à l’honneur, cette perspective n’en introduit pas moins une fondation mutilée des phénomènes communicationnels. La langue ne désigne pas avant tout l’organe emblématique de la phonation de manière fortuite, et si la linguistique s’aventure parfois à analyser d’autres mode d’énonciation[3], il n’empêche qu’elle conçois ses modèles en premier lieu sur des modalités plus spécifiques à la phonématique, là où la grammaire prend plus volontier l’écrit comme référence principale. Il ne s’agit pas tant de critiquer ces biais que de les exposer explicitement :toute volonté d’analyse discursive nécessite d’opérer des choix, conscients ou irréfléchis, pour délimiter plus ou moins formellement le domaine d’étude. Autrement dit, ni grammaire ni linguistique, pas plus qu'aucun champ d'étude, ne sauraient fournir des modèles qu’il serait avisé de prendre pour des descriptions neutres et absolument objectives.

Par ailleurs Hugo Blanchet dresse dans un billet de 2021 l’itinéraire du terme glamour[4], qui entérine la réputation de sensuelle science occulte attachée à la grammaire. Il y explique notament comment il est lié au mot grimoire, livre de magie, en supposant une déformation de gramaire, probablement par croisement avec un mot de la famille de grimace, qui remonte au francique *grima « masque, grimage ». Il indique par ailleurs plus directement le lien sémantique qui unie grammaire et envoûtements, stipulant :

En ancien français comme en moyen anglais, le mot gramaire a plusieurs sens : il désigne aussi bien l’étude des lettres (latines) que les arts occultes ! En ancien français, la forme masculine gramaire peut ainsi signifier « grammairien » ou « sorcier ».

Il sera intéressant d’ajouter à cela les méconceptions courantes sur la grammaire en s’inspirant par exemple de Charles Ernest Bazell et ses Trois conceptions erronées de la notion de grammaticalité ou de Noureddine Guella qui en dresse une liste dans La grammaire dans tous ces états[5][6] :

  • seules les langues écrites sont pourvu d’une grammaire ;
  • pour un corpus linguistique donnée, il n’existe qu’une seule grammaire
  • les ouvrages de grammaires n’ont que des divergences de présentation didactique et les personnes qui les conçoivent ont l’un dans l’autre des représentations consensuelles dénués de différences structurelles profondes ;
  • une grammaire à force prescriptive et régie la correction d’un énoncé et jouit d’une force d’autorité irrécusable ;
  • un énoncé est grammatical seulement s’il a une valeur ontologique probante ;
  • tout énoncé grammaticalement correct est susceptible d’être employé de façon non-autonyme dans une situation idoine ;
  • la grammaire est une pratique principalement consciente et seules les personnes ayant acquis les compétences d’analyser discursivement les discours dans un vocabulaire consacré ont des compétences grammaticales :
  • une grammaire est un objet statique et immuable capable de rendre compte de toutes les dynamiques influant les énoncés et toute évolution de la langue qui mettent en défaut une grammaire sont à imputer à la corruption des emplois qui s’écarte de la langue dans sa réalité idéelle.

Ces considérations faites sur la grammaire, ce projet pourra donc mieux s’inscrire dans son champ d’étude en connaissance au moins partielle de ses causes, limites, méprises communes et portés effectives.

Pour aller plus loin il sera possible de consulter des références annexes[7].

Étymologie de genreModifier

 
Diogène dérive de , Diós/Διός : génitif de Zeus/Ζεύς et de gígnomai/γίγνομαι : naître, ce qui donne donc littéralement : né de Zeus.

Bien que l’étymologie ne conduise jamais en soit à une vérité absolue sur les termes concernés, contrairement à ce que l’étymologie du mot étymologie stipule, elle apporte souvent des éclairages intéressant sur le sujet en question. Aussi il paraît intéressant d’exposer ici le réseau étymologique du genre, à commencer par celui du terme genre lui-même.

Le mot genre est apparenté au grec ancien génos/γένος, qui entre autres sens convoie les sémantiques suivantes[8][9][10] : naissance, origine, descendance, race, genre, espèce, classe, corporation, nation, peuple, tribu.

Génos renvoie à gígnomai/γίγνομαι, qui au sens littéral signifie devenir, ce que complète des sens figurés tel : naître, se produire, s’élever, paraître, arriver, s’écouler, avoir lieu, se manifester, atteindre, avoir son effet, s’accomplir[11]. Ce dernier est lui-même apparenté au latin gigno : donner naissance.

Génos s’apparente aussi au latin genus, au sanskrit jánas/जनस्, à l’arménien ancien cin/ծին, kin en anglais, et en grec ancien gaîa/γαῖα : la terre.

Gigno dériverait de l’indo-européen commun *g^en : porter. De ce dernier serait aussi issu le latin gens, genus et nascor :naître, le grec ancien gennao/γεννάω : enfanter, genomai/γείνομαι : naître, gignomai/γίγνομαι : naître. En dérivent également en français genèse, gène, gens et le suffixe -gène, en anglais kin : famille, parent, proche et kind : espèce ; en allemand Kind : enfant.

Genus est apparenté à genesis : naissance, genèse, et signifie notamment naissance, origine, famille, lignée, sang, nation, peuple, sorte, manière, rejeton, fils, enfant. En latin il signifie naissance, origine, famille, lignée, sang, nation, peuple, sorte, manière, rejeton, fils, enfant. Il y est également synonyme de gens et natio.

À gigno est rattaché les sens d’engendrer, créer, mettre au monde, enfanter, mettre bas, pondre, faire naître, générer, causer, provoquer, occasionner, produire.

Du côté de jánas , il serait issue du proto-indo-européen *ǵénh₁os : race, et signifie lui-même race, espèce, classe d’être[12][13].

Pour sa part cin signifie en arménien ancien : naissance, accouchement, origine, source, montée, base d'une montagne, matrice, utérus, tache, signe. Il dériverait de proto-indo-européen *ǵénh₁os[14] ayant lui-même les sens de race, filiation, lignée.

Ces quelques considérations permettent probablement de se faire une meilleur idée des notions qui parsèment le champ sémantique de celle de genre.

Typologie préliminaire de genres grammaticauxModifier

Cette partie vise à distinguer les cas qui sont susceptibles d’être rendu par un appareillage linguistique de genre. Avant de détailler ces différentes catégories, cette section fait le point sur quelques précisions typologiques.

D’abord il convient de rappeler que le genre grammatical porte principalement sur le nom, par opposition à d’autres classes grammaticales comme l’adverbe qui lui est généralement invariable en genre et en nombre[N 4][15]. Aussi si c’est le nom qui est porteur intrinsèque du genre grammatical, sa présence dans une phrase influe sur d’autres éléments. Dans un énoncée comme « sa majesté s’est dite lumineuse », le nom majesté détermine la forme de l’article sa, du verbe dite et de l’adjectif lumineuse. De plus, si majesté est toujours de genre grammaticale féminin, il n’informe pas avec certitude du sexe du référé. C’est un titre qui peut s’employer en principe indépendamment de cet attribut. Cependant tant sur un plan historique que du stéréotype social, l’usage l’associe majoritairement à une figure mâle. À l’inverse, un mot potentiellement tout aussi ambivalent sur le référé comme pute ou sage-femme, sont dans l’imaginaire connotatif collectif avant tout attaché à la femme. La grammaire du français affecte donc toujours au moins un genre énonciatif[N 5] à chaque nom, à l’influence morpho-syntaxique manifeste ; mais s’y adjoint généralement un second genre connotatif, dont l’influence purement sémantique reste tacite. Les deux pouvant se dissocier.

De surcroît, lorsque le référé lui-même est supposé genré, notamment via une correspondance à un sexe biologique, un troisième type de genre se superpose, un genre référentiel. Celui-ci peut tout à fait influer sur le genre énonciatif, par exemple les pronoms, bien que cette influence peut tout à fait être outrepassé par l’interférence du genre énonciatif d’un référant pointant vers le même référé. Ainsi dans Dominique est si affectueuse, qu’elle en est charmante et Dominique est si affectueux, qu’il est en charmant, c’est directement le sexe attribué au référé Dominique qui détermine la forme de l’adjectif. Alors que dans Dominique, cette personne si affectueuse, qu’elle en est charmante, ça n’est plus le cas : c’est le genre énonciatif du référant personne qui détermine la forme des termes anaphoriques subséquents et le sexe de Dominique n’influe plus son charme.

Au passage, il peut être remarqué qu’en français les pronoms personnels ne sont eux même directement marqués par le genre qu’à la troisième personne :elle et elles ou il et ils selon le nombre, mais je, tu, vous quel que soit le genre. Cela contraste avec ce qui se pratique en khasi, koasiti ou thaï[16].

Le genre grammatical est parfois également nommé classe nominale. Mais en fonction des approches linguistiques, la classe nominale peut être présentée comme un système de catégorisation pleinement distinct. Notamment parce que dans les langues non-indoeuropéennes, la classe des catégories associées est nettement plus variée. Le peul à lui seul possède 26 classes nominales, et les langues nigéro-congolaises dont il fait partie ont généralement une dizaine de classes ou plus, définies selon des critères non liées au sexe. Cette richesse est également présente dans les langues bantoues où les oppositions sémantiques comme liquide/solide, grand/petit, plat/en relief, rond comme une bague/rond comme une balle sont exprimées par des classes nominales[17].

À l’extrême inverse, les langues finno-ougriennes, comme le finlandais et le hongrois, se caractérisent par l'absence totale de genre grammatical, même dans le cas du pronom personnel.

Et dans une perspective plus large, une typologie segmentant des classes de mots tel que nom, verbe, etc. n’est pas toujours aisément applicable, comme en mandarin ou malgache, voir complètement inopérante dans certaines langues amérindienne[16]. Il importe donc de garder à l’esprit que le genre grammaticale, ni même le fait qu’elle soit présente et porté par le nom ne tiens l’épreuve d’une confrontation aux us et coutumes divers. Et quand il est présent, il ne diffère pas fondamentalement d’autres procès de variation morphologique. Ainsi en français les verbes se conjuguent selon des caractéristiques comme leur appartenance à un groupe paradigmatique, le mode, le temps, la personne. Les modalités influençant la variation diffèrent par rapport au nom, mais les mécanismes en jeu ne sont pas radicalement divergents. En commun il y a une typologie métalinguistique des mots sur laquelle se greffent des catégories permettant d’en discriminer l’emploi selon des considérations hétéroclites : concordance morpho-syntaxique de l’énoncé bien évidemment, mais également contexte d’énonciation, connaissances et croyances sur la situation et les différentes personnes qui y sont considérées, contraintes axiologiques et stratégies visant l’ostentation d’adoubement ou d’insoumission à une prérogative sociale, etc.

Cette section à déjà permis d’affiner plusieurs types de genres grammaticaux :

  • énonciatif, qui se rattache avant tout au mot indépendamment de ce à quoi il réfère, et qui constitue la principale influence morpho-syntaxique du genre ;
  • connotatif, qui se rattache avant tout à la catégorie stéréotypique de la classe des référés désignables par le terme concerné, et qui est essentiellement sans effet morpho-syntaxique mais joue pleinement sur le champ sémantique ;
  • métalinguistique, qui caractérise les typologies dont les usagers tiennent compte – fut-ce inconsciemment – pour produire et interpréter des énoncés considérés comme grammaticaux dans leurs propres compétences au maniement des us et coutumes de leur communauté linguistique ;
  • référentiel, qui se rattache avant tout aux préjugés culturelles par lequel le référé spécifique est catégorisé.
 
Illustration d’une répartition des représentations en lien avec un énoncé comme Il porte un costume.
 
Symbole pour représenter une autre catégorie dans la même veine de typologie : genre transsexuel, ici conjugué à la notion de bisexualité par la symbolique des couleurs.

Il n’aura probablement pas échappé au lectorat que relativement au traitement du sujet sur le plan de la typologie sexualisante, la précédente illustration se focalise sur une représentation binaire. Cela s’explique d’abord par le fait que l’image a été composé sur la base des médias disponibles sur Wikimedia Commons. Force est de constater que l’iconographie hors du féminin ou masculin y est moins abondante : trouver une illustration qui représenterait un personnage stéréotypant une personne transgenre dans le même style graphique n’a pas été possible. Par ailleurs une illustration statique doit composer avec ses propres limites : celles-ci ne représente pas tous les stéréotypiques sociaux, pas plus qu’elle n’est exhaustive sur les types lexicaux en se bornant à mettre en avant un pronom et un verbe.

Pour aller plus loin sur des notions connexes, il sera possible de consulter des ressources afférentes à des sujets connexes[18].

Les genres du genreModifier

 
Le genre inspire les mélanges les plus hétéroclites : ici un drapeau à la croisée d’un ésotérique paganisme wicca, d’une sigillographie grammaticale et d’une célébration de la diversité des orientations sexuelles.

Une des difficulté des discours sur le genre provient de sa polysémie, qui recoupe celle de notion de sexe, elle même faisant preuve de plurivocité entre génotype et phénotype biologique, mode de reproduction, organes de reproduction, et toute activité relative à l'érotisme ou la lubricité[19][20]. À cela s'ajoute l’extrême polyvalence du terme sous son sens agrégatif, en tant que synonyme de termes comme classe, espèce, groupe, style, ou type : genre artistique, genre cinématographique, genre épistémique, genre journalistique, genre littéraire, genre musical, genre narratif, genre théâtral

Aussi dans cette recherche sauf mention explicite, c'est bien de genre strictement grammatical dont il est discuté, en y minimisant les interférences connotatives aux notions de sexe ou d’agrégation génériques dans la mesure du possible.

En 1989 Michel Arrivé dans De quelques oscillations des théories du genre dans l'histoire récente de la linguistique expose une catégorisation bipartite des conceptions du genre : d’une part celles qui la décrivent comme une catégorie arbitraire, aléatoire, formelle ou vide, et d’autre part celles qui y voient une catégorie porteuse d’un contenu, sens, signifié ou substance. La littérature aussi donc entre l’élaboration d’un genre vain et un genre fondé[21].

Au passage, il serait tout à fait possible d’employer des mots bien moins polysémiques ou connotatifs. Pour la terminologie lié au genre, c'est l'un des objet de cette recherche, et des propositions y sont faites en ce sens. Pour le cas du sexe qui n'est que périphérique à sa topique, quelques pistes peuvent être ici suggérées :

  • génotype : ensemble ou partie donnée de la composition génétique d’un individu.
  • génophène et génophénie : relatif à un trait sémantique qui semble provoquer le trait grammatical d'un mot, comme par exemple une sexuisemblance[22]. Néologisme basé sur les morphes géno- : génération, naissance, origine et -phène/-phénie : relatif aux apparences.
  • gonade : organe dans lequel sont produites les cellules reproductrices.
  • phénotype : état d’un caractère observable dans l'apparence globale d'un organisme vivant, sur un plan anatomique, morphologique, moléculaire, physiologique, ou éthologique.
  • philophène et philophénie :  relatif aux attirances sexuelles qui semblent animer un individu. Néologisme basé sur les morphes philo- : aimer et -phène/-phénie : relatif aux apparences.
  • sociophène et sociophénie : relatif à au stéréotype social que semble adopter un individu. Néologisme basé sur les morphes socio- : relatif aux sociétés et -phène/-phénie : relatif aux apparences.

À noter aussi les termes de mulièbre et de viril, dérivant respectivement du latin muliebris et virilis/uirilis, et qui sont employé par Varron de façon interchangeable avec femina et mas pour désigner respectivement le genre féminin et le masculin[23][24][25][26][27][28][29][30]. Cependant dès Quintilien c’est le couple femininus et masculinus qui gagne la faveur des grammairiens, complété par neutralis qui vient pour sa part supplanter neutrum[31].

Du côté des racines grecques, il y a ársên/ἄρσην : mâle qui s’oppose à thêlu/θῆλυ : femelle ; dont dérivent évidemment arsenikón/ἀρσενικόν : masculin, et thēlukón/θηλυκόν : féminin.

L’anthropologie, la généalogie et la sociologie retiennent également les termes de parents agnatiques et utérins pour désigner la parentèle respectivement mâle et femelle, ainsi que respectivement pour mères et pères les filiations matrilinéaires, ou matrilignages, et les liens matrilatéraux en parallèle des filiations patrilinéaires, ou patrilignages, et des liens patrilatéraux[32]. Elles précisent aussi les notions suivantes[33][34][35][36] :

  • trois principes qui structurent l’atome de parenté, à savoir l’alliance, la filiation et la consanguinité ;
  • la quadruple articulation latine des oncles et des tantes : amita femelle et patruus mâle en ligne paternelle, avunculus mâle et matertera femelle en ligne maternelle ;
  • l’avunculat et les liens avunculaires pour désigner les relations aux oncles et tantes ;
  • la matrilocalité pour désigner la domiciliation familiale dans le lieu d’origine de la mère ;
  • la patrilocalité pour désigner la domiciliation familiale dans le lieu d’origine du père ;
  • l’uxorilocalité pour désigner la domiciliation familiale dans le lieu d’origine de l’épouse ;
  • la virilocalité pour désigner la domiciliation familiale dans le lieu d’origine de l’époux ;
  • le matriclan et le patriclan où l’intégration claniste des membres se fait respectivement selon une filiation matrilinéaire et patrilinéaire ;
  • l’andrarchie, l’androcratie, le patriarcat, ou la patriarchie comme régime social où l’autorité et le pouvoir est hégémoniquement exercé par les hommes, les pères de famille ;
  • la gynarchie, la gynocratie, le matriarcat ou la matriarchie comme régime social où l’autorité et le pouvoir est hégémoniquement exercé par les femmes, par les mères de famille.

Par ailleurs, il a parut intéressant de réaliser une analyse statistique des termes dérivés des adjectifs du français répertoriés dans le Wiktionnaire, de l'ordre de 64 000 entrées[37], précédés du mot genre. Il est ainsi possible de comptabiliser le nombre de résultat de requêtes sur des termes allant de genre aalandais à genre zyphodonte, en passant par genre interprétatif. Pour la présente recherche, seul a été retenu le décompte du nombre de résultats sur Persée, portail de revues scientifiques en sciences humaines et sociales en libre accès. Ce choix a été opéré pour limiter le nombre de résultats hors champs de la présente recherche.

Sans trop de surprise, la plupart de ces requêtes ne retournent aucun résultat : seul 12 % conduit à au moins un résultat[N 6]. Une vingtaine de termes renvoient des plus de 220 000 résultats, lié uniquement à une anomalie du moteur de recherche[N 7]. Vient ensuite la notion de genre littéraire, avec 14 150 occurrences. Cette prééminence s’aligne bien avec la thématique du portail, mais est clairement hors champs de cette recherche. Le genre humain avec ses 9932 occurrences est plus pertinent, même si dans la plupart des cas l’expression n’est que marginalement lié au sujet de la grammaire. Une dizaine d’entrées suivantes s’avèrent hors champ, voir des résultats anomales du moteur. Suivent genre masculin avec 1 364 occurrences et genre féminin avec 1 327. Le terme genre grammatical arrive bien plus loin dans ce classement avec 707 occurrences.

Le genre spécifique, avec 557 occurrences, constitue la première catégorie ressortant de cette approche qui est subjectivement jugée intéressante à explorer sous la perspective grammaticale. Sur ce même critère de pertinence pour le présent sujet d’étude ont paru particulièrement saillant parmi les termes renvoyant plus de 90 résultats : le genre traditionnel, distinctif, spécial, divers, propre, noble, hybride, commun, constituant, neutre, considératif, mixte, fort, déterminé, dominant, dominé, délibéré, didactique, épidictique, descriptif, figé, choisi, varié, typé, précis, analysable, essentiel, autonome, genré, social, apparent, animé, adopté, appellatif, supposé, premier, relevé, figuré, intérieur, impliqué, intermédiaire, sexuel, animal, mâle, métis, endémique, suprême, caractérisant, consacré, fondant, secondaire, égal, indépendant, illustratif, académique, formel, liant, explicatif, voilé, naturel, réputé, rapportable, caractéristique, opérant, marqué, possédé, indicatif, démonstratif, second, opposé, fondamental, conservatif, analogue.

L'ensemble des 7 830 termes ayant au moins une occurrence est fournie en annexe, y compris le nombre de résultats associés. En terme de distribution, la majorité des requêtes retournent moins de 20 résultats : plus précisément 6407 sont dans ce cas, soit prêt de 82 %. Les termes fournissant plus de 90 résultats comme ceux présentés au paragraphe ci-dessus se limitent à 472 cas, soit 6 %. De fait dans 90 % des cas avec au moins un résultat, il y en a au total moins de 49. Les cas de résultat unique sont au nombre de 1706 soit 22 %.

Cette approche statistique ne permet certes pas de conclure avec précision du nombre de catégories que la littérature emploie strictement au sujet du genre grammaticale, mais même en ne retenant ne serait-ce qu’1 % de cette masse de résultats, il faudrait s’attendre à près de 80 catégories pertinentes pour distinguer les nuances du genre linguistique. Cela dépasse de très loin la demi-douzaine qui est généralement proposé au grand maximum dans le traitement de ce sujet. Même les approches en classe nominale qui sont souvent bien plus pléthorique n’atteignent généralement pas la moitié de cette ampleur. Sur une revue des 1 473 entrées de plus 20 résultats, 552 semblaient intéressante à enquêter dans leur emploi potentiel en analyse grammatical, soit 37 %[N 8].

Un second lot de requête a été exécuté sur ces 552 termes, en y adjoignant simultanément le terme grammaire comme critère de recherche. Cette fois seuls 4 résultats ne trouvent aucune correspondance, mais tous baissent significativement en quantité. Ainsi bien que genre littéraire et genre humain restent en tête, ils chutent respectivement à 3 366 et 2 161 occurrences. Cela correspond à des réductions de 76 % et 78 % par rapport à la même recherche sans le critère du terme grammaire. La médiane est à 14 résultats, avec 292 termes qui en atteignent le seuil soit approximativement la moitié. Il faut noter que cette médiane est un peu biaisé par les mécanismes du moteur de recherche qui opère des correlations de proximité lexicale. Par exemple pour les adjectifs déterminable, déterminant, déterminatif, déterminé, et déterministe le moteur fournit toujours les mêmes 97 résultats. Le neuvième décile est fixé par le seuil de 69 occurrences, au-delà duquel il reste 56 termes.

Liste des 56 premiers adjectifs jugés d’intérêt, triés par nombre d’occurrences sur Persée avec comme critère un couplage à genre et la présence complémentaire de grammaire
Terme Résultats Terme Résultats Terme Résultats Terme Résultats
littéraire 3366 commun 147 déterminatif 97 ancien 80
humain 2161 scolaire 135 déterminé 97 épidictique 79
masculin 615 traditionnel 131 déterministe 97 relatif 77
masculiniste 615 propre 129 d’usage 92 choisi 76
féminin 514 noble 113 constituant 89 écrit 76
grammatical 423 animé 105 constitué 89 dominant 74
narratif 384 distinct 105 mixte 89 dominateur 74
nombrant 322 distinctif 105 défini 88 dominatif 74
nombré 322 oral 105 classique 85 dominé 74
neutre 213 délibératif 103 spécial 85 varié 74
spécificatif 178 didactique 103 spécialiste 85 représentateur 72
spécifique 178 hybride 100 considératif 83 établi 70
simple 167 déterminable 97 fort 81 rhétorique 70
divers 166 déterminant 97 majeur 81 premier 69

Si le parcours de ce haut du panier permet de se faire une idée plus ou moins raisonnable des qualificatifs de genre les plus employés dans la littérature ayant trait à la grammaire, cette liste ne saurait évidemment ni borner ni suffire à définir les catégories de genre grammatical pertinentes à approfondir dans la présente recherche.

De manière générale l'adjonction d'un adjectif à genre conduit à deux types de terme : ceux désignant une catégorie spécifique, comme genre féminin, et ceux désignant une typologie pouvant grouper plusieurs catégories, comme genre morphologique. Certaines classes peuvent évidemment opérer à double titre par polysémie. Ainsi le genre sexué pourra regrouper, entre autres, genres hermaphrodite, femelle, et mâle, mais également servir directement de catégorie. Un être vivant pourra possiblement être typé en genre sexué par transitivité avec la définition du désignant, mais ça ne sera pas le cas d’une pierre ou d’un nombre. Évidemment rien n’empêche le locuteur d’attacher un genre sexué aux soddos, stèles phalliques éthiopiennes, aux Sheela Na Gig, sculpture figurative féminine des îles Britanniques, ou encore de rattacher 2 à femelle et 3 à mâle à l’instar des pythagoriciens[38].

Pour aller plus loin sur la notion de genre elle-même, il est conseillé de se reporter aux références concernés[39][40][41][42].

Lemme grammatical sur le genreModifier

 
Dans les Gorges de la Lemme, un flux fait son chemin

Les catégorie exposées ci après offre très nettement les distinctions observables qui existent entre nomenclature grammaticale et les différents niveaux de catégorisation qui ont été proposé dans la typologie linguistique précédemment exposée distinguant genre énonciatif, connotatif et référentiel.

Si une dichotomie sémantique plus ou moins nettement définissable peut être supposé à l’origine des effets syntaxiques observables dans les énoncés, ces deux plans linguistiques se montrent à tout le moins propres à une dissociation pragmatique que la plupart des grammaires n’explicitent pas par une autonomisation terminologique, préférant un maintien de l’ambiguïté qui ont l’avantage de les inscrire dans la continuité d’autres analyses historiques.

Sans aller jusqu’à mettre en doute l’interférence entre des plans qui peuvent assurément se recouper de manière plus ou moins prégnante en fonction des situations, il paraît ici approprié d’affirmer que :

toute grammaire usant d’une notion de genre sans en préciser les modalités superpositionnelles introduit plus d’équivoque que de clarification.

Catégories de genres grammaticauxModifier

Cette section vise à répertorier les termes de catégorisation qui ont un usage plus ou moins répandu en tant que valeur possible affectable au genre grammaticale. Elle vise plus à fournir un tour d’horizon des pratiques qu’une description exhaustive de chacune de ces catégories.

AmbigèneModifier

 
Epepeotes ambigenus s’est vu assigné ce nom pour une raison qui paraissait sûrement pleinement valable à Louis Alexandre Auguste Chevrolat quand il l’a choisi en 1841[43].

Timoc-Bardy Romana emploi le terme de genre ambigène dans Pluralité et catégorisation en qualifiant de substantifs ambigènes du roumain les noms passant d’un masculin singulier à un féminin pluriel, sémantique qui se retrouve dans d’autres emplois similaires[44][45][46][47][48]. Cette catégorie peut donc ce définir comme :

👉 genre grammatical qui suit une variation par l’interférence de considérations sémantico-syntaxiques tierces, comme la variation en nombre dans le contexte d’emploi.

Marina Yaguello pour sa part l’emploi pour qualifier des proposition de pronoms alternatifs en anglais visant à couvrir les deux genres exprimé usuellement par he et she, comme le thon de Charles Converse proposé en 1889, les triplets nominatif, accusatif et génitif she, herm, heris de Dana Densmore en 1970, précédent celui de Miller et Swift tey, tem, ter en 1972[49]. En ce sens le terme recouvre donc le même sens que celui de genre hybride décrit ci-après.

Le terme et ses pendants allemands et latin ambigen et ambigens trouve par ailleurs des emplois plus ou moins proche des précédents dans la littérature spécialisée[50][51][52][53][54][55][56][57][58].

AmbiguModifier

 
Parfois retourner un problème en sens inverse peut laisser dans le même état de perplexité…

Léon Fleuriot en 1985 dans son Essai d’interprétation analytique décrit le mot gaulois ualentos comme un génitif d’anthroponyme de genre ambigu[59]. Michel Lejeune lui emploi genre ambigu pour qualifier le cognomen Gemma et le suffixe -āti-[60][61]. Jacques Chaurand pour sa part indique que le en picard est d’un genre ambigu[62]. Corinne Jouanno nous rappelle en 2009 que Michel Psellos désigne Favorinus d'Arles comme sophiste au genre ambigu, par allusion voilée à son androgynie[63].

Certains n’hésitent pas à utiliser la qualificatif d’ambigu pour définir le genre épicène sans autre forme de précision[64]. Martha Keil pour sa part précise qu’il permet de qualifier des noms qui ont été vraiment portés par des hommes comme par des femmes[65] et en ce sens en fait un simple homonyme d’épicène.

D’autres explorent des approches nettement plus sociologiques qui l’associent au résultat de diverses formes de transgression des catégories de genre stéréotypiques, par exemple dans les représentations de figures divines[66]. Où dans des enjeux sociétaux plus directs comme qualificatif de l’identité des veuves : leur autorité étant respectée quand elles adoptent légitimement des rôles masculins, tout en étant limitée par des règles qui défavorisent systématiquement les femmes[67]. Rachel Baker généralise un peu plus en le mettant en lien avec la manière dont l’identité se construit à partir de clichés et d’instantanés renvoyés par l’entourage immédiat et la société[68]. Et Luca Paltrinieri enfonce le clou en l’utilisant pour qualifier la société elle même comme concept oscillant entre système machinal et organisme vivant[69].

Ces quelques attestations éparses ne permettent pas de dresser un portrait clair des invariants pouvant décrire un genre ambigu nettement identifié et homogène, ou pour reprendre les mots de Paul Delbouille sortir celui-ci d’un genre ambigu dont la définition est encore aujourd'hui vague et incertaine[70] : il se révèle tout au moins autologique.

Le terme de genre ambigu est de fait très majoritairement plutôt employé en dehors de tout sens de catégorie grammaticale, pour désigner notamment des styles littéraires ou autre à la frontière de deux canons établis.

Pour aller plus loin, sur des plans qui excèdent les frontières de la présente section il sera possible de consulter d’autres ressources afférentes au genre ambigu dans divers emploi[71][72][73][74][75].

AniméitéModifier

Les théories linguistiques contemporaines présentent l’animéité comme le critère originel de discrimination par genre grammatical, tout au moins pour les langues indo-européennes[76]. Toujours selon cette vue consensuelle, cette structuration du genre distingue donc l’animé et l’inanimé. L’animé comprenant lui-même les sous genre féminin et masculin, et l’inanimé portant le sous-genre neutre.

 
Le cosmos est-il une entité animée douée d'une raison consciente et soucieuse d’esthétique ?

Étymologiquement, animé dérive du latin ănĭma : souffle, vent, exhalaison, provenant lui-même de l’indo-européen commun *anə- : respirer[77]. Ce dernier donne aussi en latin animus : esprit, âme, et halo : exhaler une odeur ; le grec ancien anemos/ἄνεμος : vent, agitation de l’âme ; le protoslave *vonja ; le tchèque vůně : odeur ; le russe vonʹ/вонь : odeur forte. Par ailleurs le français animal vient du latin homographe animal : être vivant, être animé, créature, animal, qui dérive lui aussi de anima.

ℹ️ Toute spéculation sur une manière exogène de concevoir le monde, et de l’impact d’une telle représentation sur le langage et sa grammaire sera de toute évidence au mieux à accueillir avec un scepticisme bienveillant. Même pour une personne, tel Ahmadou Kourouma, qui s’est vue bercée dans une culture animiste et francophone contemporaine, le lexique francophone ne peut retranscrire qu’improprement les représentations mentales correspondantes[78]. Le lectorat est donc invité à user de son esprit critique et à évaluer avec circonspection les idées présentées ci-après : indépendamment du sérieux de leurs expressions, elles ne saurait établir une correspondance certaine aux croyances et pratiques effectives, et de surcroît à la conscience représentationelle qui s’y rapporte, de peuples depuis longtemps disparus et n’ayant laissé aucune trace écrite.

Bien sûr en synchronie le terme animé peut évoquer l’aptitude autonome pour un objet d’impulser des mouvements, dont son notamment les êtres vivants. En terme de catégorie de genre grammatical il découle cependant assurément d’un terme qui renvoie à l’âme de cet objet plus que d’une manifeste motilité. Sous une perspective animiste, paradigme métaphysique qui à eu court dans les cultures qui ont forgé les langues indo-européennes, le fait de distinguer ce qui à une âme de ce qui n’en a pas, n’offre pas une correspondance forte entre genre énonciatif et genre référentiel. Si, pour l’anisme, tout objet désignable porte une âme[79], alors une correspondance grammaticale dans un paradigme de l’animéité devrait classer tout référant à des objets concrets comme animé. Poussée dans leurs degrés les plus totaux, une perspective moniste — l’un de l’âme du monde est partout diffuse — ou omniste — chaque objet appréhendable est doué de son âme propre — les catégories dualistes sont infondables.

 
Dans une représentation pananimiste, même la roche, les nuages, le ciel et la lune relèvent de l’ánemos sacralisé.

La littérature utilise aussi bien le terme inanimé que non-animé comme nom s’opposant à l’animé. Si cette diversité de nom peut paraître anodine, la synonymie est en fait bien loin de se recouper dans des correspondances sémantiques équivoques. Le premier, inanimé, lexicalise de manière intégré, plus propre à conféré une autonomie sémantique. Le second, non-animé, construit par composition, renforce morphologiquement l’explicitation sémantique d’un lien d’interdépendance et de subordination à l’animé. Ces remarque sont évidemment tout aussi valables pour les autres noms de catégorie construits via ces différents moyens d’opposition morphologique.

Si l’animisme, ou tout moins la notion d’âme, ne fournie pas le critère discriminant de l’animéité, il reste à chercher dans une analyse comparative comment en contre partie de fournir à l’animé ses bornes fondatrices, l’inanimé se voit pourvut d’une existence propre pourvu de son évolution autonome bien qu’inextricablement liée.

De là il n’est pas étonnant de constater une répartition du genre qui ne suive pas de logique unique claire. Ainsi en algonquin, le genre animé concerne toutes les vies animales, ce qui suit directement la logique déjà explicitée se calquant sur l’aspect biologique. Les Algonquins emploi ce même genre pour ce qui a de l'importance dans leur système de valeur culturel. Cela comprends par exemple arbres, arcs, astres, avirons, certains fruits, la glace, la neige, peaux, pipes et tonnerre. Les hommes entrent également dans cette catégorie. Quant au genre inanimé, il concerne tout ce qui considéré sans vie ou de peu d'importance pour le peuple autochtone algonquien comme un avion, un canon, un château[80].

Il y a donc via l’animéité de l’algonquin infusion d’un prestige qui dépasse le cadre — supposé originel — de la dignité accordé initialement aux animaux. Ce glissement sémantique, ou en mettant de côté l’idée d’originelité, cette flexibilité conceptuelle, est également pleinement opérante en français contemporain. Par exemple dans une métaphore telle transformer une œuvre au point de la vider de son âme, ce qui est signifié c’est que l’œuvre est vidé de la cohérence constitutive de l’affection qui lui est porté et d’un potentiel prestige social qui lui correspond.

BinaireModifier

 
Au milieu de l’éblouissante lumière d’une étoile binaire, une planète entière peut facilement passé inaperçu…

Une classification binaire du genre advient lorsque son système n’admet plus que deux catégories : en ce sens il ne s’agit donc pas d’une catégorie de genre, mais d’un qualificatif qui s’applique au système de genre lui-même. C’est pas exemple le cas du Danois ou seul le commun et le neutre sont considérés comme de mise dans les grammaires classiques[81]. C’est également le cas en français pour les grammaires qui ne retiennent que le féminin et le masculin. Il faut noter que l’appellation de genre binaire, même quand elle reste dans le champ linguistique, n’est pas nécessairement en lien avec le genre grammatical des substantifs qui sont analysés ici. Ainsi Jean-Blaise Grize en 1982 fait appel à la notion de genre binaire dans une analyse classificatoire des verbes, qu’il distingue du genre ternaire[82]. Il s’agit en fait d’un glissement catégoriel depuis l’analyse des systèmes où ces termes se développent plutôt dans le domaine de la logique sous le plan sériel unaire, binaire, ternaire, quaternaire, quinaire, et ainsi de suite.

Le terme binaire est aussi largement employé pour référer aux systèmes ayant rapport aux traits sexuels où il s’oppose volontiers au non-binaire ou multiple qui intègre des altérités comme les identités socio-psychologiques agenre et transgenre[83][84][85][86][87][88][89][90]. Certains textes précises d’ailleurs en utilisant le terme de système sexe-genre binaire, qui se retrouve aussi sous la graphie système sexe/genre binaire[91][92]. D’autres le mettent en parallèle de la notion de genre bispirituel[93]. Ces acceptations sont traités dans la section dédiée aux genres sexuant, sexué, sexualisant et sexualisé.

ℹ️ Une revue de l’état de l’art en 2021 ne semble donc pas dégager de genre binaire en tant que catégorie grammaticale telle qu’analysé ici.

BiotiqueModifier

 
Le virus Ebola a-t-il une âme ?

Raoul de La Grasserie nomme genre biotique plus ou moins ce qui se nomme souvent par ailleurs animéité[94]. Cela étant, le distinguo terminologique peut aussi servir à une distinction sémantique. Car en pratiques pour les langues usant de l’animéité, comme exposé dans les sections précédentes, tout ce qui vie n’est pas grammaticalement classé dans l’animé, et tout ce qui est abiotique n’est pas classé dans le non-animé. Pour la majeure partie des noms d’animaux par exemple, le français s’analyserait comme attachant le trait non-animé[2], bien qu’ils relèvent sans conteste du biotique.

Au biotique peut être opposé l’abiotique sur le plan biologique, et le genre chosatif[95] sur celui de la catégorie de genre personnel.

En 1988, dans Le genre dans les noms d'animaux, Jean Dubois rappelle combien la distribution du genre vivant sur l’axe féminin et masculin est tributaire de la relation qu’entretien l’humain à ces êtres : boucherie, chasse, compagnie, culte, culture, domestication, élevage ou autre[96]. Il expose par ailleurs des distributions du genre sur un répertoire de 125 000 entrées, dont 7 889 noms d’animaux soit 6 % du total. Sur ces derniers il indique 1 700 féminins et 6 143 masculins, soit respectivement 21,55 % et 78,45 %. Il pousse l’analyse à un niveau de finesse plus méticuleuse encore, et repère dans son lexique 2 146 noms d’arthropodes, dont 28,42 % de féminin et 71,56 % de masculin, et attribue la différence sensible à des considérations morphologiques plus précisément à l’influence des suffixes, ainsi qu’à l’hétérogénéité des origines étymologiques de ces termes souvent issus d’emprunts aux cultures proches des lieux dont les espèces sont endémiques. Il fait au passage remarquer, en s’éloignant de la considération strictement animale, que si orchidée est féminin, les orchidées ont toutes un nom masculin. Il comptabilise 23 termes masculins incorporant le trait mâle dont la graphie forme une apocope d’un féminin désignant une femelle, comme lapine apocopé en lapin et tigresse apocopé en tigre, soit seulement 0,29 % du lexique considéré.

Ce déséquilibre distributionnel du genre dans le nommage des vivants participe à discréditer les qualificatifs de féminin et masculin comme appellation de ce trait lexicale, tout au moins en première articulation. Jean Dubois fait d’ailleurs remarquer la dérivation suffixale pour désigner les progénitures, sans tenir compte du sexe, mais purement sur des considération de maturation : -on et -eau pour marquer la prime enfance dans autruche/autruchon, aigle/aiglon, bœuf/bouuillon, dindon/dindonneau, là où -et marquerait l’adolescence dans poule/poulet. Il explicite d’ailleurs que ce départage adulte/petit, voir d’une segmentation plus fine dans l’âge, fourni un taux de corrélation plus probant que celui du partage femelle/mâle.

Jean Dubois, sans en considérer son appellation ou sa catégorisation autonome, montre aussi comment le genre biotique peut se compléter d’un genre générique ou sexué en seconde articulation. Il attribue en effet explicitement à mouton un genre générique, qu’il oppose aux genres sexués de bélier, brebis, agneau et agnelle.

Michel Arrivé en 2008 dans Le sexe et la mort dans le langage envisage un genre de la mort, hypothèse qu’il se résout à estimer peu probante eu égards à ses recherches dans les documentations linguistiques qu’il avait pu consulter. En français il relève l’existence de l’adjectif antéposé feu avant de conclure sur un phénomène tout au plus marginal.

CaractérisantModifier

 
Vanité, qui caractérise si bien l'humanité, dont des ruines sont ici lentement renvoyés au néant par la végétation.

Cette section part notamment du couple abstrait et concret, qu’elle groupe sous le nom de caractère, à l’instar du trésor de la langue française informatisé (TLFi). Ce dernier donne également une liste complémentaire de caractères qui s’avèrent pleinement pertinent pour catégoriser des noms : absolu, actuel, aléatoire, arbitraire, artificiel, authentique, contingent, cyclique, exceptionnel, factice, facultatif, irréversible, nouveau, précaire, provisoire, traditionnel, urgent, vraisemblable[97]. Chacun de ces termes peut évidemment donner lieu à des couples constituants, si ce n’est des pôles opposées, tout au moins des bornes nettement éloignés d’un spectre de valeurs :

  • absolu et relatif
  • actuel et virtuel
  • aléatoire et déterminé
  • arbitraire et contraint
  • artificiel et brut
  • authentique et contrefait
  • contingent et nécessaire
  • cyclique et linéaire
  • exceptionnel et régulier
  • factice et adventice
  • facultatif et obligatoire
  • irréversible et réobtenabilité
  • nouveau et désuet
  • précaire et stable
  • provisoire et pérenne
  • traditionnel et exotique
  • urgent et différable
  • vraisemblable et fabulatif

Il s’agit là de couples arbitrairement choisis dans les possibilités des panels d’antinomies correspondant à chaque terme mis en avant dans le TLFi.

Une telle profusion catégorielle n’est assurément pas traditionnelle dans le traitement du genre en français. Sur ce plan, cette approche se rapproche plus du traitement en classe nominale d’autres langues. Elle en diffère en cela qu’elle porte plus une classification sur le référé que le référant. Cette section se consacrera ci-après plus à l’analyse du genre abstrait s’opposant au genre concret, tout en tenant compte que ces propos seraient facilement transposables à d’autres formes de caractères sémantiques telles que ceux listés ci-avant.

Dans une représentation chronologique de la construction cognitive des représentations que se font les individus, le concret arrive préalablement à l’abstrait, dans la mesure où la multiplicité éparse d’expériences concrètes précède la synthèse unifiante dans une abstraction[N 9]. Sur le plan linguistique également, le concret pourrait être rapporté à ce qui peut être directement pointé par des déictique à des objets extra-linguistiques. L’abstrait lui peut être présenté comme arrivant dans un second temps, via un jeu référentiel intra-linguistique. Par celui-ci il sera éventuellement possible de se rapporter vers une réalité extra-linguistique, via une série de dénotation[98]. Plus la série de processus dénotationnelle est longue, plus le niveau d’abstraction est conséquent. Le cycle de dénotation peut-être rendu arbitrairement long, par exemple via des autoréférences récursives, aussi le degré d’abstraction n’est pas proportionnel à la longueur de l’énoncé.

Ainsi dans la situation idoine, je bois ce verre d’eau est un syntagme concret, tandis que je fais le nécessaire pour assimiler ce liquide si précieux à la vie sur terre est déjà plus abstrait, et j’effectue l’action désignée dans les deux syntagmes précédents mis en emphase dans ce paragraphe pousse le niveau d’abstraction encore d’un cran.

Sous cette sous-catégorie de genre caractérisant, il pourrait aussi être placé des propriétés comme le genre fixe, qui s’applique par exemple aux noms métonymiques, génériques, de qualité ou d’état, par opposition au genre variable qui s’applique par exemple aux noms désignant une personne comme un titre professionnel[99].

Par rapport à la présente recherche, ce qui importe est de noter que l’objet référé n’influence en rien le genre caractérisant, en quoi il s’oppose pleinement au genre classifiant discuté ci-après.

Sans qu’elles soient précisément cités précédemment, cette section est redevable à une part plus large des références qu’il sera utile de consulter pour aller plus loin[100][101][102][103][104][105][106][107][108][109].

CulturelModifier

D’amblé il paraît important ici de spécifier ce qui réuni et distingue genre culturel et genre social – ce dernier sera abordé ultérieurement dans une section dédiée.

Les deux notions renvoient en effet à celle de clivage entre caractère inné et acquis. Les deux opèrent via des cadres conventionnels comprenant aussi bien des pans codifiés explicitement, que des pans tacites souvent inconscients.

Elles diffèrent cependant largement par ailleurs. L’individu peut aisément étendre sa culture au-delà des attendus sociaux : dans une certaine mesure il peut s’informer voir s’imprégner de cultures exogènes sans trop de risque. Il pourra beaucoup plus difficilement transgresser des tabous ou faire instituer de nouvelles normes. En particulier, importer une norme sociale est une prouesse autrement plus complexe que de populariser un emprunt culturelle.

Pour illustrer ces affirmations, il n’est pas besoin de s’éloigner du sujet du genre et du sexe. Par exemple, il n’est pas compliqué de s’informer sur la notion de bispiritualité, utilisé par certains autochtones nord-américains pour décrire les personnes de leurs communautés qui remplissent un rôle cérémoniel et social traditionnel de troisième genre[110]. Pour autant, il ne suffit pas que les membres d’une société soient informés de l’existence de cette modalité culturelle pour que la dite société en reconnaisse formellement la légitime pratique en son sein. Pas plus que la publication officielle d’articles scientifiques qui annoncent que l’intersexuation concerne de 1 à 2 % des naissances dans l’espèce humaine n’entraîne automatiquement la ratification d’une reconnaissance d’un troisième sexe sur le plan légal[111]. De fait en 2022, seul une dizaine de pays reconnaissent un statut légal qui ne se borne pas à un système binaire[112][113]. Autre exemple, dans de nombreuses régions le mariage forcé d’enfants reste souvent pratiqué quand bien même il est considéré illégal ou supposé relever de l’exception dérogatoire[114].

La culture, donc, qu’elle se revendique d’inspiration traditionnel ou novatrice, peut souvent se retrouver en décalage avec ce que valide les institutions détentrices du pouvoir civil officiel, souvent dénommés société civil, ou simplement société.

Sur le plan grammatical, un genre culturel sera avant tout une métacatégorie qui désigne les genres qui reflètent un système de classification culturel par une emprunte linguistique. Pour en faire une catégorie de premier niveau, il faut en toute cohérence qu’un trait énonciatif désigne spécifiquement l’appartenance ou l’altérité vis à vis d’une culture de référence. La manifestation de ce type de trait paraît particulièrement compatible avec des cultures claniques et tribales, voir dans des sociétés de caste ou d’ordres. En français, le nous de majesté, le nous de modestie et le vouvoiement peuvent éventuellement être analysé par le prisme d’une telle catégorie, bien que dans ce cas parler de genre social sera probablement plus pertinent.

Pour aller plus loin sur la notion de genre culturel il est recommandé de consulter les autres références croisées pendant les recherches ayant trait à ce thème[115][116][117][118][119][120][121].

ClassifiantModifier

 
Un symbole pour la classe de toutes les luttes humaines en partage ?

Raoul de La Grasserie propose également un genre classifiant, en se référant expressément à ce que font les langues bantous[94], à savoir répartir les référents, ici les noms, selon des propriétés attribuées aux référés, ici les objets désignés : aspect, utilité, etc. Ce genre fournie donc un complémentaire au genre caractérisant précédemment exposé sur le plan de l’analyse référentiel.

Bien que pour rester proche de l’usage, cette recherche maintien une section dédiée pour les genres faisant référence au trait de la sexualité dans un catégorie de premier niveau, il est évident que le genre classifiant pourrait répertorier un sous-genre sexuel, dont le commun, l’épicène, le féminin, le masculin et le mixte formeraient des sous-sous-genre. Et parmi ces genres de troisième niveau, à la suite de Louise-Laurence Larivière il faudrait encore distinguer[99][122] :

  • les noms monosexués, eux-mêmes à subdiviser entre :
    • noms monogenrés à formes distinctes lorsqu’ils pourvoient une forme distincte pour chacun des sexes : une femme et un homme ;
    • noms monogenrés à suffixes distincts, lorsqu’ils sont formés sur une base commune à laquelle est adjointe un suffixe distinct pour chacun des sexes : une amoureuse et un amoureux ;
  • les noms bisexués ou polysexués dont la forme représente deux ou plusieurs sexes, eux-mêmes à subdiviser entre :
    • les noms multigenrés absolutifs[N 10], lorsqu’ils qui ont une seule forme susceptible de ne prendre qu'un seul genre : un individu, une personne ;
    • les noms multigenrés relatifs, lorsqu’ils qui ont une seule forme susceptible de prendre divers genres selon les circonstances : la pianiste ou le pianiste.

L’analyse qu’elle fournie propose un degré de finesse et de classification qui va même encore au-delà en explicitant pas moins de neuf classes sémantiques distinctes pour les noms s’appliquant à des personnes :

Représentation des noms communs de personnes à l'intérieur de classes sémantiques
Classe sémantique Typologie morphologique Description Caractérisation Exemples
Sexualisante Noms monogenrés absolutifs Noms connotativement neutres ou positifs qui ne s'adressent qu'à des femmes. Ces noms sont coutumièrement[N 11] propres à un sexe, généralement par le fait qu’ils soient par définition liés à des caractéristiques biologiques ou excluant socialement sur cette base. féminin :amazone, lesbienne, nonne, nourrice, parturiente

masculin : contralto

Noms connotativement neutres ou positifs qui ne s'adressent qu'à des hommes. féminin : basse chantante

masculin : archevêque, baryton, cardinal, castrat, curé, eunuque, évêque, pédéraste, ténor, vicaire

Noms péjoratifs qui ne s'adressent qu'à des femmes. Ces termes dénotent péjorativement un trait jugé méprisable vis à vis du stéréotype normatif qui le sous-tend. Ils se construisent donc sur une idée de déviance vis-à-vis d’un individu idéal au regard de cette norme sur divers plans : croyance, esthétique, tempérament, religion, sexualité… féminin : cahba, charmouta, garce, gaupe, gouine, gourgandine, morue, putain, sorcière, truie

masculin : bas-bleu, laideron, lorpidon, souillon, tendron, thon, trottin

Noms péjoratifs qui ne s'adressent  qu'à des hommes féminin : frappe, gestapette, gouape, lopette, tantouzeta, pette

masculin : pédé, zemel

Noms monogenrés par bases distinctes Noms inhérents au sexe. Termes pour lesquels il existe un correspondant pour chaque genre, sans que ceux-ci soient morphologiquement associables en synchronie. commère et compère,

confrère et consœur,

dame et seigneur,

femelle et mâle,

femme et homme,

fille et garçon,

fillette et garçonnet,

jeune fille et jeune homme,

madame et monsieur

Parentélaire Noms relatifs aux liens de parenté ou de lignage. Termes pour lesquels il existe un correspondant pour chaque genre, sans que ceux-ci soient morphologiquement associables en synchronie. bru et gendre,

femme et mari,

fille et fils,

frère et sœur,

grand-mère et grand-père

maman et papa,

marraine et parrain,

mère et père,

neveu et nièce,

oncle et tante

Noms monogenrés par suffixes distincts Déclinable dans chaque genre par une alternance morphologique manifeste. aïeul et aïeule,

cousin et cousine,

épouse et époux,

orphelin et orpheline

Occupationnelle Noms monogenrés à suffixes distincts Noms qualifiant les personnes exerçant un métier ou une profession. Déclinable dans chaque genre par une alternance morphologique manifeste. abatteur et abatteuse,

avocat et avocate,

banquier et banquière,

barman et barmaid,

habilleur et habilleuse,

jazzman et jazzwoman[N 12],

laborantin et laborantine,

recteur et rectrice,

zootechnicien et zootechnicienne

Noms multigenrés relatifs Seule les éléments satellites employé conjointement à ces noms, comme un déterminant ou un adjectif, peuvent potentiellement en expliciter le genre référentiel sexualisant. architecte, bibliothécaire, cinéaste, diplomate, ecclésiastique, flexographe, géologue, héroïnomane, interne, jockey, juge, kinésithérapeute, lad, logopède, ministre, naturopathe, orfèvre, peintre, philosophe, pilote, queux[123], reporter[N 13], responsable, styliste, topographe, ventriloque, vétérinaire, vigile, webmestre, xylophoniste, yogi, zoologue[N 14]
Noms monogenrés par bases distinctes Cas le plus rare pour cette classe sémantique. Elle comprend notamment les noms composés où l’un des termes est porteur du trait sémantique femelle ou mâle. femme de chambre et vallet de chambre[124][125],

fille de salle et garçon de salle[126][127]

Rangique Noms monogenrés à suffixes distincts Noms relatifs à des grades ou titres employés dans des domaines sociaux divers : de fonctions, de noblesse, honorifiques, religieux, militairesg, universitairesg[N 15] Déclinable dans chaque genre par une alternance morphologique manifeste. doyen et doyennef,

comte et comtessen,

chevalier et chevalièreh,

moine et monialer,

amiral et amiralem,g,

bachelier et bachelièreu,g

Noms multigenrés relatifs Comme précédemment, en notant qu’il n’existe pas de titres de noblesse ni de titres religieux qui soit ainsi multigenrés. Seule les éléments satellites employé conjointement à ces noms, comme un déterminant ou un adjectif, peuvent potentiellement en expliciter le genre référentiel sexualisant. capitaine, chef[N 16], maître ès arts
Gentiléenne Noms monogenrés à suffixes distincts Noms désignants des gentilés[N 17]. Déclinable dans chaque genre par une alternance morphologique manifeste. Danois et Danoise
Noms multigenrés relatifs Seule les éléments satellites employé conjointement à ces noms, comme un déterminant ou un adjectif, peuvent potentiellement en expliciter le genre référentiel sexualisant. Belge
Qualitativo-statutaire Noms monogenrés à suffixes distincts noms de qualité,

bonnes et mauvaises, ou d'état

Déclinable dans chaque genre par une alternance morphologique manifeste. sain, saine
Noms multigenrés relatifs Comme précédemment, y compris les sacres substantivés. Seule les éléments satellites employé conjointement à ces noms, comme un déterminant ou un adjectif, peuvent potentiellement en expliciter le genre référentiel sexualisant. sans-abri, tabarnac
Générique Noms multigenrés absolutifs Noms qui réfèrent à des personnes indépendamment du sexe sous un unique genre entier. Aucune distinction morphologique dans l’emploi coutumier des termes, même lorsque des syntagmes juxtaposés renseignent sur l’attribution d’un genre quelconque. Coutumièrement féminin :

autorité, connaissance, caution, créature, dupe, notabilité, ouailles, personnalité, personne, relation, victime

Coutumièrement masculin :

ange, ascendant, descendant, être, individu, gens, parent

Métonymique Noms qui ont changé de désignation, référant initialement à une chose, pour en venir à référer à une personne. Coutumièrement féminin :

estafette, étoile, figure, ordonnance, recrue, sentinelle, star, vedette, vigie, Son Altesse, Son Éminence, Son Excellence,

Sa Grâce, Sa Grandeur, Sa Majesté,

Sa Sainteté

Coutumièrement masculin :

as, génie, modèle, phénix, quartier-maître, Son Honneur, Votre Honneur;

Péjorative Noms qui constituent généralement des insultes et tout au moins connotant un trait dépréciatif ou négatif dans leur désignation initiale[N 18]. Coutumièrement féminin :

andouille, brute, canaille, crapule, fripouille, mauviette, sainte nitouche

Coutumièrement masculin :

assassin, bandit, brigand, charlatan, despote, escroc, filou, goinfre, monstre, saligaud, voyou

Pour aller plus loin, il sera pertinent de consulter les références afférentes notamment sur le sujet du genre dans les noms de métiers[128][129][130][131][132][133][134][135].

CommunModifier

 
Outre une hypothétique nature humaine, le monde qui nous est commun.

Le commun se place traditionnellement comme une réunion de plusieurs autres genres présents en synchronie, typiquement pour désigner un groupe hétérogène dont les référents en contexte sont féminin et masculin. Cependant Nicolas Durnovo, dans le cadre de son étude sur la catégorie du genre en russe moderne, défini le genre commun comme celui des substantifs qui ne sont pas des noms de personnes du sexe masculin[136]. Et dans certaines langue comme le danois, le commun à pleinement absorbé féminin et masculin, aussi il s’y oppose uniquement au neutre. Ces exemples montrent que si le commun émerge dans une approche explicitant l’hétérogénéité des référents en dépendance complète de l’existence d’autres genres, elle s’autonomise plus au moins de ce cadre.

À noter que le commun est la première catégorie de genre traité ici issue de l'exposé classique généralement attribué à Denys le Thrace :

Il y a trois genres : le masculin (arsenikón/ἀρσενικόν), le féminin (thēlukón/θηλυκόν) et le neutre (oudéteron/οὐδέτερον). Certains en ajoutent deux autres : le commun (koinón/κοινόν) et l'épicène (epíkoinon/ἐπίκοινον).

Le commun rivalise évidement avec l’individuel, mais plus précisément dans le cas du genre grammatical, sur la distinction d’inspiration sexuelle. Et ce, même quand par ailleurs cette distinction est globalement absente dans le genre énonciatif d’une langue sous un plan synchronique.

Patrizia Violi présente pour sa part une analyse en double articulation[17] :

  • d’une part la construction de négation d’un classifiant ;
  • et d’autre par la superposition de plusieurs genres en un seul.

Cette analyse est reprise et complété ci-dessous par un attribut origine évalué à l’aune des catégories grammaticales exposées par ailleurs dans la présente recherche :

Relation entre commun, féminin, masculin et neutre dans l’analyse de Patrizia Violi
origine genre
caractérisant superposant directement les classifiants commun
classifiant sexuel féminin masculin
négation du classifiant non-féminin non-masculin
caractérisant superposant les négations des classifiants neutre

La principale leçon qui peut être tirée de cette analyse c’est l’éclairage original qu’apporte une perspective ajoutant une dimension supplémentaire à l’analyse du sujet. La proposition originale n’intègre pas le cas de l’épicène, dont le sujet est traité ci-après.

DoubleModifier

 
La trajectoire dessinée par un pendule à double articulation peut être parfaitement modélisée par des équations linéaires, mais la position exacte du point du tracé pour un moment futur diverge rapidement de toute formulation spéculative connue.

Sur le plan étymologique, double vient du latin dūplus, de même sens, construit par juxtaposition duo : deux et plus : au même sens, une quantité accrue en tant que comparatif de multus.

Boris Ottokar Unbegaun en 1947 dans Les substantifs indéclinables en russe indique constater un accroissement des noms de genre double, par exemple féminin et neutre, dans la langue russe d’alors[137].

Ivan Hryhorovyč Matvijas[138] en 1965 fournie une étude des substantifs qui apparaissent sous un genre double ou qui offrent différentes formes pour le même genre en ukrainien dans Досл. з укр. та рос. мов[139].

Nina Catach en 1973 dans Que faut-il entendre par système graphique du français? qualifie de genre double les adjectifs finissant en é, i, u, c, d, f, g, l, n, t, s, t et x qui utilisent l'e final comme forme canonique du féminin[140]. La même année Hubert Séguin, dans Le genre des adjectifs en français, indique que sous son analyse, nonobstant quelques exceptions tels les syntagmes figés, tous les adjectifs ont le genre double[141]. En cela il faut entendre que la quasi-totalité de ces adjectifs sont disponibles simultanément sous genre féminin et masculin, avec ou sans variation dans les formes écrites et orales. Si dans le cas de l’adjectif, le fait que le genre lui soit extrinsèque et imputé contextuellement par un nom plus ou moins explicite, cette possibilité de genre multiple se trouve de fait également dans les noms eux-mêmes, bien que plus rarement. Pour les noms concernés, il y a certes plusieurs cas à préciser. Si le doublet peut potentiellement relever de l’usage arbitraire, comme dans après-midi, il peut aussi apporter des variations sémantiques allant de la simple nuance, comme dans amour, jusqu’à un changement complet de sens, comme dans espace ou œuvre. Certainement aussi, pour les termes épicènes, en particulier pour les cas où ils réfèrent à des personnes, les stéréotypes peuvent interférer avec le sens, alors que par ailleurs la même définition devrait suffire à préciser la sémantique indépendamment du genre lexicale ou référentiel. Dans de rares cas, la syntaxe aussi peut être mêler à la détermination d’un genre double, comme le rappel Suzanne Pons-Ridler dans sa synthèse Orthographe: pourquoi être plus royaliste que le roi !, où elle synthétise entre autre André Casteilla et Jean-Louis Bouttaz[142].

Louis Basset dans son analyse de 1994 intitulée Platon et la distinction nom/verbe propose une traduction original du philosophe grec où, plutôt que celle employant la formule deux genres de signes, il donne un genre double de ce qui sert à signifier la réalité[143]. Ici le genre est utilisé pour qualifier une distinction entre types de mot dans le discours dans une granularité moins fine que le substantif, et faire le pont entre classe nominale et verbale. Par ailleurs ces deux classes se retrouvent encore couramment amalgamés dans certains emploi du mot verbe lui-même, dans des énoncés tel « Nous cherchons ici à passionner par le ressac de la redite et non à convaincre par le verbe »[144].

Nicole Pradalier, dans l’homme et son genre publié en 2012, utilise le terme de genre double qui frise l’allusion au terme d’agent double en indiquant que sous la pression du genre référentiel, la dynamique de l'épicénie permet de passer du genre unique et arbitraire au genre double et motivé[57].

Cette section ne tiens pas compte du genre double compris dans la série des genres qualifiant une métrique, , c’est à dire qui sont utilisés dans l’analyse de la versification, dont d’autres membres égal, où le genre double accompagne ceux dit dactylique, épitrite, péonique ou sesquialtère. Ils ne font évidemment pas référence à un genre grammatical[145].

DouteuxModifier

 
Il s’agit là probablement d’un Trèfle douteux, bien que celui-ci soit souvent confondu avec la Luzerne jaune qui se différencie par une petite pointe au bout des folioles.

Jacques Chomarat emploi le terme de genre douteux, à la suite de Laurent Valla, qui l’utilise pour référer aux noms pour lequel l’usage hésite[146]. Le terme est également employé de façon plus ou moins persistante à travers la littérature philologique[147][148][149][150][151][152][153]. Il rejoint donc le terme de genre double, en insistant sur une double incertitude plutôt qu’en établissant une double acceptation. D’autant qu’étymologiquement, douteux dérive du latin duo : deux et habeō : posséder, contenir. Évidemment dans les langues ayant plus de deux genres, rien n’empêche l’emploi du terme genre douteux sur plus de deux catégorisations possibles.

ÉpicèneModifier

 
Tous les genres ne bénéficient pas d'une symbolique dédiée à l'instar de l'épicénie.

Clerico Geneviève, dans son Ellipse et syntaxe de concordance chez quelques grammairiens classiques de 1983, rappel l’étymologie epíkoinos/ἐπίκοινος : sur-commun, et rapporte la définition suivante[154] :

Sous un seul genre, qui est celui de la terminaison, un mot épicène comprend les deux espèces soit qu’on parle du mâle ou de la femelle sans toutefois les déterminer [ex. agricola ; en fr. professeur]. C’est le genre commun dans lequel l’un des deux l’emporte.

Autrement dit, en ce sens l’épicène part de la même problématique que le commun de désignation d’un groupe de désignants hétérogènes sur le plan du genre, mais au lieu d’introduire un nouveau genre grammatical pour ce cas, il réemploi l’un des genres existants. La pratique de l’épicène est donc possible dès lors qu’il existe au moins deux genres, et il paraît donc envisageable d’avoir une telle pratique dans une langue ayant par exemple uniquement le genre commun et neutre. Cela peut notamment en ce sens qualifier la pratique en français d’employer le genre couramment dit masculin pour regrouper des genres hétérogènes comme dans la phrase les éléphants et les girafes se rejoignirent et ensemble ils se dirigèrent vers la savane.

En français il est commun de qualifier un nom d’épicène lorsque celui-ci peut s’employer sous la même forme aussi bien au féminin qu’au masculin. Par exemple philosophe peut s’employer sans variation morphologique aussi bien dans Hannah Arendt est une philosophe que dans Épicure est un philosophe, contrairement à des noms variant en genre comme penseur et penseuse ou théoricien et théoricienne.

Ces deux acceptations se rejoignent donc dans l’absence d’introduction de formes différenciées.

ÉquivoqueModifier

Étymologiquement le terme dérive du latin aequivocus, de même sens, composé de aequus : égal, juste, plat, uni et de vox  : voix, son, modulation de la voix, accent, bruit, parole, mot, discours, sentence, maxime, langue, idiome.

Les dictionnaires usuels donnent les définitions suivantes, bien qu’aucune ne soit indiquée spécifique au genre grammatical :

Qui peut revêtir plusieurs significations. […] Qui est de nature incertaine et peut s'expliquer ou s'interpréter de diverses façons. Quasi-synonyme indéterminable, mystérieux, secret. […] Qui appartiennent à plusieurs affections et dont la présence ne suffit pas à établir un diagnostic […] Double sens ou sens multiples d'un mot choisi en raison ou en dépit de son aptitude à prêter à des interprétations diverses[155].

Qui peut s'interpréter de plusieurs manières, et n'est pas clair. […] Qui peut s'expliquer de diverses façons. Caractère de ce qui prête à des interprétations diverses[156].

Se dit d'un signe, d'un énoncé susceptible de plusieurs interprétations […] Se dit d'un fait, d'un phénomène malaisément définissable ou explicable, d'une nature douteuse […] Possibilité d'interpréter diversement un énoncé, un mot […] Ce qui manque de clarté, est susceptible d'appréciations diverses, de créer la confusion[157].

Entropie conditionnelle de la réalisation de messages déterminés par une source de messages lorsque l'on connaît les messages reçus par un collecteur de messages relié à la source par une voie spécifiée.  […] L'équivoque est la moyenne par message de la quantité d'information supplémentaire qui doit être fournie à la source de messages pour corriger les messages reçus après leur altération par une voie affectée de bruit[158].

Au passage, le bon mot de Willem de Clercq en 1811 mérite d’être cité ici :

C'était fort gai mais selon la gaieté des Français qui dégénère vite dans le genre équivoque ou profane[159].

Dans l’œuvre collective Grammaire des langues romanes, publié en 1890, ses auteurs emploi ce qualificatif comme suit :

La langue maintient donc avec rigueur la distinction des genres; et comme, au plu- riel, on trouvait -e dans beaucoup de masculins de II, -url dans d'autres masc. de II, III, -J dans quelques-uns de II, III, puis -e dans la plupart des fém. de I, -î dans quelques-uns de I et dans tous ceux de III, il était tout naturel d'accorder aussi peu à peu (42) à -/, désinence unique des fém. de III, la prédominance pour les fém. de I, ce qui s'effectua dans la mesure où V-e, de genre équivoque, gagna la préséance parmi les masculins[160].

Avec un peu de recul, il paraît assez flagrant que le terme de genre équivoque à jusque là été très peu utilisé par les grammairiens, qui pourtant se déchirent régulièrement dans des interprétations les plus diverses sur ce qui circonscie son réseau sémantique, sur ce qui constitue ses origines et son rôle dans la langue et sur l’importance qui peut lui être imputé d’un point du vue linguistique dans les relations interpersonnelles et sociétales.

Pour aller plus loin dans l’équivoque, les ressources suivantes qui en font également usage pourront être consultées[161][162][163][164][165].

FémininModifier

En 1930 dans La chronologie des langues indo-européennes et le développement du genre féminin, Antoine Meillet rappelle que[166] :

l'opposition des genres «  animé  » et «  inanimé  » est essentielle à l'ancien indo-européen. […] L'opposition du masculin et du féminin n'est qu'une subdivision du genre « animé  ». […] le latin ne distingue pas les deux sous-genres de l'animé dans une grande partie des adjectifs […] et rien n'indique que cette absence de distinction résulte d'une confusion relativement récente.

Il y indique aussi une association du genre féminin à :

  • la classe biologique femelle, qui elle même introduit l’opposition sous le plan des sexes ;
  • la notion de réceptivité.

Il y présente également des considérations sur les quelques cas où vis-à-vis des autres catégories de genre supposées de l’indo-européen le féminin viendrait subdiviser l’animé, avec *-â- s'opposant à *-o- dans les adjectifs, tandis que le type en *-yâ- ferait de même pour les noms, notamment des noms d’agent. Sous cette perspective la notion de féminin conjuguerait donc la double charge de l’actif et du passif :

  • en tant que facteur d’introduction d’une distinction linguistique elle serait, à l’instar de l’animé, une impulsion modelant les représentations ;
  • en tant que signification connotative elle projetterait une sémantique de la forme inertielle attendant d’être modelé par des forces exogènes.

Sur le plan étymologique féminin dérive, sans trop de surprise, du latin femininus de même sens qu’en français pour la biologie et la grammaire. Il est lui même formé, via le suffixe adjectival -inus, sur le terme femina, qui désigne la femelle, la femme et le genre féminin, et dont les origines indo-européennes incertaines génère diverses hypothèses, dont celles qui lui rattachent des racines assignées du sens de celle qui enfante, ou celle qui allaite.

De plus, André Martinet en 1956 soutient l’hypothèse que des mythologies féminisantes de la terre fertile serait plus une conséquence d’une contrainte linguistique qu’une source modelante de la langue, ce qui n’empêche pas par exemple Patrizia Violi en 1987 de conclure en le citant qu’en synchronie le genre féminin coutumièrement attribué à lune en français paraît aussi arbitraire que prompt à activement influer les représentations des locuteurs par des biais symboliques ou métaphoriques[17][167].

Parmi les traits souvent cités comme influençant un supposé modèle socio-sémantique influençant le genre grammatical féminin se trouvent les qualificatifs suivants : docile, obéissante, passive, sentimentaliste[168][169]. Sur le plan sociologique, la féminité est notoirement rattachée à une dualité partagée entre figure de la pureté et de la souillure, condensées dans les rôles archétypes de la maman et la putain[170]. En comparaison le masculin semble d’une monotone unicité interne, dénué de tout antagonisme qui caractérise si fantastiquement la pensée humaine. Le masculin Cependant en terme de répartition du lexique sur des traits sémantiques, c’est seulement le nom des disciplines qui semble montrer une extrême prédominance féminine. L’aggressivité, la brutalité, la colère, la détermination, l’efficacité, la force, la guerre et jusqu’au zèle en passant par la puissance, et la violence autant de termes féminins que le stéréotype associe volontiers au masculin. Bien sûr y répondent l’antagonisme, le sévice, le courroux, le cran, le rendement, le muscle, le carnage et jusqu’au fanatisme en passant par le pouvoir et le déchaînement. Les termes féminins sont souvent intuitivement perçus comme plus abondant dans le vocabulaire abstrait, ce que Michel Roché confirme pour ceux issus du fond ancien, tout en nuançant par le constat d’une tendance a une perte de terrain dans la production terminlogique contemporaine[2].

Traditionnellement dans les grammaires françaises le féminin, lorsqu’un substantif est déclinable en genres, est présenté comme un genre dérivé, le masculin étant alors promut comme modèle prototypique, à l’instar du singulier vis-à-vis du pluriel[171]. Or pour les substantifs relatifs à des personnes qui constituent l’essentiel de ces noms déclinables, sur un échantillon de 2 000 termes Edwige Khaznadar constate une distribution comprenant 3 % d’alternance complète des bases, 36 % de formes épicènes et 61 % en formes utilisant des suffixes alternants dont 6 % uniquement à l’oral[172].

Il convient de noter que sur le plan des morphes, l’analyse se fait sur des alternances suffixales et non sur un complément suffixale au masculin. Par exemple sur le couple voyageur et voyageuse, il convient de segmenter la base voyag/ des suffixes -eur et -euse qu’il ne sera pas pertinent de segmenter en première articulation comme voyageu/ suivi de -r ou -se. D’autant que la même base morphémique sert par ailleurs à former les termes voyageable, voyagement, voyager, voyagisme et voyagiste. De même consultant et consultante ont pour fondement commun la base consult- avec pour suffixes respectifs -ant et -ante. Là aussi cette analyse est justifiée au regard des autres termes générés sur cette même base : consultable, consultance, consultat, consultatif, consultation, consulte, consulter, consulteur, consulting, consultrice. Ces derniers suffixes, contrairement à -eur/-euse, sont morphologiquement décomposables dans une seconde articulation comme -ant-∅ et ant-e, où -∅ représente le morphème graphique nulle marquant le masculin et -e représente le morphème graphique ostentatoire marquant le féminin. Cette justification valable en synchronie et disponible à tout locuteur francophone sans compétence linguistique particulière ce double d’une justification diachronique plus érudite : les finales féminines comme masculines sont le resultat d'évolutions indépendantes de chaque genre à partir du latin, selon les lois de l’évolution phonetique: la finale latine ''-a'' principalement féminine se maintient en français sous forme de ''-e'' marquant la prononciation de la consonne précédente ; la finale latine ''-u'' masculine (de ''dominus-dominum'') évolue vers la disparition et conduit a l'amuïssement de la consonne devenue finale[173]. Du reste l’analyse d’un -e terminal comme désinence marquant le genre ne passe pas l’épreuve de la généralisation, comme le souligne Daniel Delas en 1989 : rivière n'est pas morphologiquement plus féminin que fleuve, ni femme que homme, et sœur l'est plutôt moins que frère[174]. De surcroît l’alternance, même lorsqu’elle intègre l’adjonction d’un -e final, opère souvent sur d’avantage de traits graphiques et phonémiques : un pionier et une pionière se prononcent respectivement /œ̃.pjɔ.nje/ et /yn.pjɔ.njɛʁ/. Donc graphiquement l’alternance opère certes un différence sur deux -e finaux, mais aussi l’ajout d’un diacritique sur la dernière voyelle. Et phonétiquement l’article est radicalement modifié tandis que le nom opère une mutation vocalique du pénultième phonème et le basculement opératoire de la dernière consonne virtuelle.

Aussi il n’est pas trop inconsidéré ici d’affirmer qu’en français, tout au moins en première articulation, le féminin ne dérive pas plus du masculin que l’inverse : tous deux au plus découlent corrélativement d’une base commune.

Pour certaines morphologies lexicales, la quantification s’obtient sans trop de difficulté. Ainsi sur les 432 termes français terminant en -ante répertoriés dans le Wiktionnaire, 26 correspondent à une entrée exclusivement masculine, et 10 sont omnigenres[175][N 19]. Il en est de même pour les autres suffixes, dont la distribution selon les genres est certes très inégalement répartie, mais qui ne relève quasiment jamais de l’exclusive. Parmi les 754 noms communs qui terminent en -ice en se prononçant /is/[176], 10 sont omnigenres, 77 sont masculins dont seulement 8 désignent des humains[N 20], soit un taux d’anthroponymes lexicalement masculins de 0,55 %. Pour -euse, ce sont caragageuse et tracteur-tondeuse qui se détachent des 1 980 termes à la prédominance féminine[177], seul le premier étant anthropique soit un taux de représentativité de 0,05 %. Parmi les substantifs finissant en -ive, à prééminence féminine incontestable, il se trouve adive, live[N 21], qui-vive, pive, khédive pour en contrecarrer l’unigenrisme, ces 5 termes représentant 3,85 % des 130 considérés[178]. Du côté des termes en -ine prononcés /ine/, 9 sont omnigenres et 106 masculins parmi le total des 2369 noms communs considérés[179], ce qui laisse 95,15 % de féminins. Pour -esse, 2 omnigenres et 18 masculins[N 22] mènent le féminin à 95,65 % des 460 entrées identifiées. En français, contrairement à l’italien, le -a terminal des noms à très peu conservé du lien que présente le latin associe facilement au féminin : seuls 39,77 % des 4 078 noms identifiés sont strictement féminins. Pour -tude, seul sport-étude vient démentir la prévalence du féminin sur les 161 termes relevés. L’exceptionnel masculin est souvent lié introduite par un mot composé dont le premier composant est masculin et le dernier est féminin : ainsi pour le suffixe -aison, sur 346 entrées, 10 sont masculins, mais seul parmaison n’est pas issue d’une telle composition[N 23]. De manière générale, dans les termes composés, c’est le premier composant qui impose son genre, vraisemblablement par des considérations implicites d’accord de proximité avec les éventuels articles antéposables : une femme-enfant, un homme-affiche, la boîte-tampon, le zinc-blend. Le tableau ci-après présente un chiffrage plus exhaustif

Ci-après sont synthétisées les statistiques sur les résultats du le moteur de recherche avancée de graphies d’Anagrime, qui se base lui-même sur le Wiktionnaire[180]. Ont également été ajoutées certaines entrées avec et sans e finale lorsque son opposée été présente.

Taux de féminin effectivement constatés pour les terminaisons réputées féminines[181][2]
Terminaison Entrées du répertoire Masculine Omnigenre Taux où exclusivement féminines
-a 4078 2320 138 39,77 %
-ae 30 27 0 10 %
-able 202 113 65 11,88 %
-ade 659 70 10 87,86 %
-aille 330 22 4 92,12 %
-aillé 13 13 0 0 %
-aillée 14 0 0 100 %
-aine 346 42 7 85,83 %
-aison 242 10 0 95,87 %
-ance 602 22 5 95,51 %
-ant 1007 974 4 2,88 %
-ante 432 26 10 91,67 %
-çon 61 50 0 18,03 %
-çonne 9 0 0 100 %
-e 66096 22104 4697 59,45 %
-ée 1567 130 6 91,32 %
-eine 26 7 0 73,08 %
-éine 101 5 0 95,05 %
-ence 452 11 1 97,34 %
-eri 32 31 0 3,12 %
-erie 1412 12 0 99,15 %
-esse 460 18 2 95,65 %
-eté 188 17 0 90,96 %
-etée 12 0 0 100 %
-ette 1745 88 10 94,38 %
-eur 4970 4791 12 3,36 %
-euse 1 980 2 0 99,95 %
-ice 754 77 10 87,67 %
-ie 8747 210 33 97,22 %
-ié 84 75 0 10,71 %
-iée 46 1 0 97,83 %
-ine 2 369 106 9 95,15 %
-ise 225 20 0 91,11 %
-ité 2547 37 1 98,50 %
-itée 17 0 0 100 %
-ive 203 13 4 91,63 %
-oir 614 0 1 0,16 %
-oire 320 129 3 58,75 %
-sion 399 0 0 100 %
-sonne 28 5 0 82,14 %
-té 2916 159 2 94,48 %
-tion 4573 25 5 99,34 %
-tude 161 1 0 99,37 %
-ude 268 15 10 90,67 %
-ure 1658 313 4 80,80 %

Ce chiffrage permet quelques constats intéressant pour les nom communs français :

  • Dans le cas général ceux terminant en -e ont 60 % de chance d’être féminin.
  • Seuls -aillée, -çonne, -etée et -sion coïncident totalement au féminin. Mais ils sont univoque seulement à l’écrit : même dans dans le cas le plus favorable, -sion est homophone de -tion qui est féminin à 99,34 %, ratio considérable mais qui ne reproduit pas la régularité complète du premier.
  • Outre -tion, ce sont -euse, -oir et -ture qui constituent les cas où, en deçà de 100 %, plus de 99 % des items sont féminins. De plus -euse et -ture sont également exempt d’homophones.
  • Le déséquilibre dans la distribution du féminin exclusif n’est pas corrélé aux nombres d'items concernés : la seconde terminaison la plus peuplée, -ie, figure dans le top 3 des centiles, alors que le plus peuplé est dans le quarante-et-unième centile.
  • Sur les 45 terminaisons considérés, 13 sont dans le dernier vigésile (>95 %), 22 sont dans le dernier décile (>90 %), 27 dans le premier quartile, (>75 %) et 30 sont dans le duïle au dessus de la médiane (>50 %).
  • La moyenne directe des taux d’exclusivité constaté pour ces terminaisons réputés exclusivement féminine est de 69 %, et la moyenne pondéré par le nombre d’entrées concernés respective est de 65 %. Dans les deux cas cela indiquerait que l’estimation à l’intuition offre donc certes un meilleur taux de validité qu’un pur tirage à pile ou face mais qu’elle laisse ouverte de larges marges d’erreurs. Cela dit en tenant compte de la façon dont ont été retenu les entrées, les termes qui sont effectivement les plus réputés féminins offrent de bien meilleurs taux de corrélation morphotypologique.

Il est moins trivial d’obtenir des chiffrage sur une base exhaustive des termes qui :

  • tout en désignant exclusivement ou des femmes ou des hommes ou indifféremment l’un de ces deux traits,
  • sont suffixés d’un -e dit caduc, instable, muet, sourd ou d’une e muette, pour reprendre l’expression de Daniel Delas.

En 2009 Edwige Khaznadar indique comptabiliser parmi les noms français du lexique s’appliquant à l’humain près d'un tiers de noms bivalents, signifiant ou EHM ou EHF, dont l’alternance est extrinsèque, par l’article : le/la psychologue. Ici EHM et EHF signifient respectivement être humain masculin et être humain féminin. Elle ajoute à cela qu’ils se terminent tous par -e[173]. Cette dernière assertion reflète une tendance forte indéniable, mais une attention minutieuse ne saurait la retenir comme totalisante.

En effet, cette tendance n’est premièrement pas uniquement valable pour les noms ni limitée aux entités humaines, puisqu’elle se constate aussi pour des adjectifs variés[N 24]. Et par ailleurs, parmi les noms désignant des entités humaines se trouvent entre autres : chou, enfant, hacker, fan, pro, qui ne terminent pas par -e. En toute probité, il faut noter que trouver de tels exemples est assurément ardu. Aussi, pour les deux qui sont issus d’une apocope, fanatique et professionnel ou professionnelle les termes sources ne contredisent pas la remarque[N 25]. L’emprunt anglophone à graphie rémanente qu’est hacker procède logiquement d’une sémiose exogène au français[N 26], et ses alternatives plus intégrées, hackeur et hackeuse, ne contredisent pas l’affirmation considérée. Les deux derniers, chou et enfant font certes référence à des créatures humaines, mais dans le premier cas en les assimilant à un objet qui en son sens premier est dénué d’un tel trait et dans le second nuance la plénitude de ce trait  : formé sur le latin infans, celui qui ne parle pas, un enfant est la personne qui n’est pas encore pleinement en possession d’un logos indissociable du stéréotype humain de plein droit[N 27]. À minima donc la corrélation que fait remarquer Edwige Khaznadar fournit une règle qui n’est pas exempt d’exceptions, tout explicables fussent-elles.

Par ailleurs, quantitativement il paraît évident que le genre grammatical féminin ne peut s’appliquer que marginalement à des êtres vivants femelles, et à plus forte raison à des humaines. Par exemple, le Wiktionnaire recueille plus de 182 000 noms communs en français[182] et a par ailleurs en décembre 2021 :

  • environ 61 700 articles qui utilisent explicitement le terme homme[183] ;
  • environ 58 000 articles qui utilisent explicitement le terme femme[184] ;
  • environ 25 000 articles qui utilisent explicitement le terme animal [185] ;
  • environ 20 000 articles qui utilisent explicitement le terme plante  ;
  • environ 10 000 articles qui utilisent explicitement le terme objet  ;
  • environ 8 000 articles qui utilisent explicitement le terme humain[186] ;
  • environ 150 termes féminins explicitement recensés comme désignant des hommes[187]
  • environ 80 termes masculins explicitement recensés comme désignant des femmes[188].

Ces chiffres peuvent être comparés aux nombres d'espèces vivantes décrites dans les taxonomies contemporaines : près de 2 millions au total, dont un million d’insectes, 280 000 plantes, 99 000 champignons, 55 000 unicellulaires et 5 487 mammifères[189]. Il va s'en dire que si le Wiktionnaire couvre probablement l'ensemble des mammifères, il ne définie pas exhaustivement l'ensemble des autres classes mentionnées. De fait, fin 2021, il catalogue explicitement moins de 2 000 entrées comme nom scientifique[190].

Une simple somme des quantifications des articles du Wiktionnaire qui mentionnent des vivants par un des labels ci-avant donne environ 173 000 entrées. Cependant un recoupement d'une quantification aussi grossière ne peut pas être directement faite avec les 182 000 termes explicitement catégorisés comme noms commun en français. En effet le Wiktionnaire contient plus de 4 millions d'entrées pour plus de 4 800 langues. Rapporté au total d'entrées, cet échantillon d'article mentionnant des référés vivants représente environ 4 % des articles.

De façon plus précise, le Wiktionnaire fourni un peu plus de 276 000 lemmes français[191]. Il est possible de filtrer dans ces derniers ceux contenant le modèle indiquant une catégorisation de genre[192] :

Quantification de l'apparition simultané d'une catégorisation d'un genre et d'un terme au sein d'un même article du Wiktionnaire
Occurrences Taux en pour mille

(sur 182 591 noms)

Terme Féminin Masculin Féminin Masculin
fille 1858 1133 10,176 ‰ 6,205 ‰
garçon 420 652 2,3 ‰ 3,571 ‰
femelle 489 659 2,678 ‰ 3,609 ‰
mâle 532 807 2,914 ‰ 4,42 ‰
femme 4493 35692 24,607 ‰ 195,475 ‰
homme 32855 7865 179,938 ‰ 43,074 ‰
humain 1405 1732 7,695 ‰ 9,486 ‰
plante 3274 3596 17,931 ‰ 19,694 ‰
animal 2696 4743 14,765 ‰ 25,976 ‰
crustacé 102 164 0,559 ‰ 0,898 ‰
insect 605 1170 3,313 ‰ 6,408 ‰
poisson 1026 2008 5,619 ‰ 10,997 ‰
dinosaure 22 431 0,12 ‰ 2,36 ‰
oiseau 927 2331 5,077 ‰ 12,766 ‰
Mammifère 240 710 1,314 ‰ 3,888 ‰
unicellulaire 21 40 0,115 ‰ 0,219 ‰
champignon 392 527 2,147 ‰ 2,886 ‰
Totaux sur les précédents termes du vivant 51357 64260 281,268 ‰ 351,934 ‰
objet 1671 2236 9,152 ‰ 12,246 ‰
outil 597 1062 3,27 ‰ 5,816 ‰
instrument 805 2261 4,409 ‰ 12,383 ‰
ustensile 155 228 0,849 ‰ 1,249 ‰
accessoire 161 239 0,882 ‰ 1,309 ‰
appareil 633 1737 3,467 ‰ 9,513 ‰
dispositif 245 651 1,342 ‰ 3,565 ‰
machine 863 1227 4,726 ‰ 6,72 ‰
véhicule 434 858 2,377 ‰ 4,699 ‰
mobilier 145 201 0,794 ‰ 1,101 ‰
jugement 672 877 3,68 ‰ 4,803 ‰
notion 574 615 3,144 ‰ 3,368 ‰
idée 1092 1545 5,981 ‰ 8,462 ‰
opinion 350 545 1,917 ‰ 2,985 ‰
sentiment 584 579 3,198 ‰ 3,171 ‰
émotion 203 276 1,112 ‰ 1,512 ‰
abstraction 38 49 0,208 ‰ 0,268 ‰
concept 361 359 1,977 ‰ 1,966 ‰
moyen 2822 4216 15,455 ‰ 23,09 ‰
ressource 307 442 1,681 ‰ 2,421 ‰
solution 414 540 2,267 ‰ 2,957 ‰
métier 2190 2190 11,994 ‰ 11,994 ‰
profession 684 927 3,746 ‰ 5,077 ‰
art 2305 3141 12,624 ‰ 17,202 ‰
chose 3065 3941 16,786 ‰ 21,584 ‰

S'il faut bien garder à l'esprit que ces quantifications ne rattachent pas directement et précisément les termes considérés aux genres grammaticaux, leur précision peut suffire à tirer quelques conclusions raisonnablement probantes. Les termes qui ne concernent pas des vivants permettent ici surtout de contrôler les différences de proportion sur le vocabulaire employé pour décrire des mots en usant de référents ne renvoyant pas directement à des êtres vivants.

D'abord, parmi l'ensemble des lemmes ayant un genre associé, ceux qui semblent se référer de prêt ou de loin à des êtres vivants sont seulement dans une proportion de 28 % pour le féminin et de 35 % pour le masculin. Ces proportions sont d'ailleurs plutôt généreuses comparés à celles qu'évoquent André Goosse et Maurice Grevisse dans Le bon usage : selon eux environ un nom sur cinq en moyenne doit son genre à cette différenciation sexuelle[193][194], ce qui signifierait donc aux alentours de 20 %. Dit autrement, dans une fourchette plutôt crédible, au moins 70 % à 80 % des noms communs en français ne servent pas à référer à des êtres vivants – tout au moins dans un sens littéral.

Avec ces idées exposées, un regard sur les descriptions afférentes au genre féminin dans des dictionnaires populaires révèle d'une perspective tout autre :

Qui appartient au genre marqué[195]

Le féminin représente souvent, mais non constamment, le terme « femelle » dans le genre naturel qui repose sur l'opposition de sexe entre « mâle » et « femelle »[196].

En français, le féminin comprend une partie des noms désignant des choses [maison, table] et certains noms des êtres animés femelles : il correspond alors au genre naturel[marchande, chatte][197].

noms qui représentent les êtres femelles, ou ceux qui sont considérés comme tels[198]

Ces définitions entretiennent de manière plus ou moins fortes deux erreurs concernant le féminin :

  • il y aurait un unique genre marqué, qui s'opposerait à un genre de référence non marqué ;
  • ce même genre référerait au trait sémantique femelle dans une proportion qui rend probant l'appellation de féminin.

Sans aller jusqu'à nier totalement la factualité d'une proportion importante de termes répondant à cette corrélation, ces définitions masquent cependant une évidence plus nette encore, à savoir que cette corrélation est globalement largement minoritaire. Et à l'inverse, dans l'analyse faite précédemment les termes masculins corrélés à femme et les termes féminins corrélés à homme représentent les proportions les plus fortes avec des taux de 20 %[199] et 18 %[200] respectivement, là où le masculin corrélé à homme et le féminin corrélé à femme donnent respectivement des taux 4,3 % et 2,5 %.

Il convient de garder une attitude circonspecte par rapport à ces quantifications, et une analyse plus poussée permet de constater que si les articles concernés traitent effectivement majoritairement de mots français dans le genre visé pour désigner des personnes humaines, ils incorporent pour la plupart des formulation du type pour une femme on dit et pour un homme on dit. Il n’empêche que ces relations sont partie prenante du réseau sémantique de ces mots : l’emploi du terme rêveuse ne peut se faire sans simultanément renvoyer au concept générique de personne qui rêve et en opposition à rêveur en tant que personne mâle, quand bien même il serait employer pour désigner un individu mâle.

Pour aller plus loin sur le concept de genre féminin, qui superpose des représentations anthropologiques, biologiques, didactiques, linguistiques, pédagogiques, politiques, sociologiques, urbanistiques et psychologiques dépassant le champ spécifique de la présente section sans que leurs interférences soient à écarter, il sera possible de consulter également les ressources relatives parmi les références[201][202][203][204][205][206][99][207][208][209][210][211][212][213][214][215][216][217][218][219][220][221][222][223][224][225][226][227][228][229][230].

FlouModifier

 
La folle vitesse à laquelle se danse la vie humaine laisse souvent à contempler des momentums flous.

En 2011, dans Négocier le genre ? Une ethnologue dans une société d’hommes apprentis séducteurs, Mélanie Gourarier évoque le genre flou en ces termes[231] :

J’étais initiée à la connaissance masculine et cela suffisait à faire de moi une « femme pas comme les autres », produisant un genre flou mais non moins incorporé au réseau social « communautaire ».

Madeleine Pastinelli et Caroline Déry, dans leur article Se retrouver entre soi pour se reconnaître Conceptions du genre et régulation des échanges dans un forum de personnes trans, publié en 2016, présente le genre flou comme un idéal performatif des échanges dans le milieu considéré, à l’instar du genre mixte[232].

Le terme de genre flou est également employé ici et là dans les sciences sociales pour pour désigner des catégories aux définitions imprécises ou aux frontières évanescentes[233][234][235][236].

La particularité du genre flou semble donc notamment de brouiller les frontières conceptuelles qui entendent départager nettement des classes ontologiques par les critères qu'ils prodiguent. Là où par exemple l'usage hésite sur le genre attribué à un mot, il n'y a pas encore nécessairement de genre flou, seulement dissensus sur le choix à effectuer. Cela le distingue également d'un genre variable, où simplement le mot adopte des genres différents selon le contexte, mais où des genres sont clairement établis et ne sont pas troublés par une telle variabilité. Cela étant, le flou ne peut que se faire que sur une attente préexistente qu'il déjoue, il ne peut prétendre ordonner un amas informe de données sans quoi il s'agirait t'introduire de la netteté dans ce qui en est encore pleinement dépourvu.

Fluide, mouvant ou tiers-inclusModifier

 
Si fluide soit-elle, la notion de genre fluide n'a pas encore su, dans le domaine grammatical, faire grand œuvre de percolation ; cette notion chère à Michel Serres dans son approche multiple du temps[237][238].

Le terme de genre fluide trouve assurément des emplois dans la littérature, mais ces emplois se rapportent essentiellement à des cas extra-grammaticaux, comme l’analyse littéraire[239] ou la musicologie[240][241] . Il en est notamment fait usage dans le cadre d’analyses sociologiques[242][243][244][245][246][247] et de débats de société sur le genre comme attribut d’identité civique, comme dans les propos de Bernadette Renauld publiés en 2018 dans l’Annuaire international de justice constitutionnelle[248] :

Par rapport à cela, se pose la question des personnes qui ont une identité de genre fluide, c’est-à-dire une identité de genre qui évolue au cours de la vie.

De manière générique, ce qui caractérise le genre fluide, c’est donc une ouverture à la variance, notamment par des changements de statut ou d’état à travers le temps. Ou de façon un brin plus abstraite, une variance laissant explicitement liberté d’interprétation au grès du contexte d’emploi. Ainsi défini, le genre fluide pourrait de toute évidence servir dans l’analyse grammaticale.

Il importe ici de noter qu’un genre grammatical fluide ne saurait convenablement décrire les cas où l’usage hésite sur le genre d’un mot, car la fluidité n’implique aucunement une quelconque incertitude et que la variation dans les usages indique uniquement un dissensus au sein d’une communauté linguistique là où un genre fluide annonce une détermination variable dans le temps mais ponctuellement déterminable.

Il en va de même pour le terme de genre mouvant, qui trouve par exemple déjà emploi dans l’analyse littéraire[249][250][251] et la sociologie[252] dans des considérations sémantiques similaires à celles décrites précédemment.

La même notion, ou tout au moins une notion largement similaire, est également abordée sous l’appellation de tiers inclus, et cette fois en prise direct avec la notion grammaticale. Véronique Perry, en s’appuyant sur l’exemple de l’anglais synthétise comme suit en 2015[253] :

Le « tiers inclus » en anglais constitue un potentiel sémiotique qui dépasse le neutre : il peut stratégiquement alterner avec le masculin et le féminin pour devenir effectivement parfois neutre pour les non-animés (it/ they) mais également épicène (commun) ou « autre » pour les animés (one/they) en fonction des situations d’énonciation.

Il convient de faire remarquer qu’une telle sémantique n’est pas congruente avec le concept de tiers inclus tel que développé par Stéphane Lupasco, ou même comme le rejet du tiers exclus du constructivisme qui dans son courant intuitionniste en fait l’économie en même temps que de la notion d’infinie et d’axiome du choix, approche dont découlent les démonstrations mathématiques associables à un algorithme. Dans ces perspectives épistémologiques, le tiers n’est pas une possibilité d’alternabilité catégorique, mais une catégorie à part entière. Toujours est-il que les propos de Véronique Perry peuvent être mis en parallèle de ceux de Jean Dubois sur la désignation des animaux en 1989[96] :

Dans les laboratoires, on utilise davantage de chimpanzés femelles, pour des raisons de meilleure résistance, et il arrive qu'on dise la chimpanzé.

Ce qui tendrait à faire de chimpanzé un terme fluide : féminin ou masculin, convoyant respectivement les traits femelle et mâle, en plus du générique qui est mêlé de façon plus prégnante, si ce n’est exclusive, au masculin. Il faut aussi noter, comme il n’avait pas échappé à Jean Dubois, l’existence du terme guenon qui induit nécessairement le trait femelle et singe, mais sans désigner spécifiquement un homonyme à Homininae Homini Panina Pan, comme le désigne une des classifications phylogénétique contemporaine. Le TLFi indique que le féminin se rencontre dans la documentation[254], et le Wiktionnaire indique pour la femelle, on dit : chimpanzée[255], avec suffixation purement écrite d’un -e. De fait les deux graphies sont en usage dans la presse contemporaine pour la variante féminine désignant une femelle[256][257]. L’emploi d’un féminin générique pour au moins une de ces deux graphies resterait à démontrer par quelques attestations. Ce qui ne signifie pas qu’un terme réputé féminin soit forcément moins générique qu’un masculin. Au contraire, girafe est lexicographiquement décrit seulement comme féminin, aussi pour un mâle la seule expression jugé ordinaire au prisme dictionnairique sera une girafe mâle. Aussi si une chimpanzé femelle sera vraisemblablement perçu comme pléonastique, ça ne sera pas le cas en général d’une girafe femelle. Et pour sa part, un girafe, femelle, générique ou mâle, semblera vraisemblablement agrammatical à la plupart des francophones contemporains. Ce qui n’empêche évidemment pas d’en trouver des attestations[258][259][260], que ce soit par erreur de dactylographie, médiocre traduction automatisée ou volonté délibérée de déroger à l’usage implicitement admis par le locuteur qui l’énonce. À défaut de pouvoir directement en démêler les ressorts cognitifs, il convient donc de constater qu’il y a bien des noms communs en français qui bénéficient d’une certaine fluidité entre féminin, générique et masculin, mais elle n’est pas uniformément répartie.

Pour aller plus loin sur les notions connexes à celles présentées dans cette section, il sera utile de consulter les références afférentes[261][262][263][264][265][266][267].

GénériqueModifier

Le terme de genre générique est abondamment employé dans la littérature, mais rarement préalablement défini. Quelques fragments de textes permettent d’ébaucher une idée des conceptions en circulation :

…le genre générique, c’est-à-dire le genre grammatical utilisé pour désigner les personnes sans distinction de sexe[268]

En anglais, he (il) peut tout à fait être utilisé comme genre générique, pour évoquer un individu typique masculin ou féminin[269].

Et le genre masculin est devenu le genre générique susceptible d’englober le genre féminin[270].

En s’appuyant sur ces bribes définitionnelles et en les abstrayant un peu de l’aspect strictement sexuel, un définition possible serait donc

👉 Le genre générique désigne une catégorie grammaticale qui laisse indéterminée un attribut servant de critère de distinction d’autres genres, dits genres connus[271], explicitant l’englobement de ces derniers dans sa portée sémantique.

Ainsi en Yacouba le générique fourni un genre autonome duquel de plus les genres connus féminin et masculin peuvent être dérivés par des mécanismes morphologiques.

 
Exemple d’un usage de féminin générique dans les règles du jeu Diamoniak : le terme joueuse est employé pour désigner toute personne prenant part à une partie. Le même éditeur à part ailleurs diffusé les mêmes règles où c’est joueur qui était employé, ce qui ne laisse donc aucun doute sur le caractère générique de cet emploi.

La littérature véhicule souvent la thèse que le masculin aurait en français l’exclusive prérogative d’être confondu à un genre générique, en particulier dans le cas des groupes de personnes[272][273]. Si l’existence de cette surcharge du genre est indéniable, de nombreux noms d’espèces vivantes pour lesquels seule un féminin existe invalident pleinement le postulat de son exclusivité au masculin. Par exemple : les girafes et les hyènes, aussi bien femelles que mâles, sont merveilleuses à étudier et elles nous offrent à mieux comprendre le monde. Autrement dit en français ni la femelle ni le mâle ne l’emporte dans la syntaxe, car ils constituent des traits sémantiques d’influence tout au plus marginaux dans les structures morphologiques de la langue, contrairement au système de genre qui lui est inhérent indépendamment des termes utilisés pour la décrire.

Par ailleurs l’emploi d’un féminin générique pour désigner des humains est de fait également employé, bien que plus rarement, et offre un niveau de flou sémantique équivalent. Cette pratique est plutôt à la hausse, y compris dans d’autres langues comme l’allemand[274]. Comme pour toute pratique langagière nouvelle, avant-gardiste disent même certaines[275], une partie des locuteurs est dans une position de circonspection, voir de rejet, et l’éventualité de sa popularisation perenne est incertaine[276]. Son emploi reste suffisamment inaccoutumé pour que des justifications soient souvent sentie nécessaire[277]. D’autres en revanche pensent à faire remarquer que si excentricité il y a, elle est parfois bien coutumière, comme pour l’adjectif chauve[278].

Aussi lorsqu’une des formes est privilégiée dans les groupes aux genres énonciatifs hétérogènes, cela ne saurait se faire sans introduire une homonymie généralisée dans l’ensemble des termes concernés. Superposer ainsi un genre supplémentaire sur un genre initiale, comme il est souvent clamé pour le masculin, ne saurait se faire sans renoncer dans le même temps à l’existence d’un genre proprement masculin. Bien plus qu'une simple adjonction de rôle en marge, cela implique une transformation résultant en une totale ambiguïté[279]. Cela vaut de même pour ce qui est usuellement qualifié de féminin qui est tout autant sujet d’une telle surcharge comme vu précédemment. Cela disqualifie donc la pertinence de ces appellations de féminin et masculin pour toute pratique langagière intégrant cet usage ambiguë.

 
Exemple de deux utilisations consécutives du mot lecteurs, manifestement dans deux sens différents. Le premier à valeur générique de lectorat, c’est à dire de prise en compte sous forme d’un unique groupe commun. Le second s’oppose à lectrice avec donc une valeur restreinte aux personnes sexualisées en mâle.

Si lecteurs est promut synonyme de lectorat, donc ensemble des personnes femelles et mâles qui lisent, alors lecteurs devient au mieux un homonyme ambiguë, impropre à une distinction aisé du signifié ensemble des personnes mâles qui lisent. Il en va de même de l’interprétation qui voudrait dans une formulation comme cher lecteur attacher le sens cher individu femelle ou mâle lisant ceci. Une telle requalification sémantique ne saurait s’opérer valablement sans opérer dans le même temps à un changement de nom de la catégorie grammaticale. De fait tant lecteurs que lectrices se voit employé dans une telle intention de généricité ambiguïsante[280], et leur sémantique effective précise dépend dès lors entièrement du contexte :  qui énonce, pour désigner quelles personnes sous quelles intentions connotatives. Assurément, le mot lectrices aura toutes les chances de désigner des topiques différentes dans un discours féministe ou phallocrate, pour prendre deux pôles distincts du spectre politico-culturel[281]. Ceci étant, le féminin générique est déjà explicitement reconnu pour la rédaction de textes de loi au Canada, ce qui lui confère une légitimité aussi incontestable que celle du masculin – tout au moins dans ce cadre[282]. Par ailleurs, des néologismes comme lecteurice sont introduits par les personnes tentant d’expliciter les deux sexes qu’elles perçoivent comme attachés à lecteur et lectrice ; vraisemblablement dans un souci de parité. Cette solution reste cependant dans une démarche d’imprégnation sexuelle, strictement binaire qui plus est, donc bien moins générique que lectorat qui est nettement plus ancien et d’usage bien moins confidentiel[283]. Cela étant, globalement c’est bien lecteur qui prédomine et de loin dans l’usage[284]. Enfin pour compléter la revue des variations sur la base lect/, il faut signaler le terme néologique de lectaire. Celui-ci permet de désigner une personne en particulier, contrairement à lectorat, en explicitant l’indétermination du sexe.

En tous les cas, en français comme en d’autres langue se constate l’absence d’un genre commun propre et d’un genre générique propre. Cela introduit des difficultés pour rendre compte énonciativement d’une hétérogénéité dans un groupe. En résultante, au moins l’un des genres reconnus pour les substantifs dans les grammaires scolaires se voit attribué ce rôle dans ces situations. Dans ces cas ces rôles supplétifs sont attribués avant tout relativement aux genres des syntagmes, et non des référés qu'ils désignent :

Ces araignées villeuses sont douces, surtout les mâles. Ce sont des animaux ovipares, ils peuvent pondre des œufs s’ils sont femelles.

Il faut noter que ces génériques supplétifs ne peuvent pleinement compenser l’absence d’un générique autonome : générique féminin, générique épicène et générique masculin engendre chacun des représentations aux différences présentant des écarts statistiques significatives[285].

Pour aller plus loin sur ce thème, les références correspondantes pourront être consultées[286][287][288][289][290][291].

HumainModifier

Sur le plan étymologique humain provient du latin humanus, de même sens, dérivé de homo :homme avec suffixe adjectival -anus, indiquant la provenance, l’origine, l’appartenance. Homo serait lui-même issu de humus : sol, terre avec le suffixe nominal masculin -o, lui conférent le sens littéral de terrien.

Les dictionnaires courants ne donnent pas de descriptions spécifiquement grammaticales à genre humain, ils renvoient de manière générale au concept d’humanité considérée dans son ensemble. Il est intéressant de noter au passage qu’humanité en tant que substantif à entre autres synonymes altruisme, bienfaisance, bienveillance, bonté, charité, clémence, compassion, délicatesse, désintéressement, douceur, famille, générosité, indulgence, lettre, mansuétude, miséricorde, monde, philanthropie, pitié, sensibilité, société, univers et entre autres antonymes animalité, automatisme, barbarie, bestialité, brutalité, cruauté, divinité, dureté, méchanceté[292]. Cela donne un aperçu clair des biais d’autocomplaisance, d’anthropocentrisme, de suffisance et de mépris pour le reste des entités biologiques duquel l’humain prétend se démarquer par une dignité supérieure inaccessible aux viles formes xénobiotiques auxquelles sont volontiers associés les humains étrangers à sa propre civilisation, culture ou classe sociale.

Claire Michard et Catherine Viollet synthétise en 1991 le constat d'une dissymétrie de pondération d’appartenance au genre humain sur le plan sociologique en ces termes : seuls les membres de la classe de sexe dominée (les femmes) sont définis par leur sexe - femelle - , les membres de la classe dominante se définissant par leur genre - humain -, leur appartenance de sexe intervenant éventuellement comme une qualification secondaire, contingente[293]. Certainement ce constat pourrait se généraliser dans tous les rapports sociaux intégrant une perspective de domination intra-espèce : l’esclave, le serf ou le membre d’une caste inférieure ne sera-t-il pas considéré comme d’une moindre humanité par ceux qui le toisent d’une situation sociale privilégiée ?

Si ces considérations ont avant tout une portée sociologique, elles affectent sans conteste la sphère linguistique. Par exemple, les vifs débats autours de la déclinaison des noms de métier, qui s’enflammèrent surtout pour des substantifs connoté d’une notion de prestige, comme ministre, mais ne faisant guère de difficulté pour une alternance nominale comme balayeur et balayeuse. Les variations langagières dépendant des différences sociales ou des variations situationnelles sont par ailleurs largement documenté[294], par exemple en japonais[295] ou en coréen[296], voir dans des cas extrêmes ou femmes et hommes parlent des langues distincts dans la même société[297].

Il faut noter que s’il y a un genre humain grammatical en français, dans une large mesure il opère en tant que contrainte d’enchâssement portée par les verbes qui sont spécifiques à la classe nominale dont ces verbes participent à dessiner les contours[298]. Ainsi, le sujet d’un verbe comme poétiser sera un être humain, où métonymiquement une œuvre humaine, aussi sûrement que le sujet de feuler sera un félin. Non pas que des usages qui outre-passent cette régularité soient hors du commun, mais ils relèvent alors de la métaphore plus ou moins emphatique selon son degré de coutumiarité : l’exclusivité de hurler aux seuls canidés est couramment bien moins marqué.

Toujours est-il que Carole de Féral rapport en 1988 que dans le pidgin-english camerounais la distinction de genre se fait non plus entre masculin, féminin et neutre mais entre humain et non humain[299]. Ce qui suffit démontrer le caractère effectif de ce critère sémantique, tout au moins dans certaines langues.

En français, le trait humain recoupe largement le champ sémantique qu’occupe la notion de personne. Il faut cependant remarque que les verbes impersonnels ne se laissent enchâsser que par une seule des deux formes de genre du français : il faut qu’ils n’usent point d’elle. Le non-humain au contraire s’y disperse sans motif évident et consensuel : le droit et la justice, un fait et une réalité, le ciel et la terre, une chaise et un tabouret, le rat et la sourie. Dans le même temps, le concept de l’humain se révèle bien plus modérant dans son extension que celui de celui de personne : les fictions juridiques que sont les personnes morales sous-tendent des jugements performatifs aux conséquences tangibles, mais une entreprise n’en gagne pas pour autant l'admission de traits linguistique comme une conscience, le ressentie d’émotions ou la capacité à lier des liens d’amitié – en dehors de formulations métaphoriques.

Pour aller plus loin, il sera possible de consulter d’autres ressources afférentes au thème du genre humain et autres notions connexes abordées dans cette section, il sera intéressant de consulter les références afférentes[300][301][302][303][304][305][306][307][308][309].

HybrideModifier

 
Biologiquement le zébrâne est un hybride de zèbre femelle et d'âne mâle. Lexicalement, zébrâne est un mot valise et non un mot hybride. Il est classiquement catalogué en genre masculin. Bien qu'évidente, l'emploi de la dérivation féminine et femellisante zébrânesse ne semble faire ni des mules ni d'émules et ne compter qu'un seul emploi non-autonyme sur le web[310]. Une dérivation mâlifiante, qu’elle soit féminine ou masculine, resterait à inventer, d’autant que le français ne propose pas de suffixe consensuel équivalent au -esse femelle pour le mâle. Tout au plus le suffixe -andre convoit le sens de mâle, mais non sans convoyer celui d’humain.

Si l’emploi du terme genre hybride se montre fort répandue dans la littérature, c’est à fin 2021 uniquement dans des considérations sur des styles artistiques, comme par exemple pour qualifier un roman-historique qui se veut à la croisé du récit imaginaire et du témoignage mémoriel[311][312].

Le terme hybride vient du latin hibrida : bâtard, de sang mêlé, devenu hybrida par rapprochement avec le grec húbris/ὕβρις : excès — ce qui peut s’entendre au sens de ce qui dépasse les bornes des catégories préexistantes en les combinant. Entre autre définitions, les suivantes lui sont usuellement rattachées[313] :

  • sur le plan biologique, désigne ce qui provient de deux espèces différentes, ou parfois de deux races ou variétés différentes ;
  • sur le plan grammatical, désigne des mots formés de radicaux pris dans deux langues différentes.

À noter qu’en ce dernier sens, en considérant l’étymologie sus-cité, hybride est un terme autologique puisqu’il découle lui-même d’un mixe de grec et de latin.

Un usage pour genre grammatical hybride serait facilement transposable, et pourrait alors être par exemple être défini comme :

👉 forme de genre grammatical issue du croisement d’au moins deux catégories préexistantes.

Dans une certaine mesure, les écritures tentant de fusionner des variantes féminines et masculines par des artefacts tels des parenthèses ou des points médians, relève d’une hybridation des genres. Mais il s’agirait alors d’une hybridation partielle, car elle ne fournie pas de nouveau terme autonome aisément transposable à l’oral. Elle se présente d’ailleurs souvent comme une simple abréviation purement graphique qu’il s’agirait pour le lectorat de restituer par une formulation plus longue explicitant les deux genres scripturalement hybridés[314].

Il y a par ailleurs des néologismes qui sont qualifiés d'hybrides, comme l'exemplifie Isabelle LeBlanc[315] avec frœur et freure qui fusionnent frère et sœur.

Un emploi distinct est également fait du terme genre hybride pour désigner des lexies dont le genre grammaticale est en conflit avec le genre biologique attaché à sa classe de référés stéréotypiques[316].

Indéterminable, indéterminant, indéterminéModifier

Sur le plan étymologique, l’ensemble de ces termes dérivent du préfixe privatif in- servant à former les antonymes appliqué sur la base terme, du latin terminus : borne, dérivant lui-même du latin termen, termini : borne, limite, eux même construis avec avec le suffixe substantivant -men sur la racine tĕro  : fouler, fréquenter, frotter, broyer, triturer, piler, polir, lisser, user souvent, façonner par le frottement, user par le frotement, rendre banal entre autres sens.

 
Le principe d'indétermination, aussi dit principe d'incertitude est souvent illustré par l'expérience de pensée du chat de Schrödinger. Elle illustre qu’il existe des situations où la théorie autorise plusieurs scénarios qui ont chacun une probabilité de plausibilité, qui ne peut se résoudre que par une observation effective.

Le terme de genre indéterminé se trouve effectivement employé dans la littérature, entre autres exemples[317][318][319][320][321][322][323][324][325][326][327][328] :

La réflexion sur les désignations de genre dans le roman de Dorsey découle de Blou, l’alien au genre indéterminé, qui personnifie en quelque sorte le novum[329].

De la même façon, ne peut-on envisager la voix narrative masculine ou de genre indéterminé chez George Sand comme un refus des déterminations liées non pas à la classe sociale, mais au genre sexuel[330] ?

En effet, encore plus qu’un genre indéterminé, le roman est pour eux un genre « libre » et plus exactement « le genre le plus libre qui soit 3 », selon l’expression qu’emploie René Boylesve dans une chronique de 1912[331].

Dans le premier volet de notre dossier, nous avons exploré les 118 livres mettant en vedette des personnages féminins seulement, des personnages masculins seulement ou encore des personnages, ou des concepts, au genre indéterminé, comme des objets[332].

Il y a dans l'héritage de la Révolution française une contradiction fondamentale pour les femmes, celle de l'incarnation de l'individu universel, abstrait, porteur des droits, comme de l'unité de la souveraineté nationale, dans un homme. C'est pourtant l'abstraction même d'un sujet politique au genre indéterminé qui a permis aux femmes de réclamer les droits politiques au nom des principes fondateurs de la république[333].

quand je m’aperçois qu’un objet tombe sous un certain genre (que, ex hypothesi, je ne connais pas), je détermine tout simplement que cet objet est quelque chose (c’est-à-dire, qu’il est une instance d’un certain genre indéterminé) ; or, c’est parce que j’ai fait cette observation que je me demande ce que c’est que ce quelque chose (ce que c’est que ce genre)[334].

Au-delà de ce dialogue des sexes, J.F.K.T. montre l’existence d’une voix au genre indéterminé qu’il nomme « voix androgyne »[335].

Certains emplois touchent plus directement au genre grammatical, se trouve notamment en plus d'autres qui ne seront pas cités explicitement ici[336][337][338][339][340] :

Mme Mulon, devant les adjectifs masculins épithètes de noms féminins, comme Calm ou Comba, se demande si on ne pourrait penser que certains mots prélatins étaient de genre indéterminé[341].

Considérer que Confinis désignerait la défunte conduirait à trop d'invraisemblances. D'abord il faudrait admettre que c'est un nom de genre indéterminé, ce que rien ne prouve, attendu que le seul autre exemple connu de ce nom (cf. les deux inscriptions de Bingen) est masculin[342].

Dans les phrases indiquant une attitude ou un mouvement, le vieux polonais se servait volontiers, pour marquer le genre d'attitude ou le mode de mouvement, d'un mot, à valeur le plus souvent comparative, qui était régulièrement, soit un substantif masculin au singulier, toujours avec désinence -a, soit un adjectif de genre indéterminé, toujours avec désinence -ego[343].

Flach : n., ne s'emploie qu'au sing. ; genre indéterminé[344].

Les objets sont du genre masculin ou féminin, mais le masculin est souvent employé comme genre indéterminé : on peut opposer cheval, masculin, à jument, féminin, mais cheval, au sens large, peut désigner aussi bien le mâle que la femelle ; même chose pour rat, chien, chat, chameau, etc[345].

II en resulte qu'au total nous avons onze emplois au féminin, quatre au masculin et quatre indéterminables[346].

Une quarantaine sont exploitables : 11 noms masculins, gaulois, tous connus ; 15 noms féminins majoritairement gaulois ; 7 noms de genre indéterminé[347].

L'ensemble des ressources considérées permet de profiler une forme qui s'emploie où un genre plus spécifique serait possiblement applicable, mais où les informations en présences s'avèrent insuffisantes pour se prononcer d'une manière satisfaisante pour l’énonciateur. D'où une variation terminologique qui permet en plus de précisé le degré d'indéterminisme : 

  • indéterminable : aucune source d'information complémentaire n’est envisagée pour lever l'incertitude ;
  • indéterminé : une source d'information complémentaire est envisageable pour lever l'incertitude ;
  • indéterminant : l'incertitude est introduite à dessein dans l'énoncé, bien que l'énonciateur possède éventuellement l'information qui pourrait la dissiper.

Comme d’autres catégories ici décrites, celle-ci désigne un groupe d'individus sexués, mais dans un cadre qui ne se préoccupe pas des sexes représentés. Il désigne un groupe abstrait de personnes, mixte ou non. Ici le français comprend déjà le pronom on pour exprimer ce genre, bien que celui-ci prends nécessairement à partie l'allocutaire. Dans le cas général, c’est le genre établit par le dernier substantif topique qui est employé pour désigner le groupe : Le groupe était arrivé à destination, il se reposa. La coterie repartie le lendemain à l'aube, elle avait pris du retard.

IndifférenciéModifier

 
L'évolution d'une plume en huit étapes clés qui se conclut par une vanne indifférenciée avec rachis central, indicé 8 sur ce schéma.

Sous la plume tétrachirale[N 28] d'André Goosse et Maurice Grevisse, Le bon usage indique[193][194] : Peut-être y a-t-il parfois des raisons sociales, mais d’une manière générale le genre masculin est le genre indifférencié, asexué. Mais avant de conclure trop hâtivement sur cette seule sentence, un rapide tour d'horizon des propos accessibles dans humanités numériques permettra d'en appréhender une vision plus large.

En 1946 Jodogne Omer pour l’utilise dans le propos suivant[348] :

Le pronom soi est senti comme appartenant au genre indifférencié, lui, disposant d'une forme particulière pour le féminin et pour le pluriel, est considéré comme marqué plus nettement par le genre et dès lors plus apte à représenter des personnes déterminées.

En 1989 Christiane Marchello-Nizia, à la suite de Jacqueline Pinchon et Robert-Léon Wagner l'évoque en ces termes[349] :

H.L. Wagner et J. Pinchon, on l'a vu, sont les plus cohérents dans le refus (non explicité cependant) de la catégorie du neutre ; ils réutilisent en revanche la catégorie du "genre indifférencié", ou du "genre non marqué" (à propos du pronom personne par exemple) ; mais l'on peut se demander quel est le statut de cette catégorie par rapport au masculin et au féminin (ceux- ci appartiennent-ils à une catégorie "genre marqué" qui les dominerait ?).

En 1996 André Winther fait usage du terme dans Un point de morpho-syntaxe : la formation des adjectifs substantivés en français[350] :

Nous avons parlé, jusqu'à présent, indistinctement « d'adjectifs » substantives, mais il est patent que cette construction concerne tout autant les participes passés (les élus, le passé, le fait...), les formes en -ant (les votants, une passante, l'étant -vs l'être- ...) et les formes en -eur, fondamentalement adjectivales (indifférenciées en genre), même si elles sont fréquemment lexicalisées comme noms, c'est à dire comme adjectifs substantives (un aspirateur, mais aussi un dispositif aspirateur de copeaux). Un nom est nécessairement masculin ou féminin. Ce genre fixe et nécessaire le construit et le détermine comme nom. On analysera donc: table: «tabl-» (lexeme) + « GeF » (morphème de genre féminin); homme: « om- » (lexeme) + « GeM » (morphème de genre masculin) ; etc. – Au contraire, un adjectif est nécessairement indifférencié en genre[…]

En 2005 Pierrette Vachon-L’Heureux dans sa synthèse Quinze ans de féminisation au Québec : de 1976 à 1991 explique[351] :

Le recours au pluriel pour les appellations d'emploi épicènes, ou au genre indifférencié (masculin) appliqué qu poste plutôt qu'à la personne.

Également en 2005 Olivette Genest prend appui sur cette notion pour énoncer[352] :

Le français n'a pas non plus un éventail de mots neutres, sauf peut-être quelques rarissimes exceptions au genre indifférencié comme personne et victime.

En 2009 Montserrat Planelles Iváñez y recourt comme suit pour décrire le cas du mot auteur, seul retenu parmi ses 23 exemples selon ses propres critères [353] :

En raison de sa forme, quand auteur est accompagné du déterminant défini, son genre reste indifférencié, car la voyelle s'élide. On a encore repéré 13 exemples où auteur a le genre indifférencié rapporté à une femme.

En 2018 Isabelle LeBlanc dans Sans distinction d’identité de genre? emploi le terme par exemple dans les passages suivants[315] :

La neutralisation linguistique en anglais se présente comme une indifférenciation sémantique.

L’idée que le masculin serait un genre indifférencié en français est démentie par Anne Abeillé, linguiste française, qui considère que « le masculin n’est pas un genre neutre, mais un genre par défaut »

Le débat a bel et bien eu lieu et divise un certain nombre de Canadiennes et de Canadiens sur la question suivante : faut-il neutraliser/indifférencier la langue afin d’intégrer tous les genres?

De ces multiples échantillons d'usage, peut se dégager une définition comme la suivante pour le genre indifférencié :

👉 forme de genre grammatical qui dénote une suspension de jugement sur des traits sémantiques, comme le sexe, auquel tout ou partie des genres de la langue peut par ailleurs renvoyer.

Cette définition n'exclue pas qu'un genre donnée puisse, sans qu'aucune variation morphologique n'intervienne, agir selon le contexte d'emploi parfois comme indifférencié, parfois comme différencié. Elle n'exige pas non plus d'un tel genre qu'il soit strictement rattaché à une unique classe morphologique de genre. Rien n'empêche donc de concevoir un genre indifférencié qui prenne les traits tantôt d'un féminin, tantôt d'un masculin, ou encore d'un neutre. Aussi une telle définition fait d'autant mieux resortir que ce qui est usuellement présenté comme genre indifférencié en français propose surtout un genre affecté d’une valeur indifférenciante. C'est à dire inhibant un trait sémantique sexualisant, qui n'opère pas dans le cas général, sans en abroger la possibilité virtuelle d'activation ubiquitaire. Et ce mécanisme d'inhibition est de fait utilisable et utilisé tant au féminin qu'au masculin :

L'humanité est ainsi faite qu'elle nous donne à contempler les plus affables personnes et les plus sordides individus, probablement dans d'égales distributions entre tous les sexes que compte le genre humain, entre toutes les âmes qui peuplent notre espèce.  Celles-ci sont les modèles des vertus à suivre, ceux-là sont les spécimens des déviances à fuir. Qui parmi nous autres, mortelles créatures, seront de celles à ne pas capituler face aux attraits des vices les plus abjects ?

Dans cet exemple construit pour l'occasion, dans tous les mots mis en emphase, la sémantique implique une indifférence au sexe des référés, bien que s'y trouve une alternance de féminin et masculin. Et évidemment si dans la phrase précédentes il est stipulé référés, utiliser référées serait tout aussi grammaticalement justifiable en tant qu'ellipses respectives de individus référés et personnes référées.

Enfin il convient d'expliciter que le genre indifférencié ne peut en aucun cas prétendre qualifier le pronom il dans il pleut, il faut. Ces cas relève du genre impersonnel.

IndistinctModifier

Au premier siècle avant notre ère Varron évoque le genre indistinct, ou plus exactement emploi le terme promiscuum : mêlé, indistinct, pêle-mêle, confondu, indifférent, pour décrire le terme latin aquila : aigle, rapace[31], ce que la tradition grammaticale traduit cependant plus souvent par les appellations d’indifférencié, ou d’épicène, au sens de sexe indistinct[354]. Cela dit, l’ouvrage de Nonius Marcellus sur les noms épicènes s’intitule De indiscretis generibus : Sur les noms de genre confondu/indistinct[355].

Le terme en français apparaît au moins dès 1868 dans les Mémoires de la Société de linguistique de Paris[356].

En 1994 Francis Corblin avance que ça, cela et ceci sont employés en français contemporain pour désigner un sujet indistinct, qu’il oppose au sujet impersonnel rendu par il[357].

Le terme apparaît aussi post 2017 dans La catégorie linguistique du genre en japonais : terminologie actuelle[358].

En 2016 Nassima Metahri, dans le registre de la psychologie, emploi genre indistinct pour désigner des dessins d’enfants où le sexe des personnages demeure inconnu[359].

Aussi l’indistinct, en terme de genre grammatical spécifique pourrait-il se définir comme suit :

👉 forme de genre grammatical qui dénote une sémantique résolument confuse et vague, tout au plus évasivement définie.

En cela, contrairement à l’indéterminable, l’indéterminant et l’indéterminé, le genre indistinct n’est pas une indétermination de circonstance où c’est l’absence d’informations complémentaires qui prévient une spécification plus précise du sujet, c’est la nature même du référé qui y constitue la source de nébulosité définitionnelle.

LogistiqueModifier

 
Il faut sans conteste des summums d'intelligence pour concevoir une logistique aussi hideusement frénétique qu'un camp d'extermination.

Raoul de La Grasserie propose également un genre logistique, dont le critère supposé de discrimination repose sur l’intelligence, qui sépare les êtres qui en sont doués de ceux qui en sont privés[94]. Il précise en indiquant la première comme anthropique et la seconde comme métanthropique[360].

Le terme est par ailleurs employé, vraisemblablement de manière indépendante, dans d’autres domaines comme les mathématiques[361]

MasculinModifier

Le masculin suscite les descriptions suivantes :

Genre grammatical qui, dans une classification en deux genres, s'oppose au féminin et qui, dans une classification en trois genres, s'oppose au féminin et au neutre[362]

Se dit d'une forme des noms (et adjectifs) qui s'applique aux êtres mâles, ainsi que (en français) à des êtres et des choses sans rapport avec l'un ou l'autre sexe (opposé à féminin)[363]. […] se dit plus ordinairement en Grammaire, du plus noble des genres des noms. On appelle le genre masculin, celuy qui appartient au masle ou à quelque chose qui luy est analogue, qui est le plus fort. Homme, taureau, belier, sont du genre masculin. Les noms d'arbres sont masculins en Francois, & feminins en Latin. Il y a des mots qui sont masculins & feminins. Il y en a qui ont esté masculins en un temps, & feminins en un autre, comme affaire, Planete, Comete ; &c.

Genre grammatical qui s'oppose au féminin dans une classification à deux genres ou au féminin et au neutre dans une classification à trois genres[364].

Relatif au genre grammatical qui s’applique généralement, pour les personnes et les animaux, aux mâles, ainsi qu’à une partie des noms désignant des choses[365].

Noms masculins, noms désignant les êtres qui sont masculins par nature ou par assimilation.

Qualifie un genre des mots avec le féminin et, dans certaines langues, le neutre, l’ambigène, etc. — Note d’usage : Il est soit logiquement lié à l’homme, soit arbitrairement défini par l’usage[366].

À l’instar du féminin donc, le genre masculin est souvent présenté comme fortement couplé aux notions stéréotypiques du rôle social masculin, qui bien qu’évidemment sujet de variations et d’évolutions à travers l’espace et le temps, n’en est pas moins souvent considéré comme un pilier identitaire stable et primordial. Le genre grammatical est largement commenté comme outil de normativité du genre social, et selon les postures vis-à-vis de thèses à fondement patriarcal ou phallocratique suscitera soutient ou rejet par les diverses parties[367]. Parmi les traits souvent cités comme influençant un supposé modèle socio-sémantique influençant le genre grammatical se trouvent pour le masculin les qualificatifs suivants : actif, agressif, belliqueux, courageux, dominant, fort, hégémonique, indépendant, noble, prédominant, puissant, rebelle, sexuellement impulsif et vigoureux, sportif, violent[168][368][369][169][370][371][372].

Le seul adjectif qui suscite peut-être un lien direct avec une notion grammaticale parmi les précédent est probablement le terme actif, qui dans la diathèse qualifie la voix s’opposant au passif. Si la sociologie, telle qu’enseignée sous l’aval de l’Unesco, reconnaît comme signe d’inégalité que les tâches ingrates et dévalorisés sont attribuées aux femmes, et que les hommes réalisent les travaux qui sont évalués et considérés dans les systèmes de comptabilité nationaux[373], rien n’oblige grammaticalement à mettre les femmes à la voix passive et les hommes à la voix active en français. Selon Lucile Quillet, journaliste experte de la vie professionnelle des femmes, les femmes ont pourtant bien plus que les hommes recourt à une formulation qui les met en position d’objet patient de leurs actions, entre autres pratiques langagières dévalorisant leurs savoir-faire[374]. Autrement dit, les pratiques langagières les plus valorisantes sont culturellement plus présentes dans le discours des humains mâles.

L’opposition du féminin au masculin couramment présenté dans les grammaires scolaires du français, n’étonne guère dans la mesure ou ils sont généralement les deux seuls catégories qu’elles retiennent. Elle est parfois accrût dans des analyses qui considère une opposition du genre animé masculin au genre inanimé féminin[375].

Côté étymologie, masculin dérive du latin masculinus, même sens, lui même de mascŭlus, mâle, masculin, digne d’un homme, viril, formé sur mās, enfant mâle, garçon, mâle, de sexe masculin, masculin ou figurativement viril, énergique. Mas est possiblement apparenté au radical hypothétique man dont dériverait également memini et moneo, eux même rattachés aux l’hypothétiques men : penser et mens: esprit.

En français, Hubert Séguin[376] estime en 1954 que 54% des mots du français sont des noms dont 58,4 % sont du genre dit masculin[225]. Pour autant, cela n’empêche pas Pascale Alndriamamonjy de faire remarquer en 2000, en reprenant ces statistiques, que les substantifs qui réfèrent effectivement à un être sexué constitue moins de 10,5 % de ce stocke lexicale et que l’usage en tant que marqueur sexualisant du genre est donc largement minoritaire. Aussi, même si le genre qui est mesurablement majoritairement présent est coutumièrement dénommé masculin, cette pratique ne relève pas d’une motivation statistiquement justifiée, comme le corrobore d'ailleurs les analyses présentées à la section sur le féminin. Ainsi selon une approche ainsi objectivé, le système de catégorisation nominale peut être perçu comme assurant des fonctions majoritairement :

  • d’utilitaire syntaxique pour établir les relations structurales entre les constituants d'un énoncé par application de contraintes de cohérence morphologique ;
  • d’indice influençant l’accès à une entrée du lexique mental.

En linguistique, à la suite de l'école de Prague créée au lendemain de la première guerre mondiale, le masculin est souvent qualifié de genre non-marqué[220][314]. Comme déjà mentionné dans la section dédiée au féminin, cette thèse ne résiste pas à l’épreuve d’une analyse morphologique un temps soit peu objective. Le féminin ne greffe pas plus une marque sur un masculin prototypique que le masculin ne s’obtient par troncation d’une forme féminine originelle : les deux procèdent au plus à des suffixations disjointes sur une base commune qui par ailleurs sert souvent également à la formation d’autres termes.

Ci après est synthétisé les ratios de suffixes réputés masculins par rapport aux qualifications dictionnairiques. Comme pour l’analyse faite dans la section sur le féminin, celle-ci s'appuie sur les données du Wiktionnaire, en se basant sur les même sources pour ce qui est de jauger de la réputation masculine. Certaines entrées ont été reprise, notamment là ou un -e finale caduc est possible. Dans certain cas, les entrées ont été également filtré sur critère phonologique, auquel cas la transcription de la cible en alphabet phonétique international est présentée entre parenthèses.

Taux de masculin dans les substantifs effectivement constatés pour les terminaisons réputées masculines
Terminaison Entrées du répertoire Féminine Omnigenre Taux où exclusivement masculines
-ad 72 4 1 93,05 %
-ag 50 4 1 90 %
-age 3723 44 34 97,90 %
-ail 125 4 2 95,2 %
-aille 254 217 4 12,99 %
-ain 318 9 1 98,85 %
-ant 1007 29 4 97,12 %
-ante 432 396 10 8,33 %
-air 43 5 0 88,37 %
-aire 1399 166 293 67,19 %
-ait 55 0 0 100,00 %
-aite 12 12 0 0,00 %
-at 966 46 2 95,03 %
-ate 692 126 57 73,55 %
4679 2816 17 39,45 %
-ée 1615 1494 4 7,24 %
-eau 808 30 6 95,54 %
-ège 54 10 3 75,93 %
-et 1538 26 3 98,11 %
-ette 1744 1643 10 5,22 %
-eu 180 9 6 91,67 %
-eur 5042 150 12 96,79 %
-eure 107 86 0 19,63 %
-id 50 2 2 92,00 %
-ide 682 176 55 66,13 %
-ier 2314 19 7 98,88 %
-ière 1219 1171 3 3,69 %
-isme 2736 9 3 99,56 %
-it (/it/) 141 6 11 87,94 %
-ite 2779 2374 80 11,69 %
-ment 2694 5 0 99,81 %
-mente 3 3 0 0,00 %
-oir 614 8 1 98,53 %
-oire 269 143 4 45,35 %
-ur (/yʁ/) 91 6 1 92,31 %
-ure 1608 1308 3 18,47 %

Ce chiffrage, bien que ne couvrant pas exhaustivement les terminaisons possibles, permet tout de même de dresser quelques constats sur les nom communs français, en plus de ce qui a déjà été indiqué dans la section sur le féminin :

  • Sur les terminaisons considérés, seul -ait coïncident totalement au masculin. Mais comme constaté pour le féminin, cette univocité ne vaut qu’à l’écrit : -é, -ée, et -et pour ne reprendre que des entrée du tableau se prononce généralement de manière indistinct de -ait.
  • Viennent ensuite -ment et -isme qui dépassent tout deux les 99 % de correspondance. Le premier, -ment, est ouvert à plus d'homophonie, avec notamment -mand et -mant, ce qui n'en diminue pas le taux de correspondance au masculin. Pour le second, -isme, il n'y a guère d’homophone, tout juste trouve-t-on les emprunts sharism et turntablism, masculins qui plus est.
  • Comme pour le féminin, le déséquilibre dans la distribution n’est pas corrélé aux nombres d'items concernés.
  • Sur les 45 terminaisons considérés, 13 sont dans le dernier vigésile (>95 %), 22 sont dans le dernier décile (>90 %), 27 dans le premier quartile, (>75 %) et 30 sont dans le duïle au dessus de la médiane (>50 %).
  • Sur les 36 entrées considérés, 18 dépassent les 90 % de correspondance exclusive à un genre masculin. En tenant compte du fait que plusieurs entrées ont été considérées dans le tableau pour une mise en relief de terminaisons proches, cela consolide à nouveau un taux remarquable de corrélation morphotypologique.

À l’instar du féminin, le sujet du genre masculin ne manque pas de croiser de nombreuses perspectives dans la littérature, dont les apports à la réflexion menée dans cette section ne sont pas négligeable, mais trop vague pour être lié à des propos précis, aussi il bien qu’il ne soient pas indispensable au propos ici circoncis, il sera intéressant de prolonger la réflexion par les références affines[377][378][369][379][380][381][382][383][384][385][386][387][388][389][390][391][392][393][394][395][396][397][398][399][400][401][402][403][404][405][406].

MixteModifier

 
Le mixte peut brasser au-delà des genres pour des sujets de première importance.

C'est le genre qui correspond à la désignation d'un groupe de personnes, donc sexuées, et de sexes variés.

Sur le plan étymologique mixte vient du latin mixtus, lui même issue de miscĕo : mêler, mélanger.

Dans la littérature, le terme genre mixte est principalement employé en dehors de tout considération grammaticale[407][408][409][410][411][412], dans des formulations qui sont cependant parfois suffisamment éclairante pour servir d'inspiration à un genre ainsi qualifié :

Or, traditionnellement dans la théorie des genres, le lyrique se donne comme le subjectif par excellence, l'épique comme le genre objectif alors que le dramatique se constitue comme genre mixte, à la fois objectif et subjectif[413].

Il se trouve tout de même quelques emplois dans un contexte topique pour la présente recherche[414], par exemple dans les extraits suivants de textes de Pierre Fiala et Gabrielle Varro en 2007 pour le premier et de Nicole Pradalier en 2012 pour le second :

Couple lexical apparemment sans histoire, mixte/mixité, de souche bien latine, partage les multiples traits sémantiques du mélange, de l’assemblage, de la combinaison, de la fusion, de l’union, avec son doublet métis/métissage, passé par le portugais, marqué ethniquement, et avec la paire gréco-latine hybride/hybridité, à connotation biologique et technique. […] Nulle trace de la notion de mixte dans ces approches diachroniques. La communauté ou l’indifférenciation de genre sont analysées sous l’espèce du masculin […] Il sert à marquer expressivement dans le discours, de façon optionnelle, qu’un syntagme nominal animé humain adjectival, pronominal réfère à une entité mixte, c’est-à-dire composée d’individus des deux sexes.[415]

C’est pourquoi l’idée de penser un « genre mixte » selon l’expression de P. Fiala qui fonctionnerait en alternance et en complémentarité avec les genres masculin et féminin dans l’accord grammatical semble une nécessité pour permettre la reconnaissance de la diversité sexuée en harmonie avec le fonctionnement du système de la langue. Ce « genre mixte » peut correspondre à ce qui a été énoncé plus haut et dit « genre épicène »[57].

Le mixte serait donc à la croisée du commun et de l'indifférencié, tout en incorporant possiblement une valeur épicène. D'où la proposition de définition suivante :

👉 forme de genre grammaticale ou le référé est apostrophé dans une formulation visant à faire fi d'un trait sémantique distinctif, comme le sexe, qui le démarquerait sinon d'un groupe à l'aune duquel il est concerné par l'énoncé.

NeutreModifier

Sur le plan étymologique neutre vient du latin neuter : ni l’un, ni l’autre, indifférent, neutre, lui-même composé de ne et uter dont le sens exact varie selon l’emploi : interjectivement qui des deux ?, relativement celui des deux qui, indéfiniment l'un ou l'autre.

Les dictionnaires courants, entre autres propositions plus ou moins similaires, définissent ainsi le neutre grammaticale :

Dans certaines langues à trois genres, genre qui s'oppose au masculin et au féminin par des marques formelles; genre représentant souvent l'inanimé, un nom d'objet (en français, on qualifie de neutres des pronoms tels que rien, quelque chose, tout, quoi qui représentent des inanimés)[416].

Qui appartient à une catégorie grammaticale où ne se manifestent pas les formes du masculin et du féminin. […] se dit à l'égard des noms qui ne sont ni masculins, ni feminins. Les Latins ont trois genres, le masculin, le feminin, & le neutre. En François il n'y a point de noms neutres. A l'égard des verbes, il se dit de ceux qui ne sont ni actifs, ni passifs[417].

Se dit du genre grammatical qui, dans une classification à trois genres, s'oppose au masculin et au féminin. (Le neutre représente souvent le terme « non-animé » dans le genre naturel[418].)

La conception du neutre en opposition de deuxième articulation, après celle du féminin et du masculin regroupés, est donc largement répendue dans ces sources. Elle est dans la droite lignée de ce que proposait Denys de Thrace au deuxième siècle avant l’ère commune, qui par ailleurs comme déjà évoqué y mentionnait une troisième opposition constituée par le commun et une quatrième via l’épicène.

La place du neutre dans le réseau des oppositions consécutives de genre
Permière opposition Troisième opposition
Seconde opposition Fémin Masulin Commun
Neutre
Quatrième opposition Épicène

L'absence d'un neutre dans les grammaires officielles du français contemporain est d'autant plus marquant qu'on le retrouve dans de nombreuses autres langues. Suggestion par la géométrie de l’objet de courbes féminines ou de forme phallique mis à part, la sexualisation d'objets de toute évidence dépourvu d'une quelconque dynamique sexuelle, prise en pure synchronie, à de quoi surprendre. D’autant que même dans des langues possédant un neutre on trouve une sexualisation, ou tout du moins une assignation de genre grammatical, à de tels objets : die Maschine (la machine), der Mond (le lune, traduction littéral qui nous montre bien l'arbitraire du procédé), alors que ce qui sans nul doute se perpétue par une dynamique sexuelle se voit attribuer un neutre : das Pferd (le cheval), das Rind (le bovin), das Fräulein (la demoiselle), das Mädchen (la fille).

Probablement, une majorité des concepts que nous employons couramment pourrait se décliner en un neutre asexué : le nombre, la neige, le feu, le neutre, etc. Possiblement, cela pourrait ajouter une barrière conceptuelle aux tentations d'anthropomorphisme. En tout les cas cela offrirait une typologie de genre bien plus cohérente et évidente. Dans une certaine mesure, ce neutre existe déjà en français : pour peu qu'on le considère comme un homonyme de son pendant masculin, le il de « cet après midi, il pleut » ne désigne pas un masculin, mais bien un genre impersonnel[N 29]. De plus des pronoms personnels comme y et en sont généralement qualifiés de neutre ou tout au moins d’adverbiaux et donc invariable en genre[419].

S’il est usuel dans les grammaires classiques du français de présenter le neutre comme inexistant en synchronie, même en excluant les formes impersonnel du il, le français dispose bien de mots grammaticaux pour lesquels neutre semble un qualificatif tout fait approprié : ceci et cela[420]. Constat qui n’a pas échappé aux philologues, tel Gaston Paris qui dès 1894 publie un article sur Le pronom neutre de la 3e personne en français[421]. En 1910 le gouvernement français en ratifie l’enseignement dans un arrêté ministériel comme l’une des trois formes de genre de la langue française[422]. D’ailleurs, certains cours contemporain n’hésitent pas à présenter le neutre dans l’enseignement du français[423][424].

Christiane Marchello-Nizia résume la situation en 1989 en indiquant l’existence de deux pôles extrêmes, le premier se rangeant derrière la grammaire de Port Royal de 1660 qui proscrit le neutre, le second le reconnaissant pleinement qu’elle place en file de Gérard Moignet et de sa Grammaire de l'ancien français parut en 1976[425], la majorité oscillant entre ces deux bornes acceptant le neutre pour ceci et cela et la rejetant pour le il impersonnel.

Pronoms démonstratifs en français[N 30]
Type Singulier

Neutre

Singulier Pluriel
Masculin Féminin Masculin Féminin
Complet Indifférencié

ou distal

ce, c’, ç’

cela, ça

celui-là celle-là ceux-là celles-là
Proximal ceci celui-ci celle-ci ceux-ci celles-ci
Incomplet celui celle ceux celles

Outre l’aspect d’indication distancielle d’un objet quelconque, cela et ses variantes permet de désigner un être vivant dont on ignore la nature mais usuellement il ne remplace pas une personne, ce que peut exceptionnellement faire ceci par dérision : ceci, logée au rang des modestes chanteuses francophones, est Edith Piaf.

Le roman de Stephen King intitulé It, dans sa version originale est traduit par William Olivier Desmond en Ça. Si tout le monde n’apprécie pas la qualité des traductions de ce dernier qui en a l’exclusivité en français[426], il faut reconnaître que la traduction de ce titre reste d’une qualité acceptable. Pour rappel, le titre est éponyme d’une entité maléfique qui prend la forme des peurs les plus profondes de ses victimes. En anglais ce personnage monstrueux est généralement désigné par le pronom personnel neutre de la troisième personne. Il faut reconnaître que pour une telle créature, le trait personne est débattable, et par ailleurs ça conserve le caractère monosyllabique et digrammique de son pendant anglais it.

Mais généralement un énoncé comme ça me regarde n’est pas interprété comme une tierce personne me regarde, mais bien comme l’objet dont il est question me regarde.

Le il impersonnel, réservé aux verbes unipersonnels pour reprendre la terminologie de Gérard Moignet[420], constitue un cas où le pronom il désigne un neutre sans que cela semble trop causer d’objections, possiblement du fait de la relative confidentialité de cette analyse qu’il énonce ainsi :

Le pronom personnel il du verbe unipersonnel est donc le pronom de la personne d’univers, immanent au plan verbal, indétachable de la sémantèse […] ; il est impossible de faire varier ce pronom en genre et en nombre : la personne d’univers est neutre et non nombrable, le pronom ne symbolise aucun être, animé ou non, isolable de la sémantèse verbale et par là assimilable à un être agissant. Le phénomène n’est pas pensé comme pouvant avoir une causation extérieure à lui-même.

L’état de l’art permet de constater que les candidats ne manquent pas pour étendre à un pronom personnel neutre à la troisième personne, que ce soit en réactivant une pratique tombé en désuétude, comme al et el, cel, cest[349], ou des néologismes complets, comme do, lo, lu, o, ol, ols, ul, uls, um, uno, unu et bien d’autres décrits dans la section ultérieure exposant une chronologie des propositions d’évolutions graphiques et grammaticales du français.

Même en écartant ces propositions plus ou moins exotiques, il reste qu’un nombre relativement confortable de mots français sont aptes à servir de sujet neutre dans des énoncés courant. En revanche du côté des adjectifs pour s’y accorder, il semblerait que pis constitue l’unique terme contemporain pour lequel un consensus semble se dégager pour le qualificatif de neutre[427][428][429][430][431].

À consulter sur la même thématique les autres références afférentes au neutre de la troisième personne dans d’autres cas plus spécifiques que ceux traités ici[432][433][434][435][436][437][438][439].

Personnel et impersonnelModifier

 
La personnification d’objets non-humains par anthropomorphisme s’avère une pratique fort répandue dans le temps et l’espace. Sur cette photo lune et soleil se voient figurés en masques pourvus des traits d’un visage humain.

Sur le plan étymologique, ces termes dérive de personne, du latin persona : masque de théâtre, rôle, personnage. La personne, c’est donc le masque que revêt un individu dans le grand théâtre du monde.

La notion de personne vaut également en droit, où elle s’étend aussi à des abstractions organisationnelles : les personnes morales permettent de faire porter le chapeau de toutes les transgressions éthiques à une fiction juridique.

Pour des sujets constituant des pans d’écosystèmes conceptuellement isolables, la reconnaissance légale d’une personne attachée se montre par contre nettement plus sporadique et récente, tout en suscitant de vifs débats[440][441]. Non pas qu’une telle convention soit radicalement inédite dans l’histoire de l’humanité : toute forme d’animisme est résolument assimilable à un tel statut socio-ontologique. Certains linguistes n’hésitent d’ailleurs pas à réduire le genre personnel au genre animé, ce qui illustre bien la connivence des deux notions et de leurs contraires respectifs d’inanimé et d’impersonnel[442].

Du côté de la grammaire, les descriptions que fournissent les dictionnaires courants sont souvent plus loquaces que pour féminin, masculin et neutre :

Catégorie grammaticale marquant le rapport à celui qui parle, à celui à qui on parle, à celui (ce) dont on parle et qui se note morphologiquement dans le verbe, le pronom personnel, le pronom et l'adjectif possessifs. La première personne (je, moi, me, mon) renvoie au locuteur, qui parle de lui-même, la deuxième personne (tu, toi, te, ton) renvoie à l'interlocuteur, la troisième personne à ce qui n'est ni le locuteur, ni l'interlocuteur. La personne où le locuteur est impliqué avec d'autres est dite première personne du pluriel (nous, notre, vôtre). La troisième personne du pluriel est homogène en ce sens qu'elle vient de la réunion de deux ou plusieurs «troisièmes personnes». La troisième personne du singulier comme au pluriel, est celle de la personne dont il est parlé sans plus. C'est la personne passive, absente du système de l'interlocution. Ce n'en est pas moins une personne, et il est inexact de parler d'elle comme d'une «non personne»; c'est la personne de tout ce que la pensée a appris à désigner, la personne inhérente à toute sémantèse, à tout ce dont le langage est capable de parler[443].

Catégorie grammaticale classant les pronoms, les noms et les verbes, en fonction des rapports qui lient le locuteur, l'interlocuteur et le reste du monde. […] PERSONNE, se dit aussi en Grammaire des verbes & des pronoms qui se conjuguent, ou s'appliquent à trois differentes personnes[444].

Catégorie grammaticale qui se marque par des désinences verbales et/ou par la juxtaposition au verbe de pronoms personnels et qui sert à distinguer les participants à la communication ou à référer à l'énoncé produit[445].

Rôle que tient la personne ou la chose en cause dans l’acte d’énonciation[446].

La notion dont il est question dans ces définitions est cependant plus spécifique que celle abordée dans cette section, puisqu’elle en limite la portée au lien métonymique entre un discours et indices métacontextuels des personnes qui y sont désignés. Cette polysémie n’a d’ailleurs pas échappé aux linguistes, voici par exemple ce que Georges-Henri Luquet[447] en résume dans sa note de bibliographie analytique qui décrit l’œuvre de Viggo Brøndal – figure à la croisée du linguiste, du philosophe et du sémioticien[448]Le concept de personne en grammaire et la nature du pronom de :

En grammaire, les mots personne et personnel sont appliqués à trois catégories de faits : les personnes des pronoms et de certaines formes verbales, le genre personnel et les pronoms personnels. La langue est arrivée à exprimer par trois moyens différents les trois aspects qui constituent le fait complexe de la personnalité : l'individu, la faculté créatrice ou animale, la conscience. C'est en isolant tour à tour ces trois aspects que la grammaire a pu désigner des faits si radicalement divers par un seul et même terme[449].

Alexandru Mardale et ses Éléments d’analyse du marquage différentiel de l’objet dans les langues romanes peuvent également être cités de manière éclairante sur l’histoire et la porté de ce genre :

Les analyses que nous avons regroupées dans cette classe attribuent à pe et a le statut de marques dudit « genre personnel ». Cette expression vient de la grammaire traditionnelle – elle a été proposée par Spitzer (1928) pour l’espagnol et développée par la suite par Racoviţă (1940) – et désigne les expressions nominales ayant le trait [+ humain][450].

Le genre personnel est surtout étudié dans les langues où il exerce une influence morphosyntaxique, dans des langues slaves[451][452][453] comme le haut sorabe, le polonais et slovaque[454][455][456][457][458][459] ou plus marginalement dans le bulgare[460][461], le roumain[462][463] et le russe[464] ainsi que dans des langues issues d’autres famille comme le hittite[465], le canara et le tamoul[466]. Il est par ailleurs mentionné dans l’analyse de l’anglais, qui par son statut de lingua franca contemporaine bénéficie d’une fréquence d’interaction plus importante avec le français :

Le genre personnel et le genre impersonnel se distinguent dans les substantifs anglais par l'effectif casuel : les substantifs de genre personnel admettent le génitif en -s, les autres le remplacent par l'expression avec of ou par des périphrases diverses[467].

Personne ici s’oppose à chose[360], donc personnel à chosatif[95], à ce qui chosifie en entité inanimé ou plus précisément en entité dont est contesté toute dignité personnelle. Le lien entre personne et animéité est explorer par Louis Hjelmslev en 1956 dans Animé et inanimé, personnel et non-personnel. Cependant c’est plus généralement les termes non-personnel[468][469][470] ou impersonnel[471][472] que retient la littérature. Le sujet y est d’ailleurs, tout au moins pour le français, nettement plus couvert pour ces cas antonymiques que celui de genre personnel. David Gaatone suggère que cette différence de traitement serait inversement proportionnelle à la faible fréquence d’emploi de ce type de formulation — 1 à 6,7% selon ses estimations — conjugué à la difficulté d’en rendre compte sous le prisme de ce qui paraît suffisament évident dans le cas général pour être traité succintement[473].

Barbara De Cock en 2020 dans Intersubjective Impersonals in Context: A Multivariate Analysis of Spanish “Uno” and “Se” in Spoken Language soutient que le genre impersonnel joue un rôle notable dans l’appel à l’empathie dans les relations intersubjectives par le biais d’une perspective théorique pouvant faire tomber les barrières identitaires[474]. Cela concorde avec les analyses de Yatziv‑Malibert et Zohar Livnat pour l’hébreu, qui nuance cependant leur constat en indiquant qu’une forme impersonnelle peut générer un effet d’éloignement d’une part et proximité et solidarité d’autre part[475]. Un important renseignement que fourni ces études est que le genre impersonnel n’est, dans ces cas là, aucunement détaché du trait sémantique humain, bien au contraire, et ne fait que détacher les propos d’une personne bien déterminé.

Cette approche de formulation impersonnelle visant à susciter la complicité ou la distance est résolument active en français, par exemple dans :

Comme tout le monde le sais, quelqu’un devait faire le sale boulot.

Dans cet énoncé la personne qui s’exprime engage ses interlocuteurs à se projeter dans tout le monde. Ce tout le monde ne désigne personne en particulier, mais tant celui qui plaidoie que ceux à qui il s’adresse y sont tacitement mis en connivence. Il invite aussi implicitement à excuser un spéculatif quelqu’un que chacun aurait pu incarner si quelques hasardeuses circonstances n’avaient désigné l’orateur à sa place. Enfin elle invite à conférer une figure sacrificiel quasi-héroïque à ce prédicateur qui, assurément, a agi avec répugnance lorsqu’il a commis son forfait salvateur, dont tout à chacun est virtuellement tenu et dont les conséquences positives bénéficient assurément à l’ensemble de l’auditoire, voire jette un soupçon d’opprobre culpabilisateur sur les allocutaires qui se figuraient avoir les mains propres quand leur irresponsable attitude tire-au-flanc n’aura que mis d’avantage de pression sur le dos du brave scélérat.

Par ailleurs, la tournure archi-courante du il impersonnel va plus loin puisque ce sujet ne peut généralement pas être éludé bien qu’il ne réfère à rien. L’usage en français de cet impersonnel adéictique[476][477][478][479] prédate l’obligation générale d’y adjoindre ostentatoirement un sujet, tout pronom fictionnel fut-il, mais a laissé des tournures où cet omission se maintient sous forme vestigiale : advienne que pourra, reste à savoir, n’importe ou encore peu s’en faut font figures d’exceptions sans choquer pour autant les francophones[480]. Certains comme Michel Maillard vont jusqu’à dénier la qualité de pronom à ce il, lui préférant la terminologie d’indice pronominal à un prédicat asubjectival[481] considérant comme méprise la qualification en constituant nominal sujet ce qu’il identifie pour sa part à un clitique. Autrement dit dans cette approche, il n’y pas plus de sujet dans l’énoncé il-vient, qu’il n’y en a dans voilà coagulant l’impératif vois-là. Cela étant, comme Michel Maillard le souligne lui-même dans le même article où il présente cette théorie en 1994, cette perspective est loin de faire l’unanimité.

Il convient de faire remarquer que si l’emploi de genre impersonnel est sans conteste utilisé dans la littérature, c’est uniquement comme trait grammatical complétaire d’autres catégories de genre. Christianne Marchello-Nizia ne s’y trompe par dans son article intitulé Le neutre et l'impersonnel[349] : loin d’y trouver un trait autonome qui se suffit à lui-même, c’est généralement comme appendice tangent au neutre ou masculin qu’il est relégué dans la plupart des analyses existantes du français si ce n’est la totalité d’entre elles.

Pour aller plus loin sur le concept de personne, il sera possible de consulter quelques références qui dépassent le cade de cette recherche[482][483][484][485][486].

PsychologiqueModifier

Comme le synthétise Colette Chiland, psychiatre, professeure des universités en psychologie clinique et psychanalyste française, dans Les mots et les réalités parut en 2011 :

L’identité sexuée peut être considérée sur trois plans : biologique, psychologique et social. Le terme « identité de genre » est lié à la distinction faite entre sexe biologique et genre psychologique et social. Les adjectifs qui correspondent au sexe sont mâles et femelles, ceux qui correspondent au genre sont masculins et féminins[487].

Dont acte, féminin et masculin sont des genres psychologiques, femelle et mâle s’emploient pour la biologie et la société se charge de tisser des liens entre ces deux aspects représentationnels, inter alia. Il s’agit bien sûr d’un découpage qui ne saurait prétendre avoir ses points faibles, pourvoir à toutes les nuances et assurer l’absence de frontières forts poreuses. Et de fait dans la littérature le genre rapporté au sexe se voit tour à tour considéré comme phénomène biosocial[488][489], biopsychique[490], psychosocial[491][492] ou encore biopsychosocial[493]. Et le genre psychologique peut se voir évoqué dans des considérations sans rapport spécifique au sexe, comme le fait d'endosser autorité sociale justifiée par l’expertise, ou légitimée par la reconnaissance d’un rôle familial, hiérarchique, politique[494][495][496][497]. Toutes ces réserves étant émises, le genre psychologique dans sa considération grammaticale pourra donc être défini comme :

👉 forme de genre grammatical où le référé est désigné dans une formulation visant à insister sur un trait de caractère psychologique distinctif attribué à la personne topique par le prisme d’un stéréotype social.

En 2017 dans Liens entre genre psychologique, estime de soi corporelle et interactions enseignant d’EPS-élèves en lycée professionnel Julien Moniotte, Vincent Druel et Clément Ségura mettent en lumière le Bem Sex Role Inventory (BSRI) mit au point par Sandra Bem[498]. Celui-ci permet de mesurer le degré d'endossement d'un rôle sexuel par l'attitude ostentatoire qu’adopte un individu vis-à-vis de traits saillants connotés : alignement, indifférence ou rejet. Dans cette étude seul féminin et masculin sont envisagés, en indiquant que les typés féminins sont les individus qui endossent les traits connotés féminins tout en rejetant les traits masculins, et inversement pour les typés masculins, tandis que les typés androgynes endossent simultanément les traits des deux catégories et que les typés non-différenciés rejettent globalement l'ensemble de ces traits. Mais l'analyse qu’ils proposent n’évoque pas de classification pour les individus qui se montrent indifférents au suivi de ces traits, pas plus qu’il n'aborde le sujet de la transsexualité ou d'autres genres reconnus ou non dans le cadre social où vie la personne.

La variabilité culturelle de ces catégories est au moins mentionnée dans La personnalité de la marque, outil stratégique sur le marché du prêt-à-porter féminin publié de Joël Gouteron en 2006[499]. L'étude y évoque notamment la publication de Barbara Stern et ses collègues en 1987 comme source de méthode classificatoire prenant en compte quatre items[500] :

  • le genre émotionnel, relatif à la la sensibilité ;
  • le genre biologique, relatif à l’apparence physique ;
  • le genre sociétal, relatif aux occupations ;
  • le genre cognitif, relatif aux centres d’intérêt.

Pour Ray Brassier, s’inscrivant dans la ligné de Wilfrid Sellars, ce sont croyances, désirs, intentions et entités similaires qui constituent les genres psychologiques fondamentaux dont doit rendre compte toute théorie de la connaissance[501].

Dans Différence des sexes ou distinction sexe/genre paru en 2011 Jean-Baptiste Marchand résume avec clarté les origines des études de genre qui ont connu un vaste succès dans la sphère anglophone à partir de 1955, à la suite notamment de John Money psychologue américain, Robert Jesse Stoller son compatriote psychanalyste et Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie de la reproduction à l’université de Hawaï[502]. Il synthétise ensuite les contributions au sujet faite par l’ethnographie, en évoquant notamment le cas des cultures Inuits et des berdaches où à cours un statut social pour des personnes se situant en-dehors de la dichotomie homme/femme ou permettant à ces personnes de vivre dans le rôle du sexe opposé. L’article consacre également une pleine section à Judith Butler, philosophe, professeur de rhétorique et de littérature comparée à l’université de Berkeley et Jean Laplanche, philosophe et psychanalyste français, ainsi qu’à Colette Chiland déjà évoqué précédemment. Sans rentrer dans les détails, toutes ces approches toutes ces approches sont largement centré sur la notion de sujet psychologique. C’est également le cas des cinquante années depuis l’introduction de la notion de genre que le même article décris à vol d’oiseau avant de remarquer dans sa conclusion que selon les auteurs, le genre est comportemental, identitaire, cérébral, culturel ou sociopolitique.

Si toutes ces études tendent à influencer la notion de genre grammatical en y transférant la critique du binarisme biopsychosocial dont la langue cristalliserait le primat, certaines publications n’en conclut pas moins que le je de l’interlocution n’a ni sexe, ni genre ; c’est en tout cas ce que soutient Irène Théry dans Le genre : identité des personnes ou modalité des relations sociales ? parut en 2010[503].

Reste à déterminer comment coordonner genre psychologique et genre grammatical. Dans une perspective échelonnante, les deux évidentes solutions seraient de faire de l’un le sous-genre de l’autre. Les deux peuvent aussi être alternativement conçu comme genre de première et seconde articulation selon les besoins : la grammaire fille de la psychologie pour étudier le langage dans une perspective de psychogénèse, la psychologie fille de la grammaire dans l’indispensable articulation claire des idées qu’elle entend exposer dans un discours à la syntaxe réglée selon des conventions explicites. Le tout pouvant faire l’objet d’ambitions synthétisantes dans des théories de co-construction et co-évolution qui l’une dans l’autre tente chacune à sa façon de modéliser une facette de la masse protéiforme du mental. De telles visées dépassant de très loin le cadre de la présente recherche, c’est uniquement l’approche qui considère le genre psychologique comme sous-genre du genre grammatical qui sera retenu comme volet d’exploration.

Il faut noter au passage l’emploi fréquent de genre psychologique comme catégorie littéraire[504][505][506][507][508][509], avec dans des cas extrême comme la Princesse de Clèves où la bascule du genre d’un personnage durant l’écriture est invoqué dans sa classification littéraire[510][511].

Pour aller plus loin sur les notions annexes, il est recommandé de consulter les références afférentes[512][513][514][515][516][517][518][519][520][521][522][523][524][525][526][527][528][529][530][531][532][533].

Sexiste, sexuant, sexualisant, sexualisé, sexualiste, sexué, sexuel, sexuisemblanceModifier

Pour éviter la proliférations des sections autours du radical sex/, et permettre de mieux croiser et distinguer les différents traits sémantiques qui y sont rattachés, l’ensemble des genres dérivés sont traités en une seule unité. Ce regroupement paraît d'autant plus crucial que pas moins de 377 termes contiennent cette séquence lexicale[534], dont 104 adjectifs. Cela ne remet évidemment nullement en compte la légitimité de l'emploi indépendant de chacune de ces catégories de genre. Dit autrement, le regroupement de tous ces qualificatifs dans cette unique section ne vise pas à ajouter à la confusion, mais à relever cet état de fait et à en démêler ces différentes parts d’un seul tenant plutôt qu’éluder l’existence de cet imbroglio. Cela ne couvrira possiblement pas tous les cas, puisque l’autorat francophone ne manque pas d’inspiration pour explorer des qualificatifs autours de cette notion.


Josée Gauthier en 1988 explique que le genre sexiste est celui qui repose sur un stéréotype social[535] dont l’influence psycho-linguistique interfère autant sur les représentations des locuteurs, que sur les associations énonciatives qui confinent à l’idiotisme, et sur l’évolution générale de la langue. Son exposé prend entre autres exemples une citation de Benoîte Groulx qui en 1975 auto-critique un lapsus que l’usage lui suggérait pour son expression dans Ainsi soit-elle :

L'Atlantique n'a pas de ces caprices... j'allais dire féminins. À quel point le language nous contraint à mal penser: le caprice est féminin, comme l'orme est déculaire.

La catégorie genre sexiste peut donc ce définir comme :

👉 genre grammatical qui impute à une entité, fut-ce un objet inerte ou une abstraction, des traits de caractère réputés stéréotypiques d’une catégorie de sexe spécifique.

Raoul de La Grasserie en 1904 n’hésite pas à évoquer le terme de genre présexuel, pour mettre en relief l’apparition qu’il estime historiquement tardive de la notion de sexualité dans la grammaire, et qu’il suppose initialement purement lexical et sans impact grammatical contrairement au biotique et au logistique. À l’inverse il emploi le terme de genre sexualiste la notion de genre couplé à une détermination en lien avec la sexualité[94]. La catégorie genre sexualiste peut donc se définir comme :

👉 genre grammatical qui impute à une entité, fut-ce un objet inerte ou une abstraction, des traits de caractère réputés relatifs à la notion de sexualité.

Nicole-Claude Mathieu en 1998 dans Remarques sur la personne, le sexe et le genre rappelle que le mode de liaison entre sexe et genre peut varier selon les sociétés et que ce mécanisme culturel impose en réalité, par des moyens plus ou moins forts selon les sociétés, un genre permanent[536]. Elle fourni aussi une analyse de la sexuation, également analysée par Simone Lecointre en 1989[537], en définissant le verbe dont dérive ce substantif qui en indique l’action, repris ci-après avec ajout d’emphases :

Sexuer un humain c’est certes annoncer s’il est mâle ou femelle, mais aussi se demander comment une personne d’un certain « sexe » s’est constituée de la conjontion de deux sexes différents et, au-delà, de la conjonction (ou non) des « héritages » (quel qu’en soit le sens pour chaque société) respectifs du côté paternel et du côté maternel de la parenté, et cela représente des enjeux parfois considérables. […] Nous abordons ici plus directement la personne sociale, et donc entre autres la question du « sexe social » […] et du genre. En même temps que la personne est élaborée corporellement et historiquement (par exemple, « ce bébé garçon a tout de sa grand-mère » ou « en cette petite fille se réincarne son grand-oncle »), un ensemble de comportements, d’attitudes, de tâches, de fonctions, etc. lui est réservé - une sexuation sociale, une grammaire (d’où le terme gender « genre ») où elle ne devra pas faire de fautes.

D’autres associe le vocable de sexage à ce procédé d’imputation d’un sexe, qui conduit à des approches descriptives différenciés[538][539]. Aussi en ce sens le genre sexuant, qui se rapporte lexicalement au participe présent de sexuer, c’est la catégorie qui peut se définir comme suit :

👉 genre grammatical qui réfère à des conventions biosociales d’appartenance à une classe de sexe.

Véronique Perry énonce en 2006 que le genre en tant qu'instrument de catégorisation de l'univers référentiel, touche au cœur de l'identité personnelle et conditionne l'inscription de l'individu dans la sphère sociale[540]. Et dans la part la plus intime de la vie humaine se trouvent le sujet de la sexualité, en tant que type biologique, type social, type de relations amoureuses, charnelles et libidinales. À cela s’ajoute l’enjeu systémique de contrôle de la natalité dans la gouvernance politique de l’évolution démographique, point capital dans l’organisation étatique[541][542][543]. Tous ces sujets sont aussi nettement distinguables que nettement perméables et allégrement amalgamés dans le déluge de propos qui leurs sont publiquement consacrés. Couplé à la porosité entre notion de genre et de sexe ainsi qu’à l’hypothèse largement discouru de l’avènement de sociétés individualistes[544][545][546][547], il n’est guère étonnant de constater une prégnance prépondérante de l’analyse du genre sous le prisme de la sexualité dans la littérature.

Il y a donc d’une part le genre sexué, lié à une condition biologique supposée composante inhérente de l’individu, indépendamment de tout cadre culturel et social[548]. Quitte à énoncer une banalité, il est évident que nul n’étant effectivement en mesure de juger hors de ses propres cadres représentationnels, il s’agit en pratique d’un socle jugé ici suffisamment consensuel pour ne pas s’y attarder plus avant.

D’amblé il peut être noté que pour de simple considérations pratiques, aucune typologie de genre en usage ne propose autant de genres grammaticaux que de types biologiques de sexe. En effet, en s’éloignant des problématiques purement anthropocentriques, pour certaines espèces la biologie contemporaine distingue des milliers de sexe[549][550][551]. Aligner le trait du genre des langues sur la diversité biologique s’avérerait si ce n’est impossible, logistiquement complexe.

La biologiste Anne Fausto-Sterling a largement participé à populariser la question de la diversité des sexes assignables à l’humain et au thème de l’intersexuation par la publication en 1993 de son article Les Cinq Sexes[552]. Elle en précisera d’ailleurs l’intention non limitante, mais fondatrice de repères sur un spectre indéfiniment large et dans un niveau de granularité arbitraire lors d’une rétrospective en 2000[553].

Cette approche confirme que le genre sexuant correspond au stéréotype sexuel socialement assigné à un individu, par lui-même et les autres, à travers un acte de sexuation. Entre autres adjectifs correspondant se trouvent allosexuel, altersexuel, bispirituel, cisgenre, trans, LBGT, queer[554].

Alors que le genre sexuant associe un individu à un stéréotype, le genre sexualisant part d’un stéréotype pour façonner un individu. C’est par exemple sans équivoque le processus par lequel se créent les personnages de fiction dont la dimension sexuel n’est pas totalement écarté[555]. Ce procédé n’est pas nécessairement appliqué à un objet anthropomorphique, il peut par exemple intervenir dans le processus de création musical[556]. Les emploient permettent par ailleurs d’établir des liens entre les mécanismes narratifs de qui humanise ou déshumanise un personnage, avec ceux qui le sexualise ou le désexualise[557]. Tout cela n’est pas pour autant confiné aux procesus de création et d’analyse des arts : l’expression sexualisante s’invite volontiers dans les jeux de séduction du theatrum mundi[558]. Et sur le plan des forces collectives influant la sexualisation des individus par un procesus bio-socio-cultruel, les publications abondent dans l'anthropologie, la sociologie et même la géopolitique[559][560][561][562][563].

Le genre sexualisant, pourra donc se définir comme :

👉 genre grammatical qui insuffle performativement un stéréotype sexuel aux sujets désignés dans son emploi.

Côté linguistique le genre sexualisé est employé comme métacatégorie pour qualifier un genre qui est lié à la notion de sexe[564]. À noter que du côté des neurosciences, des distinctions sont parfois faites entre cerveau genré, sexué et sexualisé[565]. Cela permet notamment de distinguer les imputations supposées purement culturelle, exclusivement biologique ou mêlant les deux – que ce soit de façon hétérogène ou homogène. Et comme l’énonce Lucie Lembrez en 2015, le lien est fait avec la catégorie grammaticale[566]. D’où la définition de genre sexualisé comme :

👉 genre grammatical qui connote un stéréotype bio-culturel quand au sexe des référés.

Le genre sexué est notamment employé pour désigner le genre biologique, avec un emploi clairement délimité à cette sémantique dans certains articles[567][568]. Marcel Tamba Millimouno emploi le terme en 1989 pour parler du genre grammatical en le distinguant des classes appariés dans les langues à classe nominale[569]. Irène Bellier suit une voie similaire en l’opposant au genre animé[570]. Cependant, comme pour les autres termes de cette section, la littérature l’emploi souvent indistinctement du genre culturel, psychologique ou sociologique – ou tout au moins de manière trop vague pour que cette distinction soit indubitablement opérante[571][572][573][574][575][576][577][578][579][580][581][582][583][584][585][586][587][588][589]. D’où une définition de genre sexué comme :

👉 genre grammatical qui connote un stéréotype biologique quand au sexe des référés, ou par métonymie la sémantique peut déborder sur des aspects psychosociaux.

Le terme sexual, plutôt que genre sexuel est employé par Jean Laplanche pour définir une notion psychanalytique freudienne trouvant son fondement dans le refoulement, l’inconscient, le fantasme[590]. Plus en phase avec la présente recherche Daria Toussaint et Mustapha Krazem publient en 2021 Genre grammatical, genre sexuel et genre de discours : à propos du .e, mais l’article ne prend pas la peine de définir explicitement les notions qu’il énonce dès son titre, et emploi indistinctement genre sexué, et sexuel[591]. D’autres publications permettent d’y voir une référence plus volontiers perméable aux notions de sexualité, y compris en dehors du périmètre anthropologique[592][593][594]. Cela n’empêche une majorité d’emploi pour traiter de cas humains sur un plan biosociologique[595][596][597][598]. D’où une définition de genre sexuel comme :

👉 genre grammatical qui connote un rapport au sexe sans nécessairement préciser si ce trait se place sémantiquement sur un plan biologique, charnel, culturel, fantasmatique, social, ou autre.

Enfin, bien qu’elle ne soit pas définie comme un genre grammatical en elle même, la notion de sexuisemblance est suffisamment notoire dans le domaine pour qu’il soit préférable de l'évoquer ici plutôt que laisser des membres du lectorat dans l’impression d'une lacune. Introduite par Jacques Damourette et édouard Pichon autours des années 1930, elle soutient que la répartition entre féminin et masculin des substantifs nominaux du français reflète l’importance psychique de l’opposition sexuelle, tout autant que de la permanence de son in­fluence dans le cours de la pensée-langage francophone dont témoigne notamment les métaphores tant langagière qu'icônographique[599][600].

La prédominance en français du processus métaphorique est illustrée alors par le découpage des substances, non plus en choses inanimées, ou animées, mais selon la coupure sexuelle : féminin, masculin. Ce constat leur fait préférer ainsi le terme de sexuisemblance (motivation sexuelle) plutôt que celui du genre. Le français aurait donc une tendance générale à personnifier les objets du monde, objets du discours 

Si une couverture exhaustive du rapport entre genre et sexe demanderait de toute évidence un développement bien plus conséquent que ce qui n’a été abordé ici, il sera donc d’autant plus de bon ton de conclure par une piste d’exploration combinatoire. En effet, l’ensemble des genres couverts dans cette section peuvent facilement aboutir à l’abord de notions annexes par simple préfixation, par exemple de inter- ou trans-. Les emplois de termes résultant comme intersexué ou transsexuel abondent en effet dans la littérature[601][602][603].

Pour aller plus loin sur ces thèmes, il sera possible de consulter les autres ressources afférentes qui ont influé de manière plus nébuleuse sur la présente section[604][605][606][607][608][609][610][611][612][613][614][615][616][617][618][619][620][621][622][623][624][625][626][627][628][629][630][631][632][633][634][635][636][637][638][639][640][641][642][643][644][645][646][647][415][648][649][650][651][652][653][654][655][656][657][658][360][659][660][661][662][663][664][665][666][667][668][669][670][671][672][673][674][675][676][677][678][679][680][681][682][683][684][685][686][687][688][689][690][691][692][693][694][695][696][697][698][699][700][701][702][703][704][705][706][707][708][709][710][711][712][713][714][715][716][717][718][719][720][721][722][723][724][725][726][727][728][729][730].

SociologiqueModifier

De toute les catégories présentement exposées, le genre sociologique est possiblement le plus polymorphe. En un sens très large, tout genre relève de conventions qui émergent d’une société. Vu les distinguos faits dans la section sur le genre psychologique, la suite logique serait d’expliciter, dans une perspective grammaticale, femme et homme comme des sous-catégorie du genre sociologique. En contraste donc des catégorisation en femelles et mâles des cellules reproductrices dans le registre biologique. Évidemment, comme déjà évoqué, ce genre sociologique n’a lui nul raison intrinsèque de limitation à une typologie binaire. Le cadre social, dont la grammaire est partie prenante, érige des catégories arbitraires dont elle propage le modèle ontologique dans les représentations mentales de ses membres. Il peut bien sûr s’appuyer sur des phénomènes extra-sociaux, mais il opère toujours des choix dans ce qu’il en retient : la biologie contemporaine admet aussi bien un binarisme histologique qu’une variation indéfiniment vaste mêlant entre autres des considérations génétiques, hormonales et anatomiques[731]. Sans compter que la recherche, en biologie comme ailleurs, est elle-même tributaire de choix et mouvements sociétaux.

Comme la représentation sociale affecte aussi bien la représentation intime du soi que les rapports interpersonnels, elle fournie un point de tension extrême. Dans Les mots et les réalités Colette Chiland indique :

Les personnes qui souffrent d’une discordance entre leur sexe biologique et leur genre psychologique veulent, outre le changement d’état civil, bénéficier d’une transformation hormono-chirurgicale, soins à fois coûteux et de longue durée ; pour ce faire, les soins doivent être inscrits dans les nomenclatures des sécurités sociales nationales ou des assurances privées ; ces nomenclatures s’appuient sur les classifications[487].

Il est remarquable que ces propos font l’économie d’un chiffrage financier même très approximatif, et de plus font l’impasse sur le coup induit par les autres approches : que ce soit par exemple un suivi psychologique perpétuel visant à recadrer l’individu dans une norme où il ne trouvera potentiellement jamais l’épanouissement, ou un abandon complet de la personne à ses souffrances et leurs lots de conséquences sociologiques. Des informations sur ces sujets sont pourtant assez facilement trouvables[732][733][734]. C’est que les considérations financières ne viennent que bien en aval des contraintes fixées par les représentations psychosociales, où la puissance performative du langage joue à plein régime bien avant que toute quantification consciente puisse être envisagé : nul ne s’évertue à quantifier ce qui lui paraît dénué d’intérêt.

Dans un autre registre, le Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de vie (CRÉDOC) avec sa publication intitulée Tous autonomes et vulnérables à la fois se voulait vraisemblablement en appeler à la bienveillance interpersonnelle, il peut aussi paraître dans le même temps faire écho à l’injonction sociétale d’embrasser le mythe du self-made-man, incarnation de la suprématie du plus fort[735]. Comme si le mal-être était intrinsèque à l’individu qui aurait donc en poussant la logique incriminante à son terme, le devoir de le prendre à sa seule charge. Comme si, dans la société du malaise[736] succédant au malaise dans la civilisation[737], la notion de genre n’était pas source sociale de mal-être inégalitaire. Elle se quantifie pourtant aisément même dans la stricte opposition du carcan femme contre homme : les femmes ont de bien plus importantes probabilités de connaître violences et homicides conjugaux[738][739], les hommes ont des probabilités significativement plus importantes de se suicider[740]. Aussi, pour les personnes qui sortent du cadre dominant la violence n’est pas moins prégnante[741], elle se manifeste à chaque énoncé analysé via le prisme d’une grammaire confuse sur des catégories de genre qu’elle entend imposer avec d’autant plus de véhémence qu’elle se doit de cacher la fragilité de ses postulats.

Le genre social, lui, est plus souvent l’objet de débats qui se cristallisent autours de clivages structurels dont sont par exemple les discriminants centrés sur l’économie, la hiérarchie, l’ordre et le le sexe. De fait quand la sociologie discours sur le genre, c’est généralement pour parler de sexe[742][743][744][745]. En cela le potentiel protéiforme du genre social demeure largement inexploré.

Enfin il reste à noter que cette section n’a pas exploré l'ensemble des termes connexes qui peuvent potentiellement associer société et genre : socialisant, socialisé, sociétal, socio-affectif, socio-économique, socio-historique, sociolectal, sociolinguistique, sociopète, socio-politique, socio-professionnel, pour n’en nommer que quelques uns.

Pour aller plus loin sur les réflexions qui dépassent de trop le cadre cette recherche, il sera intéressant de consulter des références afférentes[746][747][748][749][750][751][752][753][754][755][756][757][758][759][760][761][762][763].

Détours hors du genreModifier

Réflexion sur le dualisme cognitifModifier

La revue des catégorie de genre dont ont pu user les grammairiens, et notamment celles qui s’articule en sémantisation bipartite, amène à la thèse qu’aucun couple de conceptualisation dichotomique de structure linguistique ne correspond pleinement à une représentation psychologique effective. L’humain use certes de tels catégorisations duels, mais la multitude de représentations occupant simultanément les psychés individuelles et collectives ne peut en aucun cas être qualifiée de strictement et pleinement cohérente. La résolution des dissonances cognitives de tout ordre est même assurément l’une des fonctions les plus consommatrice parmi les activités cérébrales.

En conséquence, il serait illusoire d’escompter voir apparaître dans la grammaire une cohérence de l’attribution des genres en fonction de catégories à des objets considérés extra-linguistiques et porteurs de caractéristiques inhérents autonomes. Les objets extra-mentaux ne sont accessibles à la conscience que dans les typologies que ces objets imprime avec le monde mental par interaction au sein d’un contexte socio-culturel en perpétuelle évolution. Le dépassement du solipsisme ne saurait s’opérer par un appel à la cohérence, et relève de l’acte de foi : il existe un monde en dehors de la présente consciente, et le langage permet d’y référer.

Des couples antagonistes comme animé et inanimé, femelle et mâle, féminin et masculin, révèle assurément de phénomènes mentaux mesurables, d’une pratique transculturelle qu’ont les humains de séparer le fond de la forme. Autrement dit l’objet circoncis, de son complément, qui constitue simultanément son antithèse et sa limite fondatrice.

Mais si la pratique est invariante, sa mise en œuvre est éminemment variable, changeant dans le temps et l’espace, aussi bien pour l’individu que le collectif.

Il pourra être utile ici de passer passer par une comparaison avec une perspective mathématique pour apporter à ce sujet la précision sémantique accordé à ce dernier domaine. En arithmétique se distingue entre autres :

  • inverse, comme un demi, souvent noté 1/2 ;
  • contraire, comme moins deux, souvent noté -2 ;
  • conjugué, comme le conjugué de l’unité deutéromense doublée[N 31], souvent noté  .

D’autres sous-domaines mathématiques, comme l’algèbre, aborde également la notion de complémentaire.

En logique, la converse d’une proposition se distingue du contraire : par conversion Bob aime Ada, donne Ada aime Bob. Ce qui se distingue du contraire Bob n’aime pas Ada. Ce contraire est lui-même à distinguer de sa négation « Il est faux que “Bob aime Ada ». Cette dernière proposition peut tout aussi bien opérer lorsque l’existence de Ada n’a même jamais effleuré l’esprit de Bob.

Sans détailler plus avant ces notions discernantes, il faut remarquer qu’elles sont très nettes, et bien que toutes appellent à une notion de rivalité, elles se placent chacune sur des rives distincts des fleuves qui modèlent le paysage mathématique.

Comme l’eau qui scinde les berges des fleuves, une notion discriminante ne saurait être attachée de manière inhérente à un lit unique. Son contraire n’est pas son inverse ou sa négation. Ce constat se généralise aisément à toutes les discriminations conceptuelles. Un concept peut toujours être analysé dans des perspectives multidimensionnelles plutôt que sous un axe unitaire et sous un prisme spectrale plutôt qu’une bipartition polaire.

Entre autres hypothèses pour expliquer la prégnance de cette forme de conceptualisation dualiste sur la cognition humaine, se dégage celle reposant sur la physionomie des corps. Latéralisation, symétrie axiale approximative des visages, chiralité des mains, sont autant d’expériences qui paraissent indissociable de l’expérience humaine, vécue en sa chair. Certaines personnes comme Michel Serres n’hésitent pas, en emboîtant le pas à des postulats linguistiques comme ceux d’André Martinet, à lier explicitement latéralisation d'origine génétique avec binarisation conceptuelle affirmant « que la division du corps en gauche et droite favorisait un langage fonctionnant sur des oppositions[764] ». Ces thèses peuvent être modérés par les réflexions et études de l’acquisition de notions liés à la psychomotricité et à la didactique qui mettent en avant le rôle actif de l’éducation sur la conceptualisation de l’espace[765]. D’autres thèses, comme celle de la bicaméralité de Julian Jaynes, viennent aussi nuancer un distinction entre conscience et conception, tout en se modelant elle même pleinement sur un paradigme dualiste[766].

Premières personnes du plurielModifier

Le français possède plusieurs pronoms pour la première personne du pluriel, on et nous. Il fait par ailleurs usage de cette personne sous plusieurs aspects :

  • nous de majesté, comme dans « nous, gros ignare ès monde et merveille, déclarons performativement cet énoncé imprédicatif » ;
  • nous de modestie[767], comme dans « par cet énoncé nous démontrons un cas pratique » ;
  • nous de subrogation, comme dans « alors, aimable anagnoste, comment comprenons-nous cet énoncé ? ».

Cependant il ne couvre pas le distinguo entre nous exclusif et nous inclusif.

Distributions des genres grammaticauxModifier

Avant de s’attarder plus précisément au cas du français lui-même, cette section propose d’explorer d’abord la distribution des genres grammaticaux dans ses langues mères. Pour cela, la première étape indispensable est bien évidemment d’évaluer la proportion du lexique venant de chaque fond identifiés.

Bernard Bouillon[768], et d’autres qui vraisemblablement reprennent ses quantifications, donne la répartition suivante :

Composition du lexique français
Origine Bernard Bouillon[769] Dieter Messner[770] Christiane Marchello-Nizia[771]
préceltique 0,00001 % n/a n/a
celtique/gauloise 0,08 % 0,08 % 0,08 %
scandinave n/a 0,12 % 0,12 %
francique/germanique 1,35 % 1,35 % n/a
latin 86,53 % 86,53 % >85 % (supposé 86,53 %)
reste lié aux emprunts 10 % 11.92 % 13.26 %

Si cette analyse manque assurément de granularités pour la catégorie autres, elle a le mérite de dresser un portrait où domine largement un fond latin. Ces études ne précisent pas la proportion de mots grecs, bien que Bernard Bouillon mentionne la grande quantité de doublets entre latins présents en français. Du reste le latin à lui-même abondamment emprunté au grec, rendant ce compte rendu d’autant plus imprécis. À noter par ailleurs que la somme des taux données par Bernard Bouillon donne 97.96001 %, ce qui ajoute à ces problèmes d’imprécision, une incomplétude manifeste. À sa défense, il est le seul à fournir un nombre pour le reste, quand les autres se contentent que celui-ci est à imputer aux emprunts – les nombres apparaissant dans les cellules ci-avant ont donc été calculés pour compléter le tableau.

S’il faut souligner la partialité de ces chiffres lorsqu’ils mentionnant un fond préceltique qui se compterait sur les doigts d’une main tout en néglige de donner un taux spécifique pour l’arabe et l’italien, le constat de la primauté globalement incontesté du fond latin n’étonnera guère. Il n’empêche qu’un tel résultat suffit à faire considérer le latin comme principal langue à analyser pour évaluer la tendance majeure de l’évolution du genre du lexique, depuis les pratiques des fonds auxquels emprunte le français, jusqu’à leur intégration dans son système contemporain, promu strictement bivalent.

Au passage il pourra être noté que les noms, principales porteurs du genre, représente 54 % du stock lexical du français[2].

Évolution de la répartition du nom par genre en fonction des langues et de l’origine de production
Langue Analyse féminin masculin
français lexique hériditaire[2] 54 % 46 %
lexique ancien français[2] 53 % 47 %
tendance au dix-septième siècle 39 % 61 %
Séguin 1969[225] 41,6 % 58,4 %
Petit Robert 1988,

sous-ensemble restreint à

oui-humain et non-épicène[2]

6 % 40 %
français

Petit Robert 1988,

échantillon A à Cri-

et Sou- à -Z[2]

44 % 56 %
emprunts en ancien français 64 % 36 %
nouveau emprunts exogènes

de langues agenres ou

à genre allomorphes[2]

15 % 85 %
nouveau emprunts en général[2] 19 % 81 %
adjectifs substantivés[2] [28-34] % [66-72] %
participes passés substantivés

issus de l’ancien français[2]

74 % 26 %
participes passés substantivés

en français contemporain[2]

15 %[N 32] 85 %
déverbaux radicaux[2] 50 %[N 32] 50 %
compositions traditionnelles[2] 17 % 83 %
compositions allogènes 57 % 43 %
compositions endocentriques 74 % 26 %
compositions exocentriques 6% 94 %

Bien que les points suivants aient été envisagés, ils n’ont pu aboutir faute de trouver des statistiques préexistantes sur le sujet et de temps pour les réaliser de manière indépendante :

  • quantification de la distribution des genres dans chacune des grandes langues source du lexique français
  • analyser de la distribution des féminin et masculin en français contemporain, par rapport aux genres des termes dont ils sont issues dans les langues d’emprunt.

En particulier le dernier point aurait visé à résoudre l’interrogation suivante : le français porte-t-il un fond d’origine majoritairement de genre neutre dans l’un des deux genres subsistant ? Si une telle hypothèse s’avérait probante, cela tendrait à conforter une analyse du français la décrivant comme langue où ce n’est pas le neutre qui a disparu, mais plutôt le genre auquel il a été majoritairement fusionné.

Pour aller plus loin sur cette thématique par analyse statistique, il sera profitable de consulter les ressources afférentes[772][773][774][775][776][777][778][779][780][781][782][783][784][785].


Chronologie des propositions d’évolutions graphiques et grammaticales du françaisModifier

Cette section vise à détailler les diverses propositions de pratiques alternatives dans l’expression écrite du français. Évidemment, l’écrit et l’orale sont largement perméables et influencent mutuellement l’évolution de leurs formes. Aussi sans prétendre couvrir ici une exhaustivité des évolutions phonétiques, cette section n’exclura pas les changements qui trouvent leurs origines dans de tels considérations. Quelques évènements historiques marquant qui dépasse l'écriture du français lui-même sont également rappelés pour fournir des repères plus large.

En terme d’exhaustivité également, il sera intéressant de noter toutes propositions connues, qu’elles soient opérées dans des essais individuels relevant plus ou moins sciemment de l’hapax, jusqu’aux projets institutionnels de réformes systémiques. Outre la chronologie, il importera donc de distinguer l’origine de la démarche, sa motivation explicite ou supputée et son destin a posteriori dans l’usage – tout au moins dans l’étendue de la mise à jour de cette liste.

À noter que le tableau suivant, bien qu’assez détaillé n’en est pas pour autant exhaustif. Il ne couvre pas par exemple l’évolution liée aux abréviation médiévale comme le -us substitué par -x, ni toutes les lettres muettes introduites au grès de l’histoire du français, comme le fait que dans subiect, debuoir, adiectif, aduenir et brefue, le b, le d, le f servaient à distinguer le i ou le u consonnes qui suivaient et qui commençaient la syllabe, et qui n’avaient donc pas de prononciation autonome associée. Il en est de même pour le p caduc de escriptz devenu écrit[786].

Synthèse des évolutions
Date Sujet Objet Origine Description Usage
Entre le trois-cent-cinquante et le cent-cinquantième millénaire avant notre ère[787] Développement du langage oral Émergence du langage humain, au sens du sujet d'étude des disciplines linguistiques contemporaines. Le langage oral se développe historiquement bien avant celui de l'écrit, et ce dernier n'existerait évidement pas sans le premier. Tout au moins, une telle thèse fait largement consensus.

L'estimation de datation donnée ici repose sur les connaissances du développement de l'anatomie humaine croisée à celle de l'évolution phonémique. Cette dernière infère un invariant depuis les cas étudiables qui ne dépassent pas les quelques millénaires dans la plus optimiste des supposition.

Ici langage est à comprendre au sens de langage à double articulation, dont la spécificité à l'humain paraît faire largement consensus au sein des communautés linguistiques, sans être dénué de critique[788].

Entre le sixième et le quatrième millénaire avant notre ère Développement de l'écrit Émergence de l'écriture Comme le suggère Umberto Eco : pas de grammaire sans écriture[789], et de tout évidence pas d’évolution graphique de la restitution scripturale d’une langue sans écriture.
Deuxième millénaire avant notre ère Développement de l'écrit Premières attestations connues de syllabaires mycénien et chypriote[790]
Huitième siècle avant notre ère Développement de l'écrit Premières attestations connus d'écriture alphabétique en Occident[790]
Quatrième siècle avant notre ère Développement des grammaires Formulation d’une grammaire du sanskrit Panini Rédaction de l’Ashtadhyayi est marquante dans l’histoire des grammaires par son approche scrupuleusement analytique qui incorpore une description métalinguistique. Bien que son existence n’a vraisemblablement pas eu d’influence majeure direct sur les grammaires classiques de français, elle préfigure ce que pourra fournir une telle approche reprise en occident à compter du vingtième siècle.
Deuxième siècle avant notre ère Développement des grammaires Formulation d’une grammaire du grec ancien Denys le Thrace La rédaction de Grammaire grecque (Τέχνη Γραμματική) aboutit à un ouvrage classique qui présente notamment une des premières formulation théorisant l’attribut du genre et des catégories qui s’y rapporte. Il y a trois genres : le masculin (arsenikón/ἀρσενικόν), le féminin (thēlukón/θηλυκόν) et le neutre (oudéteron/οὐδέτερον). Certains en ajoutent deux autres : le commun (koinón/κοινόν) et l'épicène (epíkoinon/ἐπίκοινον).
842 Émergence du français écrit Signature des serments de Strasbourg Signé par Charles le Chauve et Louis le Germanique Généralement considéré comme le plus ancien texte français conservé, sous forme d’un document politique de premier ordre, marquant l'accession à l'écriture de la langue dite vulgaire face au latin. Évidemment, le texte original est tout sauf abordable pour un francophone contemporain.
Onzième siècle Émergence du français écrit Convergence des langues d’oïl dans une forme écrite homogène, qui exercera une influence notable sur la stabilisation de l’orthographe du français[786].
Douzième siècle Disparition de pronom Évanescence de al et el[791] Pronom personnel neutre de la troisième personne Peser m'en deit, et si fail el dans Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure
Douzième siècle Apparition de pronom Attestations de cel et cest[791] Pronoms démonstratifs neutres Cel ne seroit pas avenant

Que nos après ax n'alessiens.

(Chrétien de Troyes, Lancelot, 234)

Ne vos vesrai mes, c'est m'est vis.

(Saint Eustache, 850) ;

1539 Codification du français Promulgation de l’ordonnance de Villers-Cotterêts Guillaume Poyet
1539 Codification du français Publication du premier Dictionnaire françoislatin Robert Estienne
1542 Codification du français Publication du Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise Louis Meigret Propositions rapprochant l'orthographe de la prononciation[792].
1549 Codification du français Publication de La Défense et illustration de la langue française Joachim du Bellay
1557 Codification du français Publication de Traicté de la Grammaire Francoise[793] Robert Estienne
Dix-septième siècle Remplacement de lettres
  • introduction du système d'accentuation
  • suppression des consonnes muettes et lettres diacritiques
  • suppression des lettres grecques
  • substitution de ï tréma à y
César-Pierre Richelet,

Robert Poisson, Antoine Baudeau de Somaize

Ces notamment aux œuvres suivantes que sont attribuées l’introduction de ces évolutions[794] :
  • Dictionnaire françois : contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise, ses expressions propres, figurées et burlesques, la prononciation des mots les plus difficiles, le genre des noms, le régime des verbes...
  • ALFABET NOUVEAU DE LA VRÉE & PURE ortografe Fransoize, & Modéle ſus iselui, en forme de Dixionére
  • Le grand dictionnaire des pretieuses : historique, poetique, geographique, cosmographique, cronologique, armoirique où l'on verra leur antiquité, coustumes, devises, eloges.
1606 Codification du français Publication de Trésor de la langue françoise Jean Nicot Introduction d’une distinction entre a forme de ferme et à préposition.
1620 Codification du français Publication de La langue françoise Jean Godard Propositions incluant la suppression de lettres étymologiques et le remplacement de s muets par des circonflexes.
1635 Codification du français Officialisation de l’académie française. Académie française Création de cette organisme d’état chargé de donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences.
1642 Remplacement de lettres Remplacement des s muets par des accents circonflexes et suppression des lettres dites étymologiques. Jean Godard
1660 Codification du français Grammaire de Port-Royal Claude Lancelot Publication de ce texte qui se veut normatif pour la langue française.
1694 Remplacement de lettres
  1. i devient j
  2. u devient v
  3. le l non-phonétique disparaît après après les groupes au, eu, ou
  4. les redoublement de voyelle marquant l’allongement de la syllabe sont remplacés par un accent grave
  5. généralisation du redoublement de certaines consonnes qui marque la syllabe brève et le timbre ouvert de la voyelle attenante
  6. suppression de certaines lettres purement étymologiques
  7. maintien de lettre aphones pour des raisons morphogrammiques
  8. simplification des consonnes à la limite entre préfixe et radical
  9. suppression du e caduc non prononcé
  10. suppression de e dans les anciens hiatus
Académie française Substitution générale de j et v à i et u consonnes[794].


La graphie l, était jugé redondante par rapport à u issu de l vocalisé, et comme servant à rappeler l’étymologie, mais surtout à faciliter la lisibilité. Cet emploi se trouve encore dans des graphies devenus rares et souvent noté archaïques dans les dictionnaires contemporains comme dans faulx, tandis que d’autres comme aulne vont jusqu’à influencer des prononciations alternatives.

La notation par l double du timbre ouvert de l’e a entraîné le redoublement analogique de consonnes. Elle est aussi à l'origine des alternances graphiques conservées dans le français actuel par exemple dans sommelier/sommellerie, chapelier/chapellerie, oiselier/oisellerie et dans les verbes en -eler, -eter, appeler/on appelle, jeter/on jette, ruisseler/on ruisselle, etc., en concurrence avec congeler/on congèle, déceler/on décèle, receler/on recèle où l'alternance des timbres [e]/[ɛ] de e a été notée par l'accent grave.

Antoine Fabre d'Olivet résume ainsi : On redoubloit la voyelle, pour allonger la syllabe. Au contraire, pour l'abréger, on redoubloit la consonne.

  1. jaune remplace iaulne
  2. avril remplace auril
  3. crépi remplace crespi
  4. âge et rôle remplacent aage et roole
  5. modelle en lieu de modèle, secrette en lieu de secrète
  6. devoir et février remplacent debvoir et febvrier
  7. aymer, ceder, partir[N 33], sortir, verd[N 34]
  8. soupirail remplace souspirail
  9. contrôle dorlotter et soupçon remplacent contrerolle, dorelotter, souspecon
  10. chevelure remplace cheueleure
Dix-septième siècle Remplacement de lettres
  • introduction du système d'accentuation
  • suppression des consonnes muettes et lettres diacritiques
  • suppression des lettres grecques
  • substitution de ï tréma à y
César-Pierre Richelet,

Robert Poisson, Antoine Baudeau de Somaize

Ces notamment aux œuvres suivantes que sont attribuées l’introduction de ces évolutions
  • Dictionnaire françois : contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise, ses expressions propres, figurées et burlesques, la prononciation des mots les plus difficiles, le genre des noms, le régime des verbes...
  • ALFABET NOUVEAU DE LA VRÉE & PURE ortografe Fransoize, & Modéle ſus iselui, en forme de Dixionére
  • Le grand dictionnaire des pretieuses : historique, poetique, geographique, cosmographique, cronologique, armoirique où l'on verra leur antiquité, coustumes, devises, eloges.
1740 Remplacement de lettres
  1. -es- devient é[794]
  2. -as- devient â
  3. introduction de distinctions par diacritiques
  4. suppression de lettres liés à l’étymologie grecque
  5. simplification des consonnes à la limite entre préfixe et radical
  6. substitution de ï à y intervocalique dans les cas de non contamination du timbre
  7. suppression du e caduc non prononcé
  8. suppression de e dans les anciens hiatus
Académie française L’s étymologique après e en position inaccentuée, et par extension l'introduction d'un s analogique, servait à noter le timbre plus ou moins fermé de e[794].


L’s étymologique après voyelle, en position accentué servait à noter une durée longue de la voyelle, et à majoritairement été remplacé par un accent grave.


La réduction de ch à c, ph par f, rh par r, th par t, y par i en droite lignée de cette pratique de suppression de lettres étymologique est un des points retenu par la plupart des projets de réforme du vingtième siècle.


r

  1. ?
  2. ?
  3. notre adjectif et nôtre pronom
  4. colère, mélancolie et trésor remplacent cholere et melancholie et thrésor
  5. soupente remplace souspente, néanmoins remplace neantmoins
  6. aïeul remplace ayeul
  7. vraiment remplace vrayement
  8. allure, mûr, sûr remplacent alleure, meur, seur
1762 Remplacement de lettres
  1. suppression de lettres liés à l’étymologie grecque
  2. simplification des consonnes à la limite entre préfixe et radical
  3. substitution de ï à y intervocalique dans les cas de non contamination du timbre
  4. suppression du e caduc non prononcé
  5. suppression de e dans les anciens hiatus
  6. Transformation de la notation des pluriels de -ez à -és
Académie française Hors des verbes à la deuxième personne du pluriel, cette édition promeut la modification systématique du pluriels des mots finissant par le son [e], en passant de -ez à -és. La graphie en -ez provient d’une précédente notation de -ts qui avait été généralisée comme marque du pluriel de mots en [e], par opposition au pluriel des mots terminant par un -es muet, comme femmes et hommes.
  1. fantôme remplace phantosme (1718) et phantome (1740)
  2. soupeser remplace soubpeser (1694) après souspeser (1618) et soûpeser (1740), faubourg remplace fauxbourg
  3. camaïeu remplace camayeu
  4. plaidoirie remplace plaidoyerie
  5. blanchâtre et roussâtre remplacent blancheastre et rousseastre
1835 Remplacement de lettres
  1. transformation de la notation -ois en -ais
Académie française
1935 Remplacement de lettres
  1. suppression de lettres liés à l’étymologie grecque
  2. substitution de l’apostrophe par un trait d’union dans des mots composés
Académie française
  1. fantaisie remplace phantaisie
  2. grand-mère remplace grand’mère
1990 Norme orthographique Rectifications orthographiques du français en 1990 Conseil supérieur de la langue française de France Environ cinq mille mots impactés par des modifications diverses[795], incluant l’usage du trait d’union, de l’accent circonflexe, des diacritiques sur le e, le redoublement de certaines lettres, le pluriel des noms composés et diverses autres pratiques visant une homogénéisation de l’orthographe.
1993 Pronom supplémentaire Utilisation de el Ayerdhal Pronom de la troisième personne du singulier neutre. Désigne une personne dont le genre est variable (genderqueer), inconnu ou androgyne. Il est utilisé dans le cadre d’un langage non-sexiste. “Qui que nous envoyions, el la déboussolera” avait-elle répliqué — les Taj-Ramanes utilisaient le pronom personnel el pour désigner les hermaphrodites […][796].
1996 Accord en genre de référents hétérogènes Proposition de réintroduction de -ez Céline Labrosse[797] Réactivation du pluriel des noms et des adjectifs dont la finale est /e/ par une forme en -ez


Remarque: Cette proposition vise à substituer le fait de privilégier une forme de genre prédominant.

des péchez, des véritéz, des élèves disciplinez ou surdouéz
1996 Accord en genre de référents hétérogènes Proposition de réactivation des accords de proximité Céline Labrosse[797] des musiciens et des musiciennes flamandes, des étudiantes et des étudiants

certains de réussi

1996 Analyse étymologique Base commune et suffixes alternatifs comme analyse des dimorphismes de genre Céline Labrosse[797] Les noms données aux personnes qui réalise une action ou endosse un rôle sociale dérive généralement d’une base commune, et pas l’un de l’autre. sportif et sportive dérivent tous deux de sport
2003 ou avant Pronoms supplémentaires Emploi de celleux, ceulles En remplacement de « celles et ceux »[798] De plus le processus de discussion va empêcher celleux qui parlent bien ou fort de monopoliser la parole[799].
2011 ou avant[N 35] Pronom supplémentaire Emploi de ille, illes, ellui-même Collectif Misandres Terroristes Féministes Il ou elle. Pronom de la troisième personne du singulier sans distinction des sexes.


Note d’usage : Désigne une personne dont le genre est variable (genderqueer), inconnu ou androgyne. Il est utilisé dans le cadre d’un langage non sexiste seulement à l’écrit.

S’ille se présente ellui-même comme "Mr Jones", je lui accorderais probablement des privilèges cissexuels − ce qui signifie que je respecterais son identité masculine et que je lui accorderais tous les privilèges associés au sexe auquel il s’identifie[800].
2013 ou avant Pronoms supplémentaires Emploi de iel[801], iels. Pronom de la troisième personne du singulier permettant de désigner les personnes, sans distinction de genre.


Note : Il sert notamment à désigner une personne ne s’inscrivant pas dans un genre défini, ou dont le genre n’est pas connu.

les jours où iels n’avaient pas l’occasion de parler un peu, juste tous les deux, iel se sentait vide[802]
2014 ou avant Pronom supplémentaire Emploi de luiel Carina Rozenfeld Le jeune Neutre qui était passé avant luiel avait été prévoyant[802].
2015 Articles supplémentaires Proposition de uno, lo psychoslave Articles neutres asexués singuliers, respectivement indéfini et défini[803]
2015 Pronoms supplémentaires Proposition de ol, ols psychoslave Pronoms neutres asexués respectivement singulier et pluriel
2015 Articles supplémentaires Proposition de unu, lu psychoslave articles neutres pangenre singuliers, respectivement indéfini et défini
2015 Pronoms supplémentaires Proposition de ul, uls psychoslave Pronoms neutres pangenres respectivement singulier et pluriel
2015 Pronom supplémentaire Proposition de als psychoslave Pronom personnel mixte pluriel
2015 Pronom supplémentaire Proposition de al psychoslave Pronom personnel sexué indéterminé singulier
2015 Article supplémentaire Proposition de li psychoslave Article défini et sexué indéterminé
2015 Pronoms supplémentaires Proposition de al, als Alpheratz Pronom neutre proposé à côté de il et elle. Al fait nuit dans le gymnase[804].
2016 ou avant Article supplémentaire Proposition de lo, lu Nouah[805] Articles définis neutres
2016 ou avant Article supplémentaire Proposition de li, lia Nouah Articles définis inclusifs
2016 ou avant Article supplémentaire Proposition de um, o Nouah Articles indéfinis neutres
2016 ou avant Article supplémentaire Proposition de unæ [un.ne] Nouah Article indéfini inclusif
2016 ou avant Article supplémentaire Proposition de do Nouah Article partitif neutre
2016 ou avant Article supplémentaire Proposition de di Nouah Article partitif inclusif
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de ille, ul, ol, im, em, iem, æl, em, iem, æl, ael, aël, i, eul, ya, am, um, om, ax, ux, ox Nouah Pronoms sujets neutres
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de iel, yel Nouah Pronoms sujets inclusifs
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de ille, ul, im Nouah Pronoms complément neutres, sur la série au singulier elle, lui
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de ellui, iel Nouah Pronoms complément inclusifs, sur la série au singulier elle, lui
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de eus Nouah Pronoms complément neutres, sur la série pluriel elles, eux
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de euxes, elleux Nouah Pronoms complément inclusifs, sur la série pluriel elles, eux
2016 ou avant Déterminant supplémentaire Proposition de man, tan, san Nouah Déterminants possessifs neutres sur la série de triplet ma, ta, sa et mon, ton, son
2016 ou avant Déterminant supplémentaire Proposition de maon, taon, saon Nouah Déterminants possessifs inclusifs sur la série de triplet ma, ta, sa et mon, ton, son
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de miem Nouah Pronoms possessifs neutres sur la série mien, mienne
2016 ou avant Pronom supplémentaire Proposition de miæn [mien.ne] Nouah Pronoms possessifs inclusifs sur la série de mien, mienne
2016 ou avant Déterminants supplémentaires Proposition de cès Nouah Déterminant démonstratif neutre sur la série ce, cet, cette
2016 ou avant Déterminants supplémentaires Proposition de cèx Nouah Déterminant démonstratif inclusif sur la série ce, cet, cette
2016 ou avant Déterminants supplémentaires Proposition de cille, çul, cim Nouah Déterminant démonstratif neutre sur la série celle, celui
2016 ou avant Déterminants supplémentaires Proposition de célui, cellui, ciel, cyel Nouah Déterminant démonstratif inclusif sur la série celle, celui
2016 ou avant Déterminants supplémentaires Proposition de ceus Nouah Déterminant démonstratif neutre sur la série celles, ceux
2016 ou avant Déterminants supplémentaires Proposition de ceuxes, celleux Nouah Déterminant démonstratif inclusif sur la série celles, ceux
2018 ou avant Pronoms supplémentaires Emploi de ielle, ielles Variante de iel et de ille. Ielle vit au cinquième étage, pile sous cet appart. Leah, tu l'adorerais ! Ielle joue de la batterie[806].
2018 ou avant Articles supplémentaires Emploi de an Alpheratz Article indéfini de genre neutre, remplace « un ». La Fayette est sans conteste l’anvii des meilleurz autaires de son temps[807].
2018 Flexions substantivales supplémentaires
  • -eur, -eures, -eurx (pluriel en -eurz)
  • -eur, -rice, -aire
Alpheratz Proposition d’une troisième forme d’alternative suffixale à juxtaposer sur certaines bases communes. meilleurz, autaire

Pour aller plus loin, dans les détails il est recommandé de consulter les ressources afférentes[808][809][810][811][812].

Propositions de perspectives grammaticales nouvellesModifier

Requalification de féminin et masculin en ambigu et équivoqueModifier

ℹ️ Dans cette section la notion d’excentricité est à prendre dans un sens sans connotation péjorative, et seulement comme estimation subjective d’une fréquence d’emploi suffisamment minoritaire pour se démarquer remarquablement du coutumier.

Vu les constats fait jusque là, une idée s’impose : les locuteurs francophones contemporains ne disposent pas de genre propres qualifiables de féminin et masculins, au sens où ils feraient ostension précise et constante d’un lien intime à un stéréotype social homonyme. Les théories grammaticales qui ont lancé l’assimilation du masculin à une sémantique simultané de genre commun aura plutôt conduit à graduellement en neutraliser le trait sémantique masculin, si ce lien a jamais eu une réelle pertinence statistique probante. Au point qu’en l’état ce soit d’avantage ce trait masculin qui soit dénué de sémaphore énonciatif autonome, celui-ci s’étant vu subrogé par un genre équivoque, et de par la même réduisant aussi bien ce qui avait valeur de féminin que de masculin à un flou commun.

À minima, il faudrait donc cesser de nommer masculin, ce qui de toute évidence est loin de caractériser le trait linguistique majeur présidant à la production de nouveaux termes attribués à ce genre synchroniquement prépondérant. Ici prépondérant vaut uniquement au sens où il occupe un taux légèrement plus important de la distribution du genre parmi les noms communs en français. Ce renommage serait favorable à une meilleur intelligibilité du genre ne serait-ce parce que c’est celui employé pour les tournures impersonnelles comme dans il existe en français un genre qui ne réfère à aucune notion relative à la sexualité. De plus, même si son emploi en tant que genre générique ne peut être considéré comme propriété qui lui serait exclusive, il est de fait utilisé à cet fin. Et possiblement le générique est rendu majoritairement sous cette forme par diffusion analogique de contrainte syntaxique suggéré par la précédente exclusive forme de l’impersonnel, en tant que symptôme d’une confusion latente.

Quand à ce que la tradition a jusque là choisie de nommer féminin, il constitue un genre légèrement moins polysème, dans la mesure où il ne permet pas d’exprimer conventionnellement l’impersonnel. Bien sûr, cela n’empêche pas catégoriquement un tel usage, que ce soit dans une licence poétique telle elle pleut[813][814] ou une tournure qui fait figure d’excentricité telle malade je la suis[815]. Par contre, au moins sous ses formes pronominales il permet sans conteste un emploi générique. Le cas des noms communs est plus subtil : il peut être le genre de substantifs désignant des individus femelles ou mâle, comme dans une vedette, et de groupes de composition sexuelle quelconque, comme dans une assemblée. En revanche l’emploi d’un terme qui au singulier désigne plus spécifiquement un individu auquel est plus ou moins fortement lié le trait sémantique femelle rendra plus innacoutumièrement un commun faisant fi du trait sexualisant. Ainsi lectrices renverra plus probablement à un lectorat exclusivement féminin qu’à un lectorat hétérogène, et ne convoiera qu’excentriquement le sens lectorat exclusivement masculin ; tandis que pour sa part lecteurs, sans plus de précisions, générera une incertitude plus importante sur l’interprétation à retenir entre soit lectorat aux membres de sexe quelconque soit lectorat strictement masculin et de par la première reste plus ouvert à l’interprétation comme lectorat strictement féminin. Il faut cependant bien relever que de tels interprétations sont toutes subjectives, et sont pleinement à même de varier selon les accoutumances sociales tout en laissant l’aspect strictement grammatical complètement invariant.

💡 Aussi plutôt que genre féminin et genre masculin, les termes genre ambigu et genre équivoque, sembleraient bien plus appropriés pour qualifier cette articulation formée autours des deux pôles morpho-syntaxique majeurs du genre grammatical français. Cela n’empêche d’ailleurs de la compléter par d’autres genres sur d’autres articulations.

La catégorie genre équivoque, comme l’a déjà exposé la section qui lui est spécifiquement dédiée, n’est ni inédite ni abondamment exploité, tout en correspondant convenablement à ce qui est visé ici. Elle peut même se payer le luxe d’englober convenablement le trait sémantique de concentration que Hjelmslev propose en 1956 de substituer à celui de masculin[816] suivi avec enthousiasme par Knud Togeby en 1965. De fait, la notion de genre équivoque est suffisamment souple pour absorber n’importe quel trait sémantique comme élément classificatoire, et même d’une classification dont les distinctions varient selon le contexte.

L’approche suivie par les deux linguistes sus-només est complété par une classe ou le trait d’expansion entends se substituer à celui de féminin. Là aussi il s’agit d’un trait que peut subsumer la notion de genre ambigu qui est proposé ici. D’autant que le trait d’expansion en question est pour le moins évasif. Par exemple l’expansion du domaine des connaissances humaines peut aussi bien se faire sur des objets spatiaux de l’indéfiniment petit que l’indéfiniment vaste, voir des concepts indépendants de toute étendue matérielle. Il y aurait même un semblant d’antinomie à refuser un expansionnisme intégral à un genre éponyme d’une ambition de diffusion hégémonique à laquelle ne s’opposerait qu’une bien précaire concentration. L’expansion est en outre sémantiquement proche du concept d’extension, qui par définition décrit le mécanisme générique par lequel il est possible de définir compréhensiblement, mais qui ne précise justement pas les critères spécifiques nécessaires à son application pratique, sauf à fournir un exemple concret pour des raisons didactiques.

Tout en y exerçant de subtils influences, les notions sémantiques de féminin, de masculin et bien d’autres peuvent donc toutes s’exprimer tant dans l'ambigu que dans l’équivoque. Cela rend

En cas de volonté d’exprimer des énoncés plus précis de façon plus ou moins explicite, il faudra donc recourir à des genres plus spécifiques que ce que ne proposent les grammaires et les usages classiques du français. C’est ce qui sera présenté plus loin sous les catégories de genre subreptice et ostentatoire.

Le genre subreptice fournie une dénomination pour les cas où, tout au moins oralement, aucune différence n’est introduite dans la forme comparativement à un genre ambigu ou équivoque, mais qu’une différence de sens tacite est impliqué par le contexte notamment du fait de stéréotypes sociaux. La section suivante fournie une proposition pour expliciter à l’écrit les genres subreptices qui ne sont pas laissés dans le flou.

Le genre ostentatoire qualifiera les formulations qui revendiquent une sémantique stéréotypique par des biais morphosyntaxiques manifestes, tant à l’oral qu’à l’écrit. De telles formulations nécessiteront évidemment l’introduction de néologismes, ou tout au moins l’emploi de termes actuellement exclus des enseignements scolaires.

Proposition de nomenclature du genre en articulation multiple
Type de

nomenclature

Articulation
Domanière[N 36] Morphosyntaxique Métalinguistique[817] Sémantique
Genre Grammatical Ambigu

Équivoque

Ostentatoire

Subreptice

Caractérisant Absolu

Actuel Exceptionnel

Impersonnel

Personnel

Régulier

Relatif

Virtuel

Autres…

Classifiant Commun

Épicène

Féminin

Masculin

Neutre

Autres…

Le tableau précédent offre une vue d’ensemble de la répartition combinatoire via une quadruple articulation qui fait sens dans la présente proposition. Il convient de noter que si les catégories d'articulation morphosyntaxique sont exclusives, ça n’est pas nécessairement le cas des articulations référentielle et sémantique. Un énoncé contient des segments de forme soit équivoque soit ostentatoire, mais pour un même segment les deux sont antinomiques. À l’inverse, l’articulation référentiel combine dans la plupart des cas aussi bien une catégorie caractérisante que classifiante. Cela vaut également pour l'articulation sémantique, bien que les sèmes classifiants sont plus fréquemment exclusifs. Ainsi dans le syntagme dehors il vente, le pronom peut par exemple être analysé comme un équivoque impersonnel neutre.

Un des avantages de cette décomposition en multiples articulations est sa compatibilité partielle avec des analyses binaires retenant uniquement une opposition féminin et masculin : ces catégories ne sont pas disqualifiés, c’est seulement l’absence d’univocité entre leur sémantique et la détermination de l’articulation morphosyntaxique qui leur est adjoint comme postulat qui en rend la considération comme généralement superfétatoire.

Genre subreptice dans les mots grammaticaux : les cas du féminin et masculinModifier

Dans la continuité du point précédent, et pour aller plus loin, il sera également possible de réattribuer au féminin et au masculin un traitement grammaticale sous une interprétation en sous-articulation du genre subreptice.

À cette fin il faudra donc employer de nouveaux pronoms, articles, adverbes et autres mots grammaticaux pour ce qu’il a été convenu de qualifier respectivement de subreptice féminin et masculin. La même approche est évidemment extensible au-delà de ces deux catégories, cette section se concentre sur ces deux cas pour mieux mettre en exergue son traitement différencié de ce binôme. Le tableau suivant couvre la majorité des cas, outre ceux des substantifs, des adjectifs qualificatifs et des participes passés attributs traités ultérieurement, qui ensemble représentent l’essentiel des 20 à 25 % de composantes phrastiques marquées par le genre en français[225] :

Propositions autonomisant scripturalement féminin et masculin dans les mots grammaticaux par des termes propres
Genre
Morphosyntaxique Équivoque Ambigu Subreptice
Sémantique Flou Féminin Masculin
article défini le la lä, lë
les lês lès
article indéfini un une ûn, ûne ùn, ùne
article partitif du de la dû, de lâ dù, de lä
des dês dès
pronom personnel je jĕ (jhe)
tu
il elle êlle, îl èlle, ìl (isl)
ils elles êlles, îls èlles, ìls (isls)
nous noûs noùs
vous voûs voùs
adjectif démonstratif cet cette cêt, cêtte cèt, cètte
adjectif indéfini tel telle têl, têlle tèl, tèlle
aucun acune aucûn, aucûne aucùn, aucùn
tout toute toût, toûte toùt, toùte
nul nulle nûl, nûlle nùl, nùlle
certain certaine cêrtain, cêrtaine cèrtain, cèrtaine
adjectif interrogatif quel quelle quêl, quêlle quèl, quèlle
adjectif possessif mon ma mâ, môn mä, mön
mes mês mès
tes tês tès
son sa sön
notre nótre (nhotre) nòtre (nostre)
votre vótre (vhotre) vòtre (vostre)
leur leûr leùr
pronom démonstratif celui celle cêlle, celûi cèlle, celùi
pronom personnel lui lûi lùi
elles eux êlles, eûx èlles, eùx
leur leûr leùr
adverbe tout toute toût, toûte toùt, toùte

D’amblé, il faut relever que la proposition maintien toutes les pratiques usuels, mais leur réassigne des interprétation en sous-genre flou. Ce flou peut potentiellement être levé par le contexte d’énonciation, mais il serait abusif de prétendre que dans le cas général une précision plus spécifique puisse être affirmé sans outre-passé les strictes bornes d’une posture grammaticale descriptive.

Il faut noter que cela contraste nettement avec d’autres propositions faites par ailleurs, qui suggèrent d’imposer un neutre morphosyntaxique spécifique comme seul forme acceptable de neutre sémantique, et qui requière donc nécessairement l’emploi de nouvelles lexies, tout en conservant le féminin et le masculin pour désigner la pratique morphosyntaxique usuel. Tout à l’inverse la présente approche en affirmant une catégorisation floue comme valeur sémantique ordinaire des genres morphosyntaxiques ne nécessite aucun changement à l’usage coutumier. Elle n’introduit des compléments que pour reformer des féminins, masculins ou autres, qui explicitent dès lors un genre qui opère à minima par connotation stéréotypique, et possiblement par dénotation d’un sexe biologique d’un référé.

De plus la proposition de cette section se fait globalement dans la continuité de la tradition francophone : désambiguïser par l’emploi de diacritiques, avec notamment un souci du maintien de la physionomie du mot.

Mode d’emploiModifier

La section suivante détail comment la proposition c’est stabilisé dans sa forme actuelle. La présente section se concentre sur la fourniture d’un mode d’emploi pratique pour qui souhaite pouvoir rapidement intégrer ces nouvelles graphies à son usage en bénéficiant de mnémotechniques.

Les règles de correspondances sont les suivantes :

  1. équivoque et ambigu flous sont homophones respectivement du subreptice masculin et du subreptice féminin
  2. un seul diacritique porté par une voyelle marque le distinguo (ou en forme alternative visant à pallier d’éventuels difficultés techniques de saisie, un h muet s’antépose à la voyelle pour le féminin, un s muet se postpose après la voyelle pour le masculin)
  3. pour les subreptices féminins
    1. , emploi la lettre e-bref (ou sa forme alternative jhe)
    2. nótre et vótre emploient un o-accent-aigüe (ou leurs formes alternatives)
    3. accent circonflexe sinon, prioritairement sur un u
  4. pour les subreptices masculins
    1. tréma sur les o qui font les son en -on-, /ɔ̃/ voyelle moyenne inférieure postérieure arrondie nasalisée,
    2. tréma sur les e qui font le son -eu-, /ə/ voyelle neutre centrale
    3. accent grave sur un voyelle sinon, sur le e dans quèl, sinon prioritairement sur le u lorsque plusieurs voyelles sont présentes

Exposition des choix opérés et de leurs motivationsModifier

Globalement ces choix sont orientés par une volonté de répondre aux contraintes suivantes : autant que possible, n’utiliser que des diacritiques, diacritiques différenciés à chaque genre distinct, maximiser l’homogénéité à chaque genre subreptice, sans introduire d’ambiguïté avec des graphies existantes, ni d’association phonétique inédite.

Les choix d’implémentation peuvent se lire comme suit :

  • si possible, associer un accent circonflexe au subreptice féminin, ou en première solution de replie, l’accent aiguë ;
  • si possible, associer un tréma au subreptice masculin, ou en première solution de replis, un accent grave.

Au final, en les considérant sous le prisme de toutes ces contraintes intentionnelles, le nombre d’exceptions est extrêmement réduit, il n’y en a qu’une :

  • et jé sont rejetés, puisqu’il faudrait ou établir une exception de prononciation pour échapper à l’énonciation allophone /ʒɛ/.

Pour notre et votre, l’accent circonflexe étant déjà employé à fin de désambiguïsation entre adjectif et pronom[794], les possibilités alternatives restantes sont assez restreintes. Le faire porter sur le e final est ici impossible dans les contraintes données vu l’usage scripturo-phonétique. Bien qu’employer un o-accent-aigüe rend la notation moins aisé à respecter sur moult systèmes numériques, il n’est pas inédit en français : de abipón à yóm, une vingtaine de mots l’emploi déjà.

Pour les cas où la saisie des lettres diacritisés pourraient s’avérer difficile d’accès sur certains systèmes numérique, une graphie alternative est proposée : l’adjonction d’un h antéposé pour le féminin et d’un s postposé pour le masculin. Pour ces formes alternatives, c’est l’emploi de lettres muettes supplémentaires, conformes à des pratiques préexistantes, qui a été privilégié[818].

L’utilisation du e-bref dans permet de concilier une graphie semblable à l’accent circonflexe, tout en se calant sur un usage phonologique antérieur. En effet, sur un plan purement graphique le caron, aussi dit circonflexe culbuté, eu été plus proche du circonflexe proposé comme cas général. Mais a priori il n’existe pas de précédent emploi de ě pour représenter une voyelle moyenne centrale /ə/, entendu dans je, alors que ĕ a déjà été employé à cette fin en roumain jusqu’en 1904.

Lorsque la morphologie le permet, les deux variations placent l’accent sur la même lettre, où la lettre de même position relativement à la base commune. La seule exception notable portant sur l’alternance celùi et cêlle, qui se calent respectivement sur les propositions déjà faite par ailleurs pour lùi et cêt.

La proposition ne prévoit pas de modifications phonétiques par rapport au genres flous correspondants, bien que comme en toute chose l’usage décidera.

Ces choix pourront bien sûr être critiqués, aucun système n’étant parfait. Le tableau suivant résume quelques points majeurs d’attraits et complications de cette proposition. Bien qu’il s’appuie sur une tradition bien ancré en francophonie de désambiguïser certains termes par des diacritiques dénuer d’indication phonologique[794].

La proposition résultante se caractérise notamment par les traits suivants :

  • le système morphosyntaxique contemporain de base reste valable ;
  • il ne requière pas de changement à qui n’y adhère pas pour être pris en compte sans que cela ne remette en soi sa validité ;
  • les nouveaux termes introduits sont identiques à leurs correspondants flous, à une diacritique prêt (ou lettre muette de substitution) ;
  • pas d’introduction de nouveau couple phonographique :
    • -ön-, se prononce /øn/ dans bön, religion tibétaine
    • -oû- se prononce /u/ dans agoûter et août
    • -û- se prononce /y/ dans affût
    • -ù- se prononce /y/ dans ù, nom de la lettre : /y a.ksɑ̃ ɡʁav/
    • -où- se prononce /u/ dans et ankoù
    • -eû- se prononce /œ/ dans beûrre
  • l’introduction de signes diacritiques peu ou pas usité en français. Ainsi l’usage du macron à été écarté pour ces cas, bien que par exemple , nom d’un baton martial, contient cette diacritique. Son usage poserait peu de soucis pour un écrit au crayon, mais tous les moyens de saisie numérique usuels en francophonie ne s’y prêtent pas aisément.
  • introduction de trois homonymies :
    • dès avec la préposition signifiant à partir de ;
    • lès avec la préposition signifiant près de ;
    • môn avec la langue parlée en Birmanie et en Thaïlande.

Genre subreptice dans les mots grammaticaux : extensibilité et exemplesModifier

Le système d’expression subreptice est aisément extensible. Même en se limitant aux diacritiques existants et normalisés, le système Unicode fournie pas moins de 113 éléments combinables[819], c’est à dire pouvant s’ajouter seul ou ensemble sur les des glyphes de base. Un glyphe peut donc être potentiellement combiné à 113 diacritiques uniques diacritiques ou 12 656 couples de diacritiques distincts. Et Unicode permet de combiner bien plus de diacritiques que cela[820][821]. Cela couvre largement le nombre de genres employés dans la littérature. Mais de toute évidence cela ne saurait conduire à un système d’emploi commode. Il serait donc préférable de débuter par des choix réduisant le nombre de catégories visés. Rien n'empêche au demeurant d'étendre la logique à d’autres associations de diacritiques à des catégories sémantiques.

Une première piste pour la sélection des catégories à retenir serait de viser une couverture des genres les plus abondamment employés dans la littérature grammaticale classique en plus du féminin et masculin : animé, commun, épicène, inanimé, neutre.

Une seconde piste serait de couvrir les cas regroupant des genres multiples, comme le générique ou le mixte.

Une troisième piste serait de couvrir les cas liés à des typologies biopsychosociales, comme l’hermaphrodite, l’intersexué et le transsexué, ou encore conjointement à la piste précédente l’omnisexe.

Une quatrième piste, serait de couvrir les cas liés au niveau d’abstraction ou concrétude, comme l’idéel et le matériel.

Pour rendre compte de ces multiples pistes tout en évitant un foisonnement trop abondant, les catégories suivantes sont proposés comme porteuses de notions transverses :

  • altersexualisant : pour spécifier un aspect sexualisant qui ne se limite pas à un cadre binaire comme femelle et mâle ou féminin et masculin. En ce sens cette catégorie place la personne sur un spectre sexualisant, sans aller jusqu'à qualifier sa nature exacte. Des descriptions ad hoc offriront de toute manière toujours plus de souplesse et de possibilités de précision, la diacritique pouvant alors assurer le rôle d’outil anaphorique d'une information contextuelle. Cette approche peut notamment comparée à ce qu’expriment en 2013 Denis Apothéloz et Małgorzata Nowakowska dans "Déjà" et le sens des énoncés[822] : une lexie peut être considérée comme un opérateur abstrait, qu'on peut caractériser par un ensemble de propriétés en elles-mêmes invariantes.
  • générique : pour désigner des personnes ou groupes de personnes en explicitant que la notion de sexe, si elle leur est attribuable, n'est pas considéré pertinente dans le cadre de l'énoncé. En ce sens ce générique peut aussi avoir valeur d'animé, de commun, d'épicène, de mixte, de neutre.
  • inanimé : pour désigner toute chose abiotique ou non-personnel, ce qui recouvre entre entre autres les notions idéels.

Le choix des diacritiques retenu procède comme suit :

  • tilde pour l'altersexualisant ;
  • macron pour le générique ;
  • ogonek pour l'inanimé.

Aucun critère sémantique potentiellement associable aux formes de ces diacritiques n’a été considéré, et par ailleurs aucune spécification formelle n'a précédée ces sélections. Tout au plus la facilité de saisie des lettres diacrités a été prise en compte dans la mesure où elles sont facilement réalisable avec un agencement de clavier bépo, tel qu'utilisé pour la rédaction de ce projet. Les choix n’ont pas non plus subit de contraintes sur l’usage des valeurs phonétiques sur ces diacritiques, puisqu’aucun d’eux n’est généralement employé dans l’écriture du français.

Il serait évidements préférable de fournir des alternatives sous forme de lettres muettes, comme ce qui a été proposé précédemment dans le cas du féminin et masculin, pour pallier aux potentiels difficultés techniques de saisie. Cependant cela soulève une difficulté d’implémentation : si les lettres muettes existantes sont nombreuses en français, la plupart ne le sont qu’en début ou fin de mot[823][824]. Le h et le s, déjà retenu comme solution de repli au diacritique pour marquer certains féminin et masculin, ont possibilité de valeur muette en toute position du mot sans déroger à l’usage préexistant. Le e et le p sont également dans ce cas : dévouement, éternuement, gaie, compte, sculpture, sept. Cependant, contrairement à ce qui a été proposé pour le féminin et le masculin, où seulement quelques termes avait recours à un diacritique inusuel en français, ici il s’agirait de trouver une alternative graphique pour tous les termes puisque tous les diacritiques proposés dans cette section sont volontairement inhabituels en français. Aussi à défaut de pouvoir fournir des solutions généralisées et en adéquation avec l’usage, il ne sera pas ici proposé de telles alternatives.

Propositions autonomisant scripturalement d'autres genres subreptices dans les mots grammaticaux par des termes propres
Genre
Morphosyntaxique Équivoque Ambigu Subreptice
Sémantique flou altersexualisant féminin générique inanimé masculin
Diacritique ◌, ◌̇ ◌̃ ◌̂, ◌́, ◌̆, h◌ ◌̄ ◌̨ ◌̀, ◌̈, ◌s
article défini le la lã, lẽ lâ, lĕ (lhe) lā, lē lą, lę lä, lë
les lẽs lês lēs lęs lès
article indéfini un une ũn, ũne ûn, ûne ūn, ūne ųn, ųne ùn, ùne
article partitif du de la dũ, de lã dû, de lâ dū, de lā dų, de lą dù, de lä
des dẽs dês dēs dęs dès
pronom personnel je jẽ jĕ (jhe)
tu
il elle ẽlle, ĩl êlle, îl ēlle, īl ęlle, įl èlle, ìl (isl)
ils elles ẽlles, ĩls êlles, îls ēlles, īls ęlles, įls èlles, ìls (isls)
nous noũs noûs noūs noųs noùs
vous voũs voûs voūs voųs voùs
adjectif démonstratif cet cette cẽt, cẽtte cêt, cêtte cēt, cētte cęt, cętte cèt, cètte
adjectif indéfini tel telle tẽl, tẽlle têl, têlle tēl, tēlle tęl, tęlle tèl, tèlle
aucun acune aucũn, aucũne aucûn, aucûne aucūn, aucūne aucųn, aucųne aucùn, aucùn
tout toute toũt, toũte toût, toûte toūt, toūte toųt, toųte toùt, toùte
nul nulle nũl, nũlle nûl, nûlle nūl, nūlle nųl, nųlle nùl, nùlle
certain certaine cẽrtain, cẽrtaine cêrtain, cêrtaine cērtain, cērtaine cęrtain, cęrtaine cèrtain, cèrtaine
adjectif interrogatif quel quelle quẽl, quẽlle quêl, quêlle quēl, quēlle quęl, quęlle quèl, quèlle
adjectif possessif mon ma mã, mõn mâ, môn mā, mōn mą, mǫn mä, mön
mes mẽs mês mēs męs mès
tes tẽs tês tēs tęs tès
son sa sön
notre nõtre nótre (nhotre) nōtre nǫtre nòtre (nostre)
votre võtre vótre (vhotre) vōtre vǫtre vòtre (vostre)
leur leũr leûr leūr leųr leùr
pronom démonstratif celui celle cẽlle, celũi cêlle, celûi cēlle, celūi cęlle, celųi cèlle, celùi
pronom personnel lui lũi lûi lūi lųi lùi
elles eux ẽlles, eũx êlles, eûx ēlles, eūx ęlles, eųx èlles, eùx
leur leũr leûr leūr leųr leùr
adverbe tout toute toũt, toũte toût, toûte toūt, toūte toųt, toųte toùt, toùte

Genre ostentatoire dans les mots grammaticauxModifier

Recherche:Sur l’extension des genres grammaticaux en français/ostentatoire

Alternative typologique au genre sur une inspiration taxonomiqueModifier

Recherche:Sur l’extension des genres grammaticaux en français/taxonomie

L’accord en genre libéréModifier

En français, comme il a été rappelé dans la section Typologie de genres grammaticaux, la grammaire stipule une concordance du genre qui, sous l’influence d’un substantif qui intègre intrinsèquement cet attribut, fléchie plusieurs classes de mots qui se rapportent à ce même référant pour déterminer leur forme exacte. Cette approche à elle seule laisse entière la résolution de l’accord en cas d’énonciation explicite de plusieurs noms de genre distinct dans une même conjonction nominale, ou pour leur regroupement pronominal.

Une première approche possible, qui est notamment celle retenue dans la plupart des enseignements scolaires depuis le dix-huitième siècle, est de retenir le pluriel d’un des genres comme ayant primauté en tel cas. En français, c’est le genre qui a été ci-avant qualifié d’équivoque qui se voit conféré ce statut prépondérant.

Ainsi, dans un énoncé comme les bronzes et les rondes-bosses, tous ces chefs-d’œuvres sont beaux, c’est uniquement le genre de chef-d’œuvre qui s’applique à l’adjectif indépendamment des genres des noms précédemment listés. De même ces philosophe sont sages, ne gage en rien du genre grammaticale des individus composant les philosophes en question, et encore moins de leur sexe biologique, ils pouvant tout à fait référer à Hypatie et Zénon. Cela explique la formation d’énoncés comme « chez les éléphants, les adultes sont grands » et « chez les girafes, les adultes sont grands ».

Une seconde approche utilisé est l’accord de proximité. Cette pratique constitue même l'accord prépondérant en grec ancien, en latin, ainsi que dans le français oral jusqu'au Modèle:S-. Dans cette pratique, le verbe prends la marque, d'abord en cas, genre et nombre, puis seulement en genre, du substantif le plus proche. Ainsi au Modèle:S-, un énoncé comme « Le chat et la souris sont belles » est plus courant que « le chat et la souris sont beaux »[14].

Par soucis d’intégrité, il importe de remarquer ici que le tableau dressé pour ces deux premières approches ne s’embarrasse pas trop de détails. Plus de nuances pourraient de toute évidence être précisées, par exemple en distinguant l’adjectif épithète et qualificatif, les variations diatopiques, les fréquences de tournure selon qui les formule, et même au niveau individuel la pratique retenue selon le contexte d’expression : privé ou public, institutionnel ou informel, allocutaires[N 107] supposés… L’examen de ces variations, tout intéressant et éclairant pourrait-il être, est considéré hors champ de cette étude.

Une troisième approche possible, dont la mise en lumière est rare, voir relève de la description originale, permet de concilier les deux pratiques pour ces pluriels de groupes plurigenrés. Cette troisième approche suppose globalement de régir l’accord sur des termes implicites. Autrement dit, c’est un groupe nominal virtuel qui fourni l’unique genre spécifique du référant sur lequel réaliser l’accord au sein d’un syntagme.

Cette approche peut par exemple s’analyser comme rémanence syntaxique d’une ellipse, approche déjà explorée par ailleurs pour d’autres cas particuliers comme le rappel Georges Kleiber à la suite de Gaston Gross[15][16][17][18]. Ainsi, « nous sommes toutes très curieuse, nous autres personnes qui lisons cet article » s’élidera en « nous sommes toutes très curieuses ». Par ce biais tandis que « les adultes sont tous grands » pourra être analysé comme figurant l’élision de l’énoncé « les adultes, ces individus femelles et mâles, sont tous grands », un énoncé comme « les enfants, ces personnes femelles et mâles, étaient toutes malicieuses » pourra s’élider en « les enfants étaient toutes malicieuses ». Et puisqu’en pratique l’élément ellipsé n’a généralement pas vocation à être explicité, cette analyse permet un emploi virtuellement arbitraire du genre au sein d’un syntagme sans déroger au cadre d’une grammaire scolaire traditionnelle.

Cette dernière approche ne justifie pas pour autant un emploi hétérogène arbitraire au sein d’un même syntagme. La tournure syntagmatique fréquente de conjonction dissociative agent femelle et agent mâle, comme dans « nous sommes amoureuses et amoureux du français », rends toute collocation de ce type trop suggestive d’une division référentielle, même sur des adjectifs distincts comme « nous sommes amoureuses et adorateurs de toutes les langues »

La liberté d’accord et ses limites fondatrices par l’exemple
Forme pleine Abréviation par élipses Remarque
Nous sommes toutes merveilleuses, nous autres personnes, nous sommes tous éblouissants, nous autres individus. Nous sommes toutes merveilleuses, nous sommes tous éblouissants. Préservation de la cohésion syntagmatique de genre. D’où libre interprétation d’une scission lié à des référents lexicaux virtuels distincts sur chaque syntagme, bien que tout deux désignant les mêmes référés extra-linguistiques.
Nous sommes merveilleuses et éblouissants. Rupture de la cohésion syntagmatique de genre par énonciation collocative d’accords hétérogènes. D’où stimulation d’une interprétation connotative divisant ontologiquement les référés présents, par suggestion d’un regroupement grammaticale fortuit sous un même référant, privilégiant donc plutôt une réexpension comme :

Nous sommes, respectivement, merveilleuses et éblouissants, nous autres femelles et mâles.

En revanche, cette analyse par le prisme de l’ellipse permet totalement de s’affranchir des modèles qui imposent l’intrication entre pronoms personnels et stéréotype sexuel. En effet, un énoncé comme je suis radieuse peut tout à fait s’interpréter comme moi, personne humaine, je suis radieuse, et s’avère donc tout aussi valable dans les cas où l’ellipse vaut pour moi, personne humaine femelle, moi, personne humaine hermaphrodite ou moi, personne humaine mâle ou tout autre implicite à la discrétion des interprétations. Autrement dit, une telle pratique ne saurait être contesté sur des motifs grammaticaux. Par contre sur le plan pragmatique, en l’état des us, si un humain mâle énonce je suis radieuse, cela pourra être interprété comme incongru ou tout au moins emphatique. Il en va de même évidemment pour un humain femelle qui énoncerait je suis radieux, sous-entendu par ellipse de moi, individu humain femelle ou de tout autre syntagme apte à en justifier la cohérence grammaticale.

Le cas des noms communsModifier

🚧 À faire :

  • lister les suffixes féminin/masculin usuels, les réifier par des diacritiques
  • aller au-delà dans les alternatives sexuées : commun, mixte, non-binaire, etc. (pour les noms communs de personnes uniquement)
  • analyse des suffixes communs en français, cf https://fr.wiktionary.org/w/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Suffixes_en_fran%C3%A7ais&pagefrom=gate%0A-gate#mw-pages
  • analyser les propositions dans https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/07/26/petit-dico-de-francais-neutre-inclusif/
  • analyser l’existant de suffixes comme -us, -um, -ul -os pour former des dérivés marquant un genre manifeste (masculin, neutre…), en considérant -euse/-esse comme le modèle protypique à suivre
  • trouver une copie de Khaznadar, Edwige (2000) "La suffixation du masculin et du féminin dans l’alternance en genre en français : de la réalité contemporaine et de quelques vieilles lunes »
  • décrire la méthodologie retenue : croiser les suffixes documentés aux terminaisons phonologiques en usage pour prioriser sans limiter les morphes suffixaux envisagés sous le prisme statistique de l'existant

Les suffixes -euse et -esse permetent de rajouter le trait sémantique féminin ou femelle sur une base qui, en reprenant la terminologie précédement exposée, relève d’un genre strictement ambigü ou équivoque basculé vers un genre ostentatoire. Une ânesse porte sans conteste la supposition du trait femelle, tandis qu’un âne demeure équivoque tant que n’y est pas adjoint un épithète femelle ou mâle. Cette forme pousse même, comme il a déjà était dit, jusqu’à laisser évasif l’intention exact du locuteur :

  • le sexe n’est pas spécifié parce que dans la perspective du locuteur il est sans importance pour le propos ;
  • le sexe n’est pas spécifié parce qu’il importe pour le locuteur de ne pas le revéler ;
  • le sexe n’est pas spécifié parce que le locuteur l’ignore.

L’objectif de cette section est de faire un relevé des pratiques existantes et de proposer une liste de suffixes utilisables pour exprimer de manière ostentatoire tout ou partie des catégories de genre décrites dans les sections précédentes, en limitant autant que possible les collisions conflictuels avec les usages déjà plus ou moins bien ancrés. Outre le genre, les notions connexes comme la dénomination d’un groupe indéterminant seront intégrés à la recherche. Pour le formule par un exemple concret les cas tels que lectorat comparativement à lecteur et lectrice seront pris en compte comme prototype à calquer et étendre pour y adjoindre des formes ostantoirement marqués pour d’autres catégories de genre.

Suffixe Nombre d’emploi correspondant Sexe désigné
Graphie Prononciation Total Ambigü Équivoque Ambigü-équivoque Femelle Mâle Omnisexe Remarque
-os /ɔs/ 4 60 10 À hardos pourrait répondre hardesse qui semble sans emploi actuellement. Distinguer donc l’appairage à -esse de celui fait à -euse. En effet hardeuse répond à hardeur qui sont des termes de tout autre sens.
-euf à évaluer comme complément à -euse
-or
-yphe Voir hyphe
-aire
-ure
-ir
-us
-um
-öm /øm/
-ab
-acque /ak/
-ade
-aphe /af/
-ague /ag/
-age /aʒ/
-alle /al/
-ame
-ane /ane/

Pour aller plus loin dans l’exploration des suffixes nominaux, il sera opportun de consulter les références afférentes[19][20][21][22][23][24].

L’association versatile de genreModifier

En français l’extrême majorité des noms ont certes généralement un genre nettement privilégié par l’usage, ce qui n’empêche l’abondance de cas de versatilité persistante du genre par ailleurs. Le Wikitionnaire par exemple répertorie près de 1000 entrées de mots parfois masculins ou féminins et parfois féminins ou masculins. Cela sans compter la majorité de termes épicènes dans le cas des noms référant à des humains. Ceux-ci se distinguent évidemment nettement des homographes de genre distinct pour lesquels existent des sens distincts, et possiblement des étymologies séparées, dont le même ouvrage référence près de 300 cas.

Cela atteste sans équivoque la capacité des locuteurs à s’accommoder de tels variations sans que la clarté de leur échanges en pâtisse. Aussi n’existe-t-il aucune barrière pragmatique à la généralisation de cette liberté d’expression. Sans remettre en cause la primauté d’un genre déterminé pour une majorité de nom, rien n’empêche d’autoriser cette flexibilité à tous les mots à des fins d’emphase ou de possibilité de distinction syntagmatique, notamment en prévision de l’emploi anaphorique de pronoms :

Un philosophe et une philosophe discutent : celui-ci fait part de ses doutes à celle-là et en retour elle lui apporte de nouveaux éclairages.

De même

Un fille et une fille discutent : celui-ci fait part de ses doutes à celle-là et en retour elle lui apporte de nouveaux éclairages.

Pour un francophone contemporain, cette dernière phrase sera certainement tout aussi interpellante sur sa pratique inacoutumièrement souple de l’emploi du genre sur un terme connotativement sexué, que parfaitement compréhensible parce qu’incontestablement alignée sur l’emploi usuel du genre énonciatif.

Il fait cependant écho aux alternances morphologiques employées dans les déictiques comme ici et ou ceci et cela qui initialement dénotent un distinguo de proximité spatial qui a tendance à s’estomper voir devenir caduc selon les emplois, pour ne préserver qu’une utilité de distinction ontologique : ce premier objet spécifique distinct de ce second objet spécifique[25][26][27][28][29][30]. La situation spatiale, pour ce type d’emploi, importe peu voir s’avère hors de propos : ce nombre ci est un entier unidimensionnel, celui-là est octonion. Ce qui n’empêche en rien le maintien simultané de déictique maintenant l’importance de la sémantique spatiale quand les contextes qui s’y prêtent : je préfère être ici près de toi où se forge notre intimité que là-bas loin de toi au sommet de la gloire.

De même un emploi modéré de genre énonciatif adventice peut servir l’emphase du propos de façon générique :

C’est ma grande amour, le passion de ma vie.

Sur l’ordre d'énonciation des personnesModifier

Loin de la discrimination stéréotypique de l'adage les femmes et le enfants d’abord, il sera recommandé ici d'énumérer les protagonistes d'une phrase dans l’ordre alphabétique, sauf évidemment si un impératif contextuel rendrait un autre ordre plus approprié, par exemple présenter des enfants du cadet à l’aîné ou inversement.

Quelques exemples :

  • le féminin, le masculin et le neutre ;
  • la femme, la fille, le garçon et l'homme ;
  • mesdames, messieurs ;
  • un mec et une nana ;
  • un cheval et une jument ;
  • Ada, Bob, Chloé, Dominique, Ève, etc.

De la notion de genre à l’onomatypieModifier

Au regard de la confusion qu’entraîne le terme genre pour désigner le phénomène grammatical, il pourrait s’avérer propice de se munir d’un terme dédié distinct. Par un acte onomaturgique, c’est le terme d’onomatypie qui est ici proposé, qui signifie littéralement trace liée aux noms et à rapprocher de termes comme homotypie et sérotypie.

NotesModifier

  1. Dans cette recherche le terme référé est sans lien avec son acceptation juridique. Il renvoie, tout comme dénoté et connoté, à la substantivation du verbe homophone en sa forme infinitive, et signifie donc ce à quoi l’on se réfère, et notamment du statut ontologique de la topique. Pour des exemples d’antécédents d’une telle pratique, voir par exemple Analyse critique de quelques modèles sémiotiques de l’idéologie (première partie) de Robert Tremblay et Quelques aspects de la philosophie du langage (Frege, Husserl, Wittgenstein) et leur incidence en linguistique (1990) d’André Rousseau, ce dernier pointant lui-même à Linguistique générale (1972) de John Lyons.
  2. C’est évidement l’ampleur générale du phénomène au niveau social qui est pointé ici. Même dans les systèmes patriarcaux les plus extrêmes, des femmes peuvent occuper des positions sociales remarquables ou prestigieuses en marge de la sujétion générale.
  3. Évidemment, les exceptions ne manquent pas, comme dans la majorité des heuristiques grammaticales.
  4. Avec comme souvent quelques notables exceptions comme ''toutes''.
  5. Abstraction faite des quelques cas ou l’usage hésite, tel bretzel, ou le genre fluctue en fonction du nombre, tel délice, où de la position syntaxique, tel gens.
  6. En détail, 56853 réponses sans résultats probants sur 64684 termes testés.
  7. Les résultats en questions étant liés aux adjectifs 2.0, 4×4, 1900, un, L, sur, Ce, Me, même, est, qu-, 2d, 3D, D4, 2D, Mes, m̂, C., 4D, n.c.
  8. Les entrées qui ont été retenues lors de cette revue sont, par ordre alphabétique : abandonnable, absolu, abstrait, académique, accordable, accordant, actuel, adaptable, adaptatif, adapté, adaptif, administratif, administré, adoptif, adulte, affectable, affecté, affectif, affin, affirmable, affirmateur, affirmatif, allégorique, allié, alternable, alternant, alternatif, alterné, ambigu, amoureux, analogue, analysable, ancien, anecdotique, animal, animé, antérieur, apparent, appellatif, applicatif, appliqué, approchable, approprié, archaïque, argumentatif, arithmétique, artificiel, associatif, attendu, attestateur, attesté, attribué, autonome, autorisable, autorisé, bâtard, biologique, botanique, bourgeois, canon, caractérisable, caractérisant, caractérisé, caractéristique, cataloguable, catégorique, central, changeant, chevaleresque, choisi, chromatique, chronique, classé, classique, codant, codé, collectif, commandable, commun, comparable, comparant, comparatif, complet, complétif, complexe, composable, composé, composite, comprenable, conceptif, conclusif, concret, confirmable, confirmé, conforme, connexe, connu, consacrant, consacré, conservateur, conservatif, considératif, constant, constituant, constitué, constitutif, constructif, contenant, continu, contraire, conventionnel, convenu, cosmopolite, courant, courtois, critique, cultivable, cultivé, culturel, dangereux, décoratif, décrit, dédié, défini, définitif, délibératif, démonstratif, dérivable, dérivant, dérivateur, dérivatif, dérivé, descriptif, désignateur, désignatif, désuet, déterminable, déterminant, déterminatif, déterminé, déterministe, développable, dictionnairique, didactique, différencié, digne, diplomate, diplomatique, direct, disciplinaire, distinct, distinctif, distinguable, divers, divisé, divisif, dominant, dominateur, dominatif, dominé, double, doublé, douteux, d’usage, économique, écrit, édifiant, éducatif, égal, élégiaque, éloigné, émanatif, emblématique, émergeant, émergent, éminent, employé, emprunté, encomiastique, endémique, englobant, enharmonique, énonciateur, énonciatif, enseigné, ensembliste, énumératif, environnant, envisagé, épidictique, épigrammatique, épistémologique, éprouvable, érotique, essentiel, esthétiste, établi, éteint, ethnographique, étrange, étranger, évident, évoluable, exact, examinable, exclusif, exécutant, exécutif, exemplaire, exemplatif, exerçable, exotique, explicatif, explicite, exploitable, exploitant, exploitateur, exploité, exploratif, exposé, expressif, exprimable, extrême, facilitateur, familier, favorable, féminin, féministe, fictif, fictionnel, figé, figuratif, figuré, final, fixe, fondamental, fondateur, forcé, formel, fort, fossile, franc, fréquent, fréquentable, fréquentatif, frivole, galant, généalogique, général, généraliste, générateur, génératif, générique, genré, géographique, globaliste, gnomique, grammatical, habitif, habituel, héritable, hétérogène, homilétique, homme-femme, homogène, humain, humble, hybride, idéal, identifiable, identifiant, identifié, identique, idéologique, illustre, imagé, imitable, imitatif, immédiat, impliquant, impliqué, important, imposé, impossible, inanimable, inanimé, incertain, inclusif, inconnu, indépendant, indéterminable, indéterminé, indicateur, indicatif, indigène, induit, informatif, informe, informé, inhabituel, inhérent, initial, inspiratif, instauratif, instauré, instituable, institutionnel, intégrable, intégrateur, intégré, intègre, intellectuel, intercalaire, intéressé, intermédiaire, interprétable, interprétateur, interprétatif, interrogatif, intime, introductif, inversable, inverse, jeune, juridique, juste, langagier, lège, légitime, lettré, libre, lié, limitant, limitatif, linguistique, littéraire, liturgique, logique, ludique, majeur, mâle, manifestateur, manifestatif, manifeste, manquant, manqué, marginal, marié, marqué, masculin, masculiniste, matériel, méconnu, médiatif, médiocre, mélangeant, mêlant, mêlé, menaçant, menacé, méprisant, méritant, méta, métis, métissé, mimétique, mixte, modeste, mondain, moral, morphologique, mort, mouvant, multiforme, multiple, mythique, mythologique, naïf, narratif, national, naturant, naturel, neutre, noble, nombrant, nombré, nominal, nominaliste, novateur, nul, objectable, objectif, obligatif, obligé, obligeant, observable, occupateur, officiel, opérable, opérant, opératif, opposable, opposant, opposé, oppositif, oral, ordinaire, organisateur, original, originel, outré, ouvert, ouvrant, paradoxal, parallèle, parodique, pédagogique, pensant, performatif, périodique, personnel, pittoresque, polémique, politique, polymorphe, polymorphique, portenteux, posé, positif, possédable, possédant, possédé, possible, précis, précisable, prédominant, préexistant, préféré, premier, primitif, principal, prisé, privé, privilégié, probable, proche, productif, profanateur, profane, professionnel, profond, propre, prosaïque, protéiforme, puissant, pur, qualifié, qualitatif, quelconque, racé, rare, récent, recherché, recouvrable, réel, référent, réglé, relatif, relevé, religieux, répandu, répartitif, représentateur, réputé, ressemblant, résultant, révélateur, révélatif, révélé, rhétorique, riche, royal, rustique, savant, scientifique, scolaire, séant, second, secondaire, sémantique, sensible, sentimental, séparateur, séparatif, sérié, sexué, sexuel, significateur, significatif, signifié, simple, singulier, situé, social, sociologique, soutenu, spécial, spécialiste, spécificatif, spécifique, spectaculaire, structurant, subit, subjectif, sublimable, sublime, successif, supérieur, supposable, supposé, suprême, symbolique, systémique, technique, tempérant, tempéré, ténu, théologique, théorique, titré, total, traditif, traditionnel, traductif, trivial, typé, typique, unitif, universel, urbain, variable, varié, végétal, verbal, véritable, vernaculaire, vieilli, vieillissant, vieux, vivant, voilé, vulgaire
  9. De même l’actuel précède le virtuel, le relatif précède l’absolue, le brut précède l’artificiel, etc.
  10. Ici la terminologie s’écarte de celle employée de Louise-Laurence qui parle de noms epicènes bigenrés et de noms épicènes monogenrés. Par soucis de généricité et de traitement séparé des cas épicène, ces termes n’ont pas été repris ici.
  11. Dans cette recherche le terme coutumièrement est préféré à uniquement, car en pratique il est rare que des exceptions n’existe aucunement, furent-elles des hapax issus de lapsus.
  12. Le fait de classer ce type d’alternance dans la simple suffixation est discutable, dans la mesure ou man et woman représentent des mots autonomes, tout au moins en anglais, contrairement aux autres morphes utilisés pour ce type d’alternance.
  13. Le terme reportrice, strictement féminin, est cependant également en usage. Le même phénomène s’observe sur la plupart des emprunts à l’anglais avec suffixe en -er qui sont a priori utilisable aussi bien au féminin qu’au masculin. Des variantes avec des suffixes féminisant variés sont cependant souvent employés par example hacker est alterné en hackeuse. L’alternance peut aller plus loins, comme dans le cas de webmaster alterné en webmistress.
  14. Cette liste non exhaustive démontre que cette classe sémantique couvre un emploi varié, avec des termes de A à Z et des terminaisons hétérogènes.
  15. Les g en exposant indique les cas où des grades sont opérants, dans les exemples ci-après en exposant est donné l’initiale de chacune des catégories correspondantes
  16. L’emploi de cheffe et cheffesse est cependant attesté.
  17. L’étude précise que même si ces noms sont considérés comme des noms propres dans les grammaires, parce que, contrairement aux autres noms propres, ces noms connaissent la variation en genre et font partie de la nomenclature des dictionnaires généraux de langue.
  18. Ce trait peut éventuellement s’estomper ou se renverser. Ainsi un monstre sacré désigne une personne dont l’immense talent peut paraître presque anormal, et que peu de gens oseraient critiquer, et l’aspect péjoratif y sert seulement à figurer une éloge d’autant plus révérencieuse qu’elle contraste avec la profonde aversion dont elle se démarque.
  19. Les termes en questions sont respectivement : adiante, ailante, alicante, amarante, amiante, analysante, andante, aphanante, atlante, balante, cinquante, cinquante, commandante, corybante, diatragacante, hiérophante, iatromante, nonante, onéiromante, pante, pyracante, septante, sycophante, trente-et-quarante, vinyl-amiante, xavante et aliquante, balante, cinquante, dilettante, forfante, hamiplante, pococurante, quarante, soixante, uromante.
  20. Ce sont aruspice, auspice, extispice, haruspice, olympionice, patrice, présidentifrice et pythionice.
  21. Lorsqu’il désigne la langue finno-ougrienne qui se prononc bien /liv/.
  22. Respectivement banneresse, biesse, et altesse, besse, bisenesse, bonbon-la-fesse, entrefesse, esse, filtre-presse, fleuve-déesse, jean-fesse, jesse, ogoesse, pince-fesse, porte-adresse, prépresse, sesse, solilesse, talon-fesse, tennesse, tire-fesse.
  23. Les autres étant brise-raison, brûle-maison, brule-maison, caleçon-combinaison, brise-raison, brûle-maison, brule-maison, caleçon-combinaison, et vide-maison.
  24. Pour n’en citer que quelques uns : archaïque, chimique, héraldique, rouge, iakoute, libre, liquide, malade, mère, nécessaire, physique, pratique, rapide, solide, suffixe, tartare, technique, turkmène.
  25. Cela dit c’est mettre ici de côté que ces deux termes sont plus ou moins assurément en première instance issus de l’anglais, auquel cas les remarques faite pour le terme hacker s’y appliquent aussi.
  26. Tout comme les autres termes parmi la demi-cinquantaine d’emprunts anglais que sont Acinetobacter, baby-boomer, baby-sitter, bartender, brexiter, cheerleader, coroner, dexter, droughtmaster, e-merchandiser, flanker, greeter, hipster, homeschooler, looser, merchandiser, photoreporter, planner, ranger, rocker, teenager, trader, webmaster, et youngtimer.
  27. Pour dégager toute possible ambiguïté, cette assertion parle bien de stéréotype, comme synonyme de grossière idée préconçue. Il ne saurait être question de conditionner le statut d’humanité et des droits humains associés sur un tel critère.
  28. Autrement l'écriture à quatre mains soit deux personnes à l'anatomie médiane.
  29. Note hors de propos du sujet qui nous intéresse ici, ce il ne désigne même rien du tout, la formulation nous évite de longue périphrase comme je perçois que des gouttes d’eau tombent du ciel, et c’est en ce sens qu'on pourra signifier un propos comme il pleut, certainement pas en cherchant à dénoter une entité autonome à rattacher à ce il.
  30. Repris de l’article ceci du Wiktionnaire. Voir l’historique pour les crédits.
  31. Autrement dit, le nombre imaginaire doublé. Ici le terme deutéromense est à comprendre comme quantification dans la seconde dimension. Cette appelation un brin orginal suit un raisonnement largement enterriné en pratique, considérant un nombre complexe comme un vecteur bidimensionnel.
  32. 32,0 32,1 32,2 et 32,3 Productif uniquement dans le registre familier Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : le nom « :0 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents.
  33. Liselotte Pasques précise que les verbes en -ir ont alors un -r muet, et ne se prononcera que courant du dix-huitième siècle, possiblement sous l’influence de verbes d’usage fréquent comme dire et écrire.
  34. Maintenu jusqu’en 1878 dans le dictionnaire de l’académie, où il préfère suivre d’autres mots issus de la même série comme verdure, verdâtre et verdir, plutôt que de se caler sur le seul féminin verte. À noter que vertement connaît aussi une ancienne forme alternative en verdement dont des attestations existent jusqu’au moins au seizième siècle.
  35. Traduction d’un texte anglais parut en 2007.
  36. Adjectif, certes rare, signifiant qui relève du domaine.
  37. Cognat de l'italien.
  38. 38,0 et 38,1 Par référence à l'étymologie latine de se : De l’indo-européen commun *se[1] (« se »), racine à laquelle se rattachent su-us (« sien »), so-dalis (« amical »), so-leo (« être habitué »), su-esco (« s'accoutumer »), solus (« seul »), les ethnonymes Sabini, Sabelli, Samnium, Samnites.
  39. De fait, les colonnes sont simplement ordonnées par ordre alphabétique.
  40. Colonne construite autours de -iel-.
  41. Colonne counstruite autours de la lettre u. Emploi de -u- ou -û- lorsque que la prononciation donne /y/ et de ú pour /u/. Solution de repli sur -ul- en certains cas.
  42. Colonne construite autours de -o- en priorité, avec ogonek lorsque l'évitement d'une homographie le justifie ; puis utilisation de -ol- en première solution de repli.
  43. Construit sur -i- en priorité. Ajout d'un accent grave au besoin.
  44. Par coordination avec les autres termes de la ligne débutant en l et les autres termes de la colonne terminant en iel.
  45. En correspondance avec l’emploi de lu en ancien français comme article indéfini, et diacritisation pour éviter l'homophonie avec la flexion du verbe lire en français contemporain.
  46. Par conformité avec al, de la même colonne, et analogie avec liel, de la même ligne.
  47. Par analogie au l- initiale des autres termes de la ligne, et à ille, article définie en latin vulgaire.
  48. 48,0 48,1 et 48,2 Le tilde permet d’éviter l'ambiguïté, tout au moins d’échapper à l'introduction d'une homographie. La construction reprends la base du terme singulier et sa (pseudo-)désinence en -iel utilisé au singulier, et par soucis de fidélité à l’alternance de la et le avec les d'une part, et de la et du avec des d'autre part, reprends une terminaison différentié sur le modèle de ciel et cieux.
  49. 49,0 49,1 49,2 et 49,3 Sur la même logique que l'alternance entre liel et lieũx.
  50. 50,0 50,1 50,2 50,3 50,4 50,5 50,6 50,7 et 50,8 Ici le u porte un accent aigu, ce qui se démarque des autres u diacrités tels qu'employé dans les sections précédentes. Cela reste néanmoins aligner avec l'association qui avait déjà été introduite entre féminin et accent aigu sur d'autres lettres. De plus, l'intention ici est également de présenter une graphie qui suggère une phonétique en /u/, et cette association au u accent aigu est déjà existante en français, par exemple dans turúgdashe, tnúngi, surúnra, mugún, kúvmu, guarayú et búcaro.
  51. 51,0 et 51,1 Comme pour les autres entrées de cette ligne, alternance de la terminaison. Ici la marque du pluriel reprends le morphème ordinaire -s sur le plan graphique. Sur le plan phonétique, l'alternance proposé est calqué sur le singulier et le pluriel du mot os.
  52. Construit sur iel et la pseudo-désinence -ne appliqué sur toute cette ligne.
  53. Évite les particulièrement nombreux homophones et quasi-homographes qu’entraînerait un choix comme ãn ou ãne : les termes ane, âne, anë, Ane, Añe ou encore an, en et han seraient autant de sources de confusion possible.
  54. Comparer à une, sur la même ligne, et à la voyelle o employé comme lien morphologique sur le reste de cette colonne.
  55. La diacritique évite l’homographie avec le terme de chimie désignant un corps qui a deux fonctions aldéhyde.
  56. Cognat du Portugais.
  57. Cognat du portugais.
  58. Cognate avec le Bas-sorab et le Haut-sorabe. En ancien français en revanche, ja ess parfois t employé pour le déjà contemporain.
  59. En Abun, ji signifie je. Cependant, comme il s'agit d'une langue papou, ils ne sont vraisemblablement pas de même étymologie, et donc pas cognat. La même remarque vaut pour les autres mots de ce tableau, quand bien même par simplification ils sont parfois indiqués comme cognat.
  60. Cognat du créole guyanais.
  61. En ancien français, ti est employé comme toi.
  62. Bien qu’en ancien français al vaut au, en son sens contemporain.
  63. Par reprise du masculin nominatif pluriel latin.
  64. Cognat du Polonais, du Slovaque et du Tchèque.
  65. Cognat du nominatif pluriel de l'équivalent à on en Tchèque.
  66. 66,0 et 66,1 Le tilde évite d'introduire un homographe à niel : incrustation décorative d’un sulfure d’argent noir dans les gravures d’un métal précieux.
  67. 67,0 et 67,1 Conservation de l’homophonie non-homographe entre niel et niels dans les propositions faites pour les termes altersexuant, respectivement de l’adjectif possessif atone et du pronom personnel tous deux pour la première personne du pluriel.
  68. Cognat en Aléoute de Medny.
  69. Entraîne malheureusement une collision avec la graphie archaïque d'une flexion du verbe voir.
  70. Cognat du Normand.
  71. 71,0 71,1 et 71,2 L'ogonek permet la distinction du terme pluriel désignant une mesure chinoise.
  72. Comparer à altel, sur la même ligne, et à la voyelle o employé comme lien morphologique sur le reste de cette colonne.
  73. 73,0 73,1 73,2 et 73,3 L'adjonction du -qu- après -c- est conforme à l'usage pour prévenir la palatalisation en c-doux devant e, i, y.
  74. Cognat de l'italien ancien.
  75. Par analogie avec piqûre, en replacement des deux u consécutifs.
  76. Cognat du Portugais.
  77. 77,0 77,1 77,2 77,3 et 77,4 Sur toute cette ligne, les termes sont construit par juxtaposition des formes de l’article indéfini et de l'adjectif exclamatif/interrogatif de la même colonne.
  78. 78,0 et 78,1 Autre en Ido.
  79. Autrui et autre en Italien, autre en Ido.
  80. Cognat du catalan.
  81. L’adjonction d'un -i- intercalaire entre ie- et -l vise à laisser le terme miel utilisable comme pronom personnel de la première personne équivalent à me. La triphtongue -iei- n'est pas très fréquente en français, mais pas inédite car employé notamment dans vieil et tous les mots l’incorporant comme morphe -vieil-. À comparer aussi à l’Italien miei, signifiant mes.
  82. L’accent circonflexe évite le conflit homographique avec mune, dos d’une lame japonaise.
  83. Même raisonnement que pour mieil, et s’y ajoute le besoin de distinguer la variante du pronom tu.
  84. L’accent grave lève l’homographie et l'homophonie aux formes de nom et verbe noté sille qui se prononcent pour leur part /sij/.
  85. Le terme siaux est de fait déjà employé par ailleurs en tant que substantif du lexique francophone, mais il ne se retrouve guère en dehors de la locution verbale mouiller à siaux. Aussi l’usage d’une diacritique ne semble pas indispensable.
  86. 86,0 86,1 86,2 86,3 et 86,4 Sur le modèle des adjectifs possessifs atones en troisième personne singulier : siẽl, sûne, sial….
  87. L’ogonek permet d’éviter l’homographie au nom commun féminin none.
  88. L’accent grave évite l’homographie au substantif féminin nille.
  89. 89,0 89,1 89,2 89,3 et 89,4 Sur le modèle des adjectifs possessifs toniques en troisième personne pluriel.
  90. 90,0 et 90,1 Sur le modèle de nôtre, avec substitution de la voyelle centrale par l’un des morphème retenu pour cette colonne. La même logique s’applique pour les autres propositions de cette ligne.
  91. 91,0 et 91,1 Évite la collision avec le substantif natre, d'autant qu'en son sens de méchant, misérable, il s’avère particulièrement dépréciatif.
  92. Le -i- permet de distinguer des termes notre et nôtre.
  93. 93,0 et 93,1 L’accent grave permet d'éviter l'homographie avec le terme substantif relatif aux composés nitrates.
  94. Le macron permet d’éviter l'homographie avec le nom commun masculin vial : petite fiole contenant un produit à analyser, surtout utilisé pour la chromatographie.
  95. Par conformité avec ǫ, donné pour lui, et iço, donnée pour ceci.
  96. Sur cette ligne chaque proposition fournie trois termes pouvant rendre compte respectivement du proximal, du médial et du distal. Il est cependant généralement reconnu qu’en français les démonstratifs ne convoient plus que faiblement une sémantique tenant compte de l’éloignement par rapport à un référent locutoire, et jamais en tenant compte du cas médial. Ainsi tout comme ceci et cela tendent à s’associer par pur soucis de distinguer deux objets topiques sans employer de nom commun spécifique, ou même de pronom, ces propositions peuvent servir de déictiques anonymes.
  97. Le -u- intercalé entre to- et -iel est a vocation d’indication phonétique, construit par analogie à ce qui existe dans touine, prononcé /twin/, et proposé pour calquer le terme toi, prononcé /twa/.
  98. Évite l'homophonie et l'homographie avec .
  99. Cognat de je en créole de Louisiane et de Mauritanie ainsi qu’en Yoruba, et de mon en ancien occitan.
  100. Cognat du Gaélique écossais.
  101. Cognat entre autre en Dalmate et Frioulan.
  102. Par calque de éos, construit pour l’occasion sur cette même ligne. La finale -ieux repend le même modèle que plusieurs pluriels déjà proposés dans la même colonne.
  103. Par calque de éos, introduit sur cette même ligne et qui sert par suite de modèle à la majorité des autres entrées sur celle-ci.
  104. Calqué sur le pronom latin is sous forme de flexion en accusatif masculin pluriel : eos.
  105. Bien que construit ici par pur calque de éos, eis est fortuitement le datif pluriel de is en latin.
  106. En cohérence avec les formes proposées pour les articles indéfinis, les adjectifs indéfinis de la ligne aucune, et les pronoms relatifs de la ligne qui. Même principe sur toute la présente ligne.
  107. Au sens de personne à qui s’adresse un énoncé.

RéférencesModifier

Bien qu’elles n’aient pas été reliées à une section en particulier, les références suivantes ont aussi alimenter le chemin parcouru dans ce projet de recherche[31][32][33][34][35][36][37][38][39][40][41][42][43][44][45][46][47][48][49][50][51][52][53][54][55][56][57][58][59][60][61].

  1. [http://www.revue-texto.net/1996-2007/Parutions/Livres-E/Albi-2006/Valette.pdf Observations sur la nature et la fonction des emprunts conceptuels en sciences du langage - Valette.pdf], Mathieu VALETTEATILF, Nancy-Université, CNRS, 3 mars 2016
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  60. Brassier Ray, « Chapitre 1. L'Apoptose de la croyance », dans : , Le néant déchaîné. Lumières et extinction, sous la direction de Brassier Ray. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « MétaphysiqueS », 2017, p. 23-67.
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Recueil de bibliographies afférentesModifier

[B 1]

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